«Floride»: entre drame et comédie

S’il devait n’y avoir qu’un adjectif pour caractériser le cinéma de Philippe Le Guay, ce serait l’éclectisme. De la lutte des classes entremêlée de sentiments dans Les Femmes du 6e étage, à une comédie autour de l’argent dans Le coût de la vie, en passant par Molière dans Alceste à bicyclette  : il arrive à toucher à de nombreux pans de la société et de la culture sans jamais s’enfermer.

Après deux beaux succès (un César du meilleur second rôle féminin pour Les Femmes du 6e étage et 2,27 millions d’entrées en France ; 1,16 million de spectateurs pour Alceste à bicyclette), le réalisateur s’attaque aujourd’hui au difficile exercice d’adapter une pièce de théâtre sur grand écran. Floride, d’après la pièce Le Père, de Florian Zeller, c’est l’histoire de Claude Lherminier (Jean Rochefort), un ex-chef d’entreprise atteint de la maladie d’Alzheimer mais qui ne perd pourtant rien de son flegme ni de sa prestance. A ses côtés, Carole (Sandrine Kiberlain), une fille dévouée qui fait tout pour que son père ne soit pas livré à lui-même…

Plus que la pièce en elle-même, c’est le projet de mettre en scène Jean Rochefort qui a animé Philippe Le Guay. « Ça a été un moteur et une inspiration dans le choix d’adapter cette pièce, explique le réalisateur. Je ne voyais que lui pour ce rôle et j’avais très envie de travailler avec lui ! » Le choix de Sandrine Kiberlain, autre personnage central, s’est ensuite fait très naturellement : « J’avais déjà travaillé avec Sandrine et je l’aime énormément. Le thème et l’histoire du film, c’est quand même une relation père-fille. Sandrine incarne à merveille ce mélange de violence et de tendresse qui caractérise ces relations. Puis tous les deux se connaissent bien et avaient le projet de travailler ensemble. Les gestes, les non-dits et la complicité étaient déjà là, il suffisait de puiser dedans. Sur le plateau, ils étaient tout le temps ensemble. Quelque chose se poursuivait en dehors du film. Puis ils ont en commun d’assumer à la fois quelque chose de flamboyant et de pathétique. Ils n’ont pas peur du ridicule. »

Si le sujet paraît grave, le film ne sombre pas dans le pathos et réussit même à faire rire. Une caractéristique essentielle pour Philippe Le Guay : « Ce qui me plaît de plus en plus au cinéma, c’est le mélange des genres. J’aime cette espèce de flottement entre la comédie et le drame. Ce que j’aimais dans la pièce de Florian Zeller, c’est qu’elle proposait deux couleurs : cette fantaisie qu’a le personnage de Claude Lherminier (il n’hésite pas à faire des blagues un peu salaces à sa femme de ménage…, NDLR) et un arrière-fond plus tourmenté. Jean Rochefort, plus qu’aucun autre acteur de sa génération, a justement cette dimension. » Une force et un contraste que Philippe Le Guay a envie d’explorer : « Les genres ne sont pas codifiés dans la vie. Pour moi, la force de la comédie dans le sens large, c’est de pouvoir mélanger les deux. »