C’étaient les années 80…

Les années 80 s’éloignent peu à peu. Ceux qui s’en souviennent aujourd’hui, et les ont traversées de l’aube (la naissance des radios libres, du vidéo-clip, du walkman, du top 50…) à son crépuscule et à la chute du mur de Berlin, ont largement passé la quarantaine.

France 3 consacre ce soir un documentaire de 110 minutes à cette décennie atypique : festive, joyeuse, libertine, provocatrice. Mais aussi marquée, dès 1985, par le fantôme macabre et tragique du virus du sida.

Ceux qui attendent de ce documentaire, fabriqué comme un long clip parfois bruyant et parisianno-centriste, un regard sur l’évolution de l’actualité internationale, durant ces années qui furent celles de Gorbatchev, Walesa, Thatcher ou Reagan, peuvent passer leur chemin.

« La folie des années 80 » évoque surtout une décennie de musique, de télévision, de mœurs et de figures iconiques. Et les icônes se comptent alors sur les doigts d’une main.

Il y a Coluche, qui avant de se crasher, était le premier bouffon de France : défiant Mitterrand et Giscard aux présidentielles de 1981, jouant la mariée aux bras de Thierry Le Luron, bluffant son monde en tragique dans le film Tchao Pantin, ou lançant, à la rage et au culot, l’aventure des Restos du cœur.

Les années 80, c’est un peu le compromis entre la superficialité et la bonne conscience. Michael Jackson, alors roi incontesté de la pop qui rêve d’emmener ses clips sur la voie du cinéma (Thriller, Bad…), est le chantre de cette génération d’artistes qui font dans le business caritatif. « We are the world », chanson de soutien aux affamés de l’Ethiopie, entonnée aux côtés de Dylan, Stevie Wonder ou Bruce Springsteen, c’est lui.

L’autre star planétaire de la décennie, c’est Madonna, qui conquiert le monde en proposant un cocktail fait de sexe et de religion, de dessous chocs et de croix catholiques, de lancers de petites culottes et d’inclination devant les saints.

En France, le Dr Jekyll et Mister Hyde vénéré par la génération Canal +, c’est Gainsbourg. Artiste sensible, entiché… de Gainsbarre, qui joue, lui, les trublions cyniques et avinés de la télé chère à Sabatier, Ardisson ou Drucker.

Il y a encore Isabelle Adjani qui, dans ces années-là, ne sait plus quoi faire de ses Césars (elle en rafle trois), rend fous les photographes sur la Croisette, chante devant la caméra de Luc Besson (Pull marine), s’engage courageusement en faveur de Salman Rushdie et combat l’infâme rumeur qui la prétend condamnée par le sida.

Il y a encore Bernard Tapie, golden boy dont la succes-story et le profil de businessman (patron de l’OM, chef d’entreprise, présentateur télé…) rêvant d’être un artiste s’écrit curieusement au cœur des années Mitterrand. Des années marquées en France par trois hommes, chacun liés à des événements de cette Histoire : Robert Badinter et l’abolition de la peine de mort, Harlem Désir et SOS racisme, Jack Lang et la Fête de la musique.

Les années 80, rappellent d’innombrables archives du docu, sont aussi celles où la place de la femme se renforce. Thatcher dans la politique, Christine Ockrent et Anne Sinclair sur le petit écran, Mylène Farmer et Catherine Ringer dans la chanson : toutes pionnières du changement… tandis que la Playmate du Collaro Show, la chanteuse Sabrina au plantureux balcon (Boys boys boys) ou la Cicciolina, hardeuse et députée italienne, ramènent la femme au statut de bimbo. L’époque s’entiche également de lolitas : Elsa a 13 ans, Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg et Sophie Marceau en ont 14 quand elles débutent. De petites poupées qui font les délices des beaux messieurs. Le syndrome « lemon incest » n’est jamais loin. Il mourra avec les années 90. Des années qui, avec l’affaire Dutroux, consacreront le retour de l’ordre moral. Et la fin du célèbre refrain entonné par Chagrin d’amour. Car après cela, chacun ne fera plus c’qui lui plaît.

« La folie des années 80 », 20 h 50.