Manu Lecomte rêve d’imiter «T.P.»

Tony Parker, né à Bruges, aurait pu être belge ; Manu Lecomte, né Emmanuel à Bruxelles, pourrait devenir le « T.P. » des Belgian Lions… Sacrée comparaison ! Toutes proportions gardées, car le prodige français est quadruple « bagué » NBA et champion d’Europe en titre, la référence n’en est pas moins éloquente. A 20 ans, le 16 août, ce meneur qui a emmené la sélection espoir à une 8e place historique à l’Euro cet été, incarne la plus grande promesse du basket belge. « S’il garde les pieds sur terre, Manu va devenir un grand joueur », confirme Eddy Casteels. Un coach de l’équipe nationale qui, soucieux de rajeunir ses cadres s’apprête à écarter 2 des 13 sélectionnés actuels (le naturalisé Lojeski, attendu d’ici le 15, étant le 12e nom garanti), après le deuxième match amical ce dimanche face à la Grèce, en vue de poursuivre la préparation à l’Euro que les Belges entament le 5 septembre à Riga.

« Je suis très heureux de ma première sélection senior, mardi, face aux Pays-Bas, mais, maintenant, je veux figurer dans la sélection définitive, confie Lecomte, honoré de se présenter au grand public sans être impressionné… Le basket reste un plaisir. Et mes 2 années en NCAA (NDLR : le championnat des universités américaines) m’ont apporté beaucoup d’expérience. Il m’est arrivé d’évoluer devant 30.000 personnes avec Miami. » Et de mener les Hurricanes à des exploits tels que ces succès à Duke ou Syracuse, monuments du basket collégien. « Mon rêve depuis que mon oncle (Nicolas Joostens) m’a initié au basket, à 5 ans au Racing Jette, c’est la NBA ! Je voulais donc me mettre dans des conditions optimales pour y postuler. Et la NCAA me semble la voie idéale. »

Révélé à l’Atomia, aux côtés de Khalid Boukichou, autre pépite de l’équipe nationale, Lecomte fréquente de 14 à 16 ans le centre de formation de la fédération wallonne. « Mais j’ai toujours été en avance et on m’a conseillé de partir à Willebroek pour mûrir plus vite. » La saison suivante, il continue à dominer la D2, avec Mons. « Mais je voulais poursuivre mon rêve en NCAA et me confronter aux plus grands talents mondiaux dans ce championnat qui demeure le vivier des franchises NBA via la draft (NDLR : la bourse aux futurs joueurs).  » Ce processus, qui repose sur les relations et les circonstances au-delà du talent, est semé d’obstacles. « Qu’il me faut donc surmonter en bossant comme un acharné. »

Sur le campus de Miami, et sous l’œil avisé de Michael Huger, l’ancien distributeur d’Anvers, Ypres et Liège qui s’y est reconverti en assistant coach, Manu se façonne au quotidien, un physique d’airain. « Les salles restent ouvertes 24 h sur 24 : ce n’est pas un détail quand il faut compenser son déficit de taille en développant puissance et vitesse. » Le principal frein à son ascension serait son mètre 80… « Qui, jusqu’ici, ne l’a jamais empêché de dominer de manière évidente, observe Jacques Stas, l’assistant des Lions. Bien sûr, ce n’est pas encore le cas en équipe nationale, où il ne monopolise plus le ballon et ne peut pas s’exprimer aussi librement. Son rôle consiste à soulager le duo Van Rossom-Tabu sous la pression des rencontres internationales. Manu doit harceler le meneur adverse et libérer des espaces pour nos tireurs. Son profil est différent de Marnegrave ou Bosco, plus organisateurs. » Et sa maturité, étonnante, se révèle à la hauteur des attentes.

Il y a donc de fortes chances que Lecomte dispute l’Euro, où il pourrait croiser Tony Parker si les Belges franchissent le 1er tour, avant de repartir aux Etats-Unis poursuivre son rêve. Mais désormais au Texas, dans le College de Baylor… « A Miami, la concurrence m’a fait glisser à l’aile. Or, je veux jouer en leader. » Quitte à passer un an sans match officiel, la règle lorsqu’un étudiant change d’université. « Mentalement, ça ne va pas être facile, mais ce sera l’occasion d’encore progresser. »