Tabacstop, dix fois plus efficace

Les chances d’arrêter le tabac sont dix fois plus élevées avec le renfort conjoint d’un tabacologue et d’une aide médicamenteuse (comme des patches à la nicotine), comparées à celles d’un fumeur qui entreprendrait de s’arrêter seul. C’est en tout cas la conclusion des chiffres livrés jeudi par l’opération Tabacstop qui, depuis 2007, grâce notamment au financement de l’Inami et des Régions, propose aux fumeurs des entretiens personnalisés par un tabacologue qui les suit dans le temps. « Seuls 3 à 5 % des fumeurs qui arrêtent seuls vont y parvenir, explique Régine Colot, une des tabacologues qui travaille pour ce programme réalisé par la Fondation contre le cancer. Quand le fumeur qui envisage d’arrêter nous téléphone, nous pouvons bien entendu lui proposer de consulter un tabacologue de sa région. Mais certains n’y sont pas prêts. La formule par téléphone permet cette relation privilégiée, en aidant de nombreuses personnes dans la durée. »

Le taux de succès de l’accompagnement sous cette forme est effectivement impressionnant, puisque 45 % des 3.300 personnes qui ont opté pour cette formule sont parvenues à s’arrêter. Ce pourcentage baisse à 33 % si le fumeur décide d’arrêter sans l’aide de patches ou de médicaments spécifiques, mais grimpe à 51 % s’il choisit cette option. Pour les patients qui sont dépourvus de moyens et disposent du statut BIM, Tabacstop peut même fournir gratuitement ces aides médicamenteuses pendant six semaines, soit parfois jusqu’à 500 euros pour les fumeurs qui consomment d’ordinaire deux paquets par jour.

« Il est fréquent que nous constations que l’on propose des substituts sous-dosés, notamment parce que le fumeur sous-estime sa consommation réelle. Un paquet quotidien équivaut environ à un patch de 21 mg, qui est souvent conseillé comme dose maximum, poursuit Régine Colot. Or, certains fumeurs consomment deux paquets plus des cigarettes roulées. Un substitut trop faible ne va pas les aider contre le manque, qui peut prendre des formes très intenses. Sautes d’humeur, maux de ventre, troubles alimentaires, tremblements, grande fatigue, aphtes… Le fumeur se sentira mieux en ayant arrêté de fumer… mais après son arrêt. »

L’arrêt tabagique est toutefois un chemin semé d’embûches : seul un fumeur sur trois qui est arrivé à effectivement stopper sa consommation avec Tabacstop sera toujours abstinent après un an, une chute de résultat comparable à celle observée avec d’autres méthodes d’arrêt. « La hauteur des résultats est proportionnelle au nombre d’entretiens que le fumeur réalise effectivement, explique Régine Colot. Souvent, le fumeur est très motivé mais manque de confiance en soi parce qu’on lui dit qu’il suffit d’abandonner son paquet pour y parvenir. Certains y arrivent, mais c’est rare. La nicotine est classée comme drogue dure, comme l’alcool et l’héroïne, qui rendent très dépendants une fois cette dépendance établie. D’autant que les fabricants ajoutent des ingrédients aptes à augmenter l’ampleur et la vitesse de l’assuétude. Nous sommes donc aux côtés des fumeurs, pour leur redonner confiance, sans culpabilisation. Souvent, les sautes d’humeur du fumeur qui tente d’arrêter ne sont pas acceptées par son entourage. La cigarette occupe souvent une place essentielle dans leur vie, pour tromper la solitude ou représenter du plaisir. Nous discutons avec eux de la manière dont ils vont remplacer la cigarette par autre chose. Davantage ils acceptent d’être souples face à ce changement, davantage ils ont de chance d’aboutir à un arrêt durable. »

Ces résultats viennent à l’appui de la Fondation pour demander aux autorités d’investir davantage dans l’arrêt tabagique.

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