«Un gain immédiat pour l’écologie»

Lorsqu’ils ont lancé en 2008 leur projet de chambres d’hôte et gîte écologique « Art’isane », Marie-Agnès et Baudouin Serruys étaient précurseurs en la matière ! Pourtant, ils n’avaient pas du tout envisagé cette reconversion professionnelle. C’est en effet la grange sur laquelle ils ont flashé à Yvoir qui les a poussés à se lancer dans l’aventure…

« Après le départ de nos enfants, nous voulions quitter la banlieue bruxelloise pour nous installer dans la vallée mosane, explique Baudouin Serruys. Nous avons eu un coup de cœur pour ces deux granges inoccupées car elles présentaient très peu de contraintes architecturales mais, vu l’espace, il fallait en faire quelque chose. C’est ainsi qu’est venue l’idée d’un gîte et de chambres d’hôte en plus de notre propre habitation. »

Avant Marie-Agnès et Baudouin Serruys, deux propriétaires avaient déjà acheté les bâtiments puis renoncé devant l’ampleur des travaux. Le couple, quant à lui, a mis six ans à élaborer son projet mais a tenu jusqu’au bout ! « Dès le départ nous voulions entrer dans une démarche écologique, mais nous n’avions pas les connaissances suffisantes pour lancer un tel projet, raconte Marie-Agnès Serruys. Nous avons donc mis ces six années pour véritablement nous former et mûrir notre projet. »

Basse énergie avant la lettre

En 2008, lorsque les travaux de la grange ont débuté, on ne parlait encore peu ou pas de bâtiments passifs ou basse énergie. Le couple a cependant veillé à développer une habitation peu énergivore, grâce à l’orientation (l’arrière est plein sud), mais aussi à l’isolation (des matériaux naturels : cellulose de papier et chanvre) et à la ventilation (puits canadien).

Les plus de 500 mètres carrés de la grange sont chauffés par une seule chaudière à pellets qui comporte quatre circuits et permet de gérer chaque zone selon son occupation. « C’était un très gros investissement car c’est un peu la Rolls-Royce des chaudières ; elle peut tenir cent ans, explique Baudouin Serruys. Elle a une telle capacité de combustion qu’elle absorbe presque tout le pellet. Résultat : on consomme seulement 4,5 tonnes par an pour tout le bâtiment. »

La grange est aussi équipée de panneaux thermiques qui gèrent la production d’eau chaude et qui peuvent alimenter le système de chauffage si la quantité d’énergie produite dépasse les besoins en eau. L’habitation, le gîte et les chambres d’hôte consomment cependant très peu d’eau de ville puisqu’une citerne d’eau de pluie de 20.000 litres fournit l’eau pour les WC, les lave-linge et le lave-vaisselle. Une partie de cette eau est également rendue potable.

Jardin écologique

Et la démarche écologique de Marie-Agnès et Baudouin Serruys ne s’arrête pas là… Le jardin est lui aussi écologique avec ses espèces locales qui offrent le gîte et le couvert aux nombreux oiseaux du coin, ainsi que ses poules et son potager bio qui fournissent le petit-déjeuner des hôtes.

Les chambres en elles-mêmes et le gîte ont été aménagés avec des peintures écologiques et un maximum de matériaux naturels comme le chêne, le bambou, etc. Le couple a juste été contraint de se tourner vers quelques éléments moins écologiques comme les ardoises synthétiques ou les blocs pour les murs intérieurs. « C’était avant tout une question de coût, car nous avons dépassé notre budget à cause de dépenses qui se sont révélées plus grosses que prévu – notamment la sécurité incendie. Choisir des équivalents écologiques pour ces postes aurait été très coûteux pour finalement peu de différence », explique Marie-Agnès Serruys.

Après travaux, la valeur de construction des granges d’Art’isane atteint en effet 1,2 million d’euros. Un budget conséquent, mais l’aspect financier n’était pas la première préoccupation du couple… « Nous voulions un gain immédiat pour l’écologie et nous l’avons eu. Pour le retour financier, il faudra compter sur du plus long terme, mais l’économie d’énergie est déjà là », précise Baudouin Serruys

Matériaux agréables et résistants

Au niveau de l’aménagement intérieur, écologie et décoration n’ont eu aucun mal à se marier, au contraire. Selon Marie-Agnès Serruys, les matériaux naturels et écologiques permettent « d’aller plus loin, et d’offrir un rendu particulièrement agréable à l’œil et au ressenti. Ils sont également résistants et vieillissent mieux ».

Les hôtes ne viennent toutefois pas chez Art’isane uniquement pour sa démarche écologique, mais aussi pour les charmes de la région et de l’hébergement. Ce qui convient parfaitement aux maîtres des lieux… « Nous partageons volontiers nos connaissances écologiques, mais nous ne sommes pas intégristes, rassure Marie-Agnès Serruys. Ce projet, c’est avant tout un moyen de maintenir et partager un patrimoine… »

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