Grèce: un Eurogroupe décisif ce vendredi après-midi

Le Parlement grec a entamé jeudi l’examen du nouvel accord de prêt avec les créanciers du pays, le troisième depuis 2010, qui expose le Premier ministre Alexis Tsipras à la défiance tant de l’Allemagne, réservée sur le texte, que de son propre parti politique, profondément divisé.

En prévision d’un Eurogroupe décisif ce vendredi, Alexis Tsipras devait convaincre que le projet de loi de 400 pages rédigé durant deux semaines sous la houlette des représentants des créanciers du pays remplit toutes les conditions pour que la Grèce puisse toucher rapidement un premier versement sur les quelque 85 milliards d’aide prévus.

Le vote était attendu dans la nuit, formule récurrente depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement d’Alexis Tsipras en janvier. Il y avait peu de suspense : trois grands partis d’opposition – Nouvelle Démocratie (conservateur), Pasok (socialiste) et Potami (centre-gauche) – devaient en effet apporter leurs 106 voix (sur 300).

Mais M. Tsipras est confronté à la fracture que crée ce nouveau programme d’austérité dans son parti. On se souviendra que lors des votes du mois de juillet sur de premiers volets de mesures, de nombreuses défections avaient dégarni les rangs des 149 députés Syriza.

Athènes compte sur une première tranche de 20 à 25 milliards d’euros pour rembourser 3,4 milliards à la Banque centrale européenne (BCE) jeudi prochain et injecter immédiatement 10 milliards d’euros dans les banques, mises à mal par les massifs retraits d’épargne de Grecs inquiets, et le contrôle du crédit instauré fin juin, qui ralentit l’économie, même s’il les protège d’une panique accrue des épargnants.

Réticences allemandes

Alors que les prévisions européennes tablent sur un recul de 2,3 % du PIB pour 2015, la Grèce a fait cependant mieux qu’attendu au deuxième trimestre avec un PIB en hausse de 0,8 % par rapport au premier, alors que les économistes attendaient un net recul. Mais le contrôle des capitaux pèsera sévèrement sur les performances du deuxième semestre.

L’Allemagne reste plus que circonspecte sur le nouveau programme, et a d’ores et déjà annoncé qu’elle soulèverait « des questions », lors de l’Eurogroupe. Selon le quotidien Bild, qui cite notamment un document de deux pages du ministère allemand des Finances, les réserves de Berlin concernent la participation incertaine du FMI au programme, la soutenabilité de la dette et les privatisations.

Peut-être Berlin voudra-t-il insister ce vendredi en faveur d’un prêt-relais à Athènes, donnant le temps d’obtenir des réponses à ses questions, tout en permettant à la Grèce de payer à temps la BCE. La Commission européenne, si elle espère un accord de l’Eurogroupe, s’est toutefois préparée à ce scénario, a-t-elle fait savoir jeudi après-midi.

Le président du Bundestag, Norbert Lammert, ne semble pas s’attendre à un blocage complet par son pays puisqu’il a indiqué aux députés allemands que si la Vouli, le Parlement grec, donnait son feu vert, il les convoquerait pour une session extraordinaire mardi ou mercredi afin de voter à leur tour.

En Finlande, la Grande Commission, une instance du Parlement composée de 25 des 200 députés, a donné son feu vert jeudi après-midi.