L’arrivée des réfugiés fait grincer des dents à Tournai

La décision prise par le gouvernement fédéral jeudi à propos de l’accueil des demandeurs d’asile ne fut pas vraiment une surprise à Tournai. Paul-Olivier Delannois (PS), le bourgmestre faisant fonction, savait depuis la veille que l’ancienne caserne militaire Saint-Jean, vide, serait réquisitionnée pour accueillir des réfugiés. « J’ai reçu hier un appel du secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken, explique-t-il. Il m’a informé qu’il allait proposer ce matin, au conseil des ministres, la caserne Saint-Jean de Tournai comme centre d’accueil pour réfugiés. Ce coup de fil n’avait pas pour but de demander mon avis mais de m’informer sur son choix… »

Le bourgmestre est amer, surtout après avoir attendu toute la journée de connaître le nombre exact de réfugiés : entre 450 et 790 selon lui. « Le politiquement correct veut que l’on considère qu’il faille tout faire pour accueillir les réfugiés qui doivent quitter leur pays pour fuir une misère instaurée par une guerre qu’ils subissent au quotidien. Et je suis, bien évidemment, le premier à trouver la situation des réfugiés horrible et intolérable, dit-il. Cependant, ne maniant pas la langue de bois, je suis opposé au fait de concentrer un nombre important de réfugiés à un même endroit. Cette forte concentration risque de créer un sentiment d’insécurité. Monsieur Francken doit trouver des solutions pour accueillir 2.200 réfugiés en Belgique. Notre pays comptant 589 communes, pourquoi ne pas imaginer que chacune d’entre elles puisse accueillir une partie des réfugiés ? Cela représenterait 4 à 5 personnes par entité. »

Pour Paul-Olivier Delannois, une telle concentration va à l’encontre même de l’objectif d’intégration et de solidarité. « Personnellement, je pense que cela va augmenter le racisme au sein de notre pays en général et de ma ville en particulier. »

Une solution temporaire selon Marghem

Et on voit déjà poindre la polémique politique, pour ne pas dire la crise, à Tournai. Pour rappel, la ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR) est également échevine empêchée à Tournai. Cette dernière a d’ailleurs pris les devants ce jeudi en envoyant un communiqué expliquant sa position : « C’est un geste élémentaire d’humanité et de solidarité pour faire face à une situation critique de l’asile en Europe. Cette décision s’inscrit dans la droite ligne de l’ambition de la Ville de Tournai d’être la capitale du partenariat Nord-Sud », souligne-t-elle, avant d’ajouter s’être assurée que toutes les dispositions sont prises pour que cette arrivée se déroule le mieux possible pour les demandeurs d’asile ainsi que pour les Tournaisiens.

« Mobiliser la caserne Saint-Jean comme lieu d’accueil est une solution temporaire pour faire face à l’urgence. Le gouvernement évaluera constamment la situation sur le terrain. C’est une condition sine qua non avant d’envisager l’arrivée de demandeurs supplémentaires. J’ai également demandé que cela ne pénalise pas le travail du CPAS de Tournai, déjà lourdement mis à l’épreuve récemment. Enfin, j’ai eu l’assurance que cela ne mettrait pas en péril l’application du plan grand froid cet hiver, puisque la caserne Saint-Jean reçoit chaque année un nombre important de sans-abri », insiste la ministre.

Reste à connaître la position de Rudy Demotte (PS), le bourgmestre en titre de Tournai, qui s’est parfois éloigné de celle de Paul-Olivier Delannois. Ce dernier a, lui, déjà clairement fait savoir son point de vue à son ancienne collègue qui, bien malgré elle, risque de se retrouver dans une position très délicate dans sa ville.