La pièce: un air de Brooklyn dans les Ardennes

CRITIQUE

Tout fan de Paul Auster, dont nous sommes, ne peut qu’être séduit par le titre de la pièce de Donald Margulies, Brooklyn Boy, et sa promesse d’une chronique new-yorkaise. Dès les premières minutes, on comprend que ces deux heures vont traverser l’East River en même temps que son personnage principal, Eric Weiss, traverse toute une vie en sens inverse, de retour vers le quartier qui l’a vu naître, Brooklyn, et une communauté juive qu’il n’a eu de cesse de fuir.

Devenu un écrivain acclamé, Eric rend visite à son père, marchand de chaussures caractériel, aujourd’hui alité sur son lit d’hôpital. Ce face-à-face est la première pierre d’une réconciliation avec son histoire familiale, culturelle, religieuse, et il faudra quelques briques supplémentaires, sous forme de rencontres, pour parachever l’ouvrage.

Sur un plateau tournant, où d’efficaces vidéos traversent l’Amérique, de Manhattan à Hollywood, Eric galope de confrontations en retrouvailles.

Il se heurte à une ex-épouse amère qui ne supporte plus de vivre dans l’ombre de l’écrivain. Il tombe sur un copain d’enfance resté à Brooklyn pour y devenir épicier, qui voue un mélange de culte et d’âpre jalousie à la réussite d’Eric. Il passe la nuit avec une jeune fille qu’il a réussi à mettre dans son lit après une séance de dédicace, même si c’est finalement elle qui le remettra à sa place. Il découvre enfin les coulisses sans-gêne d’un studio hollywoodien qui veut adapter son histoire au cinéma.

Mise en scène par Armand Delcampe, la pièce croque avec rythme le portrait d’un homme paumé, qui tente de se libérer de ses chaînes. Si l’issue est prévisible, le texte distille des questions universelles, dont l’encombrant attachement à nos racines.

En fait, la surprise vient surtout du casting, avec Richard Ruben dans le rôle principal.

Celui qu’on connaît comme humoriste joue ici sur un tout autre mode, celui d’un quadra en pleine crise existentielle, athée, déstabilisé par un entourage qui lui renvoie son judaïsme en pleine face.

Méconnaissable dans ce rôle feutré, il campe un homme touchant de désarroi face à la figure écrasante du père (savoureux Armand Delcampe), mais qui manque ensuite de relief, de fulgurances, de complexité, tandis que son personnage résiste tant bien que mal à ce Brooklyn qui tente de le ramener dans ses filets. L’interprétation devrait se faire plus charnelle avec le temps. Une reprise est déjà prévue à la rentrée à Louvain-la-Neuve.

Du 24 septembre au 15 octobre à l’Atelier Théâtre Jean Vilar, Louvain-La-Neuve.