Trump fait resurgir le spectre de Perot

Dans la famille Bush, le nom de Ross Perot ravive de vieilles hantises. En se présentant comme candidat indépendant à la Maison-Blanche en 1992, le milliardaire texan avait probablement permis au démocrate Bill Clinton de battre le président républicain sortant,George H.W. Bush. Perot, un homme qui, à l’image de Donald Trump aujourd’hui, ne cherchait pas à faire du “politiquement correct” avait recueilli 18,9% des voix lors de l’élection présidentielle cette année-là et affaibli George H.W. Bush.

Vingt-trois ans plus tard, Donald Trump se fait un malin plaisir à jouer le rôle de Ross Perot dans le duel à distance que se livrent Hillary Clinton, l’épouse de Bill Clinton, et Jeb Bush, le fils cadet de George H.W. Bush. Lors du premier débat pour l’investiture républicaine jeudi soir à Cleveland, Donald Trump a refusé de s’engager à soutenir l’un de ses adversaires conservateurs au cas où il ne gagnait pas les primaires républicaines. “Je ne ferai pas cette promesse à ce stade”, a-t-il lancé sous les huées de la foule. Rand Paul, l’un des candidats républicains en mal d’attention, a tenté de sauter sur l’occasion. “Il se couvre déjà avec les Clinton”, a affirmé le Sénateur du Kentucky. “Il prépare ses arrières parce qu’il a l’habitude d’acheter les politiciens”. Donald Trump a coupé court à ces attaques en lançant à Rand Paul: “Je lui ai donné beaucoup d’argent”.

En tête dans les sondages républicains, Donald Trump agite la menace d’une potentielle campagne indépendante depuis des semaines. Dans une interview accordée à The Hill le mois dernier, l’homme d’affaires avait affirmé que les chances de le voir briguer la Maison-Blanche en indépendant augmenteraient “absolument” si le parti républicain continuait d’être injuste avec lui. “Le parti républicain ne m’a pas beaucoup soutenu”, avait-il martelé dans cette interview. “Il me soutenait toujours beaucoup quand je donnais de l’argent”.

Jeudi soir, Donald Trump a défendu sa position en affirmant qu’une potentielle campagne indépendante lui octroyait un “levier” face au parti républicain. Un récent sondage publié par la Washington Post et la chaîne de télévision ABC semble lui donner raison. Hillary Clinton recueillerait 50% d’intention de vote et devancerait de 6 points Jeb Bush dans un éventuel duel lors de la présidentielle de 2016. En revanche, si Donald Trump se présentait en indépendant, l’avance d’Hillary Clinton sur Jeb Bush passerait à 16 points.

Le mois dernier, Ralph Nader, le candidat indépendant qui avait probablement coûté la Maison-Blanche au vice-président démocrate Al Gore en 2000, a mis en garde conservateurs: “Les élites du parti républicain jouent avec le feu quand elles critiquent Donald Trump et essaient de l’exclure”, avait-il affirmé sur CNN. “Parce qu’un Donald Trump désabusé peut complètement changer la donne de la campagne présidentielle s’il se présente en candidat indépenJdant”.

Carly Fiorina, l’outsider qui marque des points

La révélation de la soirée, c’est elle. Carly Fiorina est la candidate qui est parvenue à se démarquer jeudi soir, lors du débat de la primaire républicaine. Ce premier round se déroulait en deux parties : un débat principal opposait les dix candidats les plus populaires, tandis que les sept autres s’affrontaient dans une première joute, diffusée plus tôt dans la soirée. Fiorina était parmi ces derniers, mais malgré son statut de « petit », elle a su tirer son épingle du jeu. La seule candidate femme de cette campagne est sortie gagnante de ce premier débat.

Le parcours de cette femme d’affaires entrée tardivement en politique n’est pas conventionnel. Dans les années 90, elle devient une des premières femmes à diriger une entreprise du top 500 américain lorsqu’elle prend la tête de Hewlett-Packard, multinationale de l’informatique et du multimédia. Mais elle ne reste pas longtemps en poste, et démarre sa carrière politique à la fin des années 2000. Carly Fiorina est notamment candidate en 2010 à l’élection sénatoriale de Californie, où elle est battue. Elle fait son retour en mai 2015, lorsqu’elle annonce sa candidature à l’investiture républicaine pour la prochaine présidentielle.

Si Carly Fiorina peut mettre en valeur des compétences tirées de son parcours dans les affaires, elle peine à convaincre à cause de son manque d’expérience en politique. Elle n’a jamais exercé de mandat, et ce point faible explique en partie sa mauvaise position dans les sondages.

Une victoire unanime

Mais lors de son premier débat, Carly Fiorina est parvenue à sortir du lot. La candidate a impressionné par son éloquence et sa maîtrise. Ses réponses claires et assurées ont séduit l’électorat conservateur. Et elle n’a pas non plus hésité à lancer quelques attaques bien senties contre son rival Donald Trump, actuel favori républicain. C’est donc unanimement que les experts politiques ont consacré Carly Fiorina grande gagnante du premier débat. Et d’autres indicateurs illustrent la réussite de la candidate. Sur Google, c’est bien elle qui a généré le plus de recherches, et donc suscité le plus d’intérêt de la part des internautes. Et avant même que le débat ne soit terminé, nombreux sont ceux qui l’ont déclarée victorieuse sur Twitter.

Lors de ce premier débat, Carly Fiorina a clairement gagné des points. Et beaucoup s’attendent à voir sa cote de popularité grimper en flèche, au point de la faire entrer dans le top 10 des candidats. Cette nouvelle position ouvrirait à Carly Fiorina la porte du débat principal lors de la prochaine édition. Un débat où elle aurait, aux yeux de tous, parfaitement sa place.