Bruxelles: AB Inbev ne veut plus des cafés place de la Liberté

Le bail du Liberty ne sera pas reconduit. Même topo pour le Daric, voisin. Quelques cadors de la politique y avaient leurs habitudes.

Journaliste service Bruxelles Temps de lecture: 4 min

Derrière le zinc du Liberty, on sent poindre le désarroi. Doublé d’un soupçon de colère, mais aussi d’une dose de résignation. Soit tout le contraire du cocktail proposé depuis des lustres sur le pavé de la place de la Liberté, entre Madou et la Colonne du Congrès. Dans ce quartier de bureaux, les terrasses bercées par l’ombre des platanes attirent comme des aimants.

Un rayon de soleil et le midi, comme à l’heure de l’apéro, les troupes convergent par dizaines sur l’îlot. De tous âges et horizons, on y parle toutes les langues, on y croise tous les looks, du baba cool au bobo en passant par le pilier de bistro. On y aperçoit même régulièrement quelques cadors de la politique, du CD&V Kris Peeters au N-VA Bart De Wever, dont le QG est tout proche, en passant par le MR Denis Ducarme. Au-delà de cette précision à l’intérêt très relatif, ils sont nombreux à prendre le parti de se rincer le gosier place de la Liberté.

Un bail non renouvelé

Mais depuis fin juillet, les exploitants du Liberty et de son voisin le Daric, deux des trois établissements de la place, ont avalé de travers. C’est qu’ils ont appris que leur bail ne serait pas renouvelé. Une nouvelle qui frappe comme une vilaine gueule de bois.

« Je suis ici depuis 34 ans, rappelle Marie-Jeanne, la patronne du Liberty. Qui, après de longues années de service, avait décidé il y a plusieurs mois de remettre son commerce. Marina, qui est serveuse ici depuis plus de vingt ans, voulait reprendre. Un dossier a donc été déposé auprès du représentant d’Inbev qui nous a affirmé que les choses se présentaient bien. Moi cela m’arrangeait car j’aurais pu continuer à donner un coup de main, à m’occuper un peu. Mon mari est décédé en janvier dernier et ceci me tombe sur la tête. J’en suis malade et Marina aussi. »

« Tout se passait très bien, notre dossier de candidature était en ordre et, paraît-il, en tête de liste, indique Patrick, l’autre serveur du Liberty. Un rendez-vous avait été fixé le 8 juillet, mais la veille, le représentant nous a appelé pour annuler. Puis, il nous a signalé que ce rendez-vous était remis au 23 juillet à 9 h 30 alors que le patron du Daric était lui convoqué à 10 heures. »

Le couperet est tombé

Et là, le couperet tombe. « On nous a dit qu’il n’était plus question de reprendre le bail, que celui-ci ne serait plus reconduit parce qu’Inbev avait désormais d’autres projets. On nous a dit que nous devions quitter les lieux pour le 30 septembre ». Marie-Jeanne : « On nous met à la rue alors que nous avons toujours payé en temps et en heure. Tout ça pour faire une grande brasserie, je suis vraiment dégoûtée. »

Questionné à ce sujet, AB Inbev nous a répondu par mail que « lorsque les droits locatifs sont échus, AB Inbev procède systématiquement à une réévaluation complète de la formule d’exploitation en rapport avec le potentiel de la situation locative. Une telle analyse a été opérée en vue de l’expiration des contrats avec ces deux clients et a conduit à la conclusion que ces points de vente stratégiquement localisés méritaient la mise en œuvre d’un concept aussi innovant que performant en concordance avec les aspirations de la clientèle ».

Concept sur lequel le brasseur ne souhaite pas s’exprimer plus avant pour l’instant. Quant au déroulé des événements qui ont précédé la décision, nos questions, envoyées par retour de mail, sont restées sans réponses.

Une nouvelle brasserie

Propriétaire des immeubles, la Régie foncière de la Ville confirme avoir passé une convention de gestion commerciale avec AB Inbev. « C’est donc eux qui se chargent de gérer les baux avec les exploitants, indique-t-on au cabinet de l’échevin Ouriaghli (PS). Nous les avons informés que nous comptions rénover les façades de cet immeuble avant fin 2015. Le 23 juillet dernier, AB Inbev nous a fait part de son souhait de fusionner les deux établissements et de les rénover en profondeur, en vue notamment d’une remise aux normes, électriques ou encore sanitaires. »

Dont coût, 200.000 euros. « Pour amortir cette somme, AB Inbev nous a demandé un allongement de la période de bail qui passerait de 9 à 15 ans, avec un loyer majoré de 13 %. » Ce que la Régie ne voit pas d’un mauvais œil, « le bâti étant rénové et le loyer assuré sur une plus longue période ».

A charge désormais pour le Collège de se pencher sur la question, ce qui sera chose faite le 20 août prochain.

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