Les républicains (déjà) lancés à l’assaut de l’accord avec l’Iran

L es sénateurs qui peuvent éviter une guerre. » Le titre en ouverture du site du Huffington Post n’y allait pas de main morte, jeudi. En dessous : les visages de 17 sénateurs américains. Tous démocrates. D’après le Huffington Post, ces sénateurs – s’ils décident de soutenir l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne le 14 juillet dernier – pourront faire pencher la balance en faveur de l’accord. Ce qui, d’après Barack Obama, reviendrait à éviter une guerre.

Dix-sept sénateurs sur un total de 42 sénateurs démocrates… La preuve que le camp démocrate est divisé sur la question du nucléaire iranien. Ce qui n’arrange pas l’administration Obama, qui a négocié cet accord durant… 22 mois, et qui le qualifie d’historique.

Le 14 juillet dernier, il y a un mois précisément, John Kerry (le secrétaire d’Etat américain) présentait à Vienne, aux côtés de ses homologues iranien, français, allemand, britannique, chinois, russe et européen (l’Iran et le groupe des « 5+1 »), l’accord qu’ils ont conclu sur l’épineux dossier qu’est le nucléaire iranien. Que dit l’accord ? Que l’Iran s’est engagé à ne pas se doter de la bombe atomique. En échange de quoi, les Etats-Unis, l’UE et l’ONU vont lever, dès 2016, les sanctions qui isolent l’économie iranienne depuis 2006. L’accord est prévu pour une durée de dix ans.

Si les démocrates sont partagés, les républicains sont quant à eux, unanime : ils veulent rejeter cet accord. Or, ils ont justement l’occasion de le faire…

Le Congrès va se prononcer à la mi-septembre, après les vacances des députés, sur un texte qui rejette l’accord de VIenne. Depuis les élections de mi-mandat de novembre 2014, les républicains sont majoritaires à la Chambre des représentants comme au Sénat. Ils n’auront dont, a priori, aucune difficulté pour adopter ce texte qui annule l’accord sur le nucléaire iranien.

Mais la partie ne s’arrêtera pas là… C’est ensuite que ça va se compliquer, puisque Barack Obama a déjà prévenu qu’en cas d’adoption dudit texte, il allait faire usage de son veto pour forcer la survie de l’accord conclu à Vienne.

Une seconde campagne

La Chambre et le Sénat devront alors revenir une nouvelle fois sur le texte. Mais cette fois, une majorité des deux tiers sera requise pour l’adopter. Au Sénat, la majorité des deux tiers équivaut à 68 députés. Autrement dit : Barack Obama doit trouver 34 députés qui approuvent le deal iranien et empêche dont le texte de passer. Pour le moment, 17 sénateurs ont publiquement annoncé qu’ils le feraient. Il en manque donc encore 17 à Barack Obama… Précisément ceux pointés du doigt jeudi par le Huffington Post.

Pour les détracteurs de l’accord iranien (les républicains surtout, mais ils ne sont pas les seuls), c’est donc la seconde campagne (celle pour la majorité des deux tiers) qui sera la plus difficile. Elle a d’ailleurs déjà commencé. Les partisans et les opposants du texte ne cessent déjà d’argumenter en faveur ou en défaveur du deal iranien.

Les opposants à l’accord insistent notamment sur le fait que le deal ne fera que postposer une « issue fatale » ; que l’Iran finira par se doter de l’arme nucléaire ; que le système de contrôle n’est pas transparent, etc.

Les partisans de l’accord insistent surtout sur le fait qu’il vaut mieux cet accord, que pas d’accord du tout.

Barack Obama avait déjà signalé, lors qu’une conférence de presse sur le sujet, que rejeter l’accord, et donc ne pas lever les sanctions, reviendrait à se lancer dans une guerre – puisque l’Iran aurait le loisir de faire valser ses promesses, en militarisant son programme nucléaire. Cette semaine, John Kerry en a remis une couche. Il a déclaré que si « nous nous retournons et rejetons l’accord (…) c’est une recette très rapide, mes amis, pour que le dollar américain cesse d’être la monnaie de réserve mondiale. » Reste à voir si cet argument va prendre auprès des députés encore indécis…

Toutefois, si après le second passage au Congrès, le texte est adopté par une majorité des deux tiers, Barack Obama aura encore quelques cartes dans son jeu pour lever certaines sanctions imposées à l’Iran, grâce à des décrets présidentiels. « Un geste audacieux, mais qui ferait enrager les membres du Congrès », selon le magazine en ligne Politico.