La reprise économique se dessine

Reprise, es-tu là ? Même si de nombreux indicateurs sont désormais dans le vert, rien ne permet d’être affirmatif et le doute subsiste. Ces dernières années, on a appris à se méfier de ces débuts de relance qui ne sont en réalité que des mirages, embellies passagères. Va-t-on encore déchanter cette fois-ci ? Quels sont les indicateurs qui attestent de la solidité de la reprise ? Quels sont ceux qui instillent le doute ?

Sur le papier, il est indubitable que la Belgique est sur la voie de la croissance. Le PIB au second trimestre a connu une croissance trimestrielle de 0,4 % et de 1,3 % sur base annuelle. On est loin des niveaux que la Belgique a connus par le passé (au-delà de 3 %) mais c’est tout sauf négligeable. « Il semble que l’économie belge passe à la vitesse supérieure. Elle ne tourne plus au ralenti », estime Peter Vanden Houte, économiste en chef de la banque ING. Pour son collègue de la banque Degroof, Etienne de Callatay, « il va falloir s’habituer à considérer qu’un taux de croissance de 1,5 % est une performance satisfaisante. La croissance démographique et les gains de productivité qui ont permis à la Belgique de connaître des taux élevés il y a 30 ou 40 ans ne sont plus là ». D’autres économistes pensent que, au vu des circonstances favorables qui jouent aujourd’hui en faveur de l’économie belge, cette performance est bien maigre (lire ci-dessous).

La confiance de retour

Pour qu’il y ait croissance, il faut qu’un ingrédient subjectif essentiel soit présent : la confiance. Si les chefs d’entreprise croient dans les perspectives futures, ils engageront, ce qui créera du pouvoir d’achat pour les ménages qui consommeront plus, permettant aux entreprises d’à nouveau investir et engager. C’est le cercle vertueux. Bonne nouvelle, après une baisse en début d’année, le moral des patrons repart progressivement à la hausse un peu partout sauf dans la construction où ils continuent à broyer du noir. Ce sont des raisons propres au secteur qui expliquent sans doute cette situation : réduction des investissements publics, forte diminution du bonus logement en Flandre, dumping social…

Ailleurs, les affaires reprennent, comme en témoignent les très bons résultats semestriels dévoilés ces derniers jours par les sociétés cotées (KBC a doublé son bénéfice, Proximus a revu ses prévisions à la hausse, Umicore affiche des résultats en hausse de 24 %…). Cette confiance retrouvée se traduit-elle dans des investissements ? Jusqu’ici, c’était le point noir de la reprise. Les entreprises se montraient extrêmement prudentes, faisant craindre que la reprise ne s’interrompe faute de relais au niveau des investissements. Cette crainte s’estompe progressivement. Les demandes de crédits reçues par les banques et les octrois de crédit sont en hausse ce qui tend à montrer que les entreprises ont enfin décidé d’investir.

Cette confiance plus soutenue des patrons se traduit-elle aussi dans les chiffres de l’emploi ? Cela semble être le cas si on se fie aux chiffres de l’intérim considéré comme un indicateur avancé d’une reprise du marché de l’emploi. Avant d’engager quelqu’un sous contrat à durée indéterminée, un patron va en effet d’abord vouloir s’assurer que tout va bien et va plutôt recourir à de l’intérim. Or, que voit-on dans ce secteur ? Des taux de croissance des heures prestées de 9,4 % au second trimestre et de 10,4 % au premier trimestre.

Offres d’emploi en hausse

Autre signe qui témoigne de la volonté des entreprises d’engager : la hausse des offres d’emploi proposées par les organismes de placement régionaux. On atteint le chiffre de 109.749 annonces au second trimestre. Un chiffre qu’on n’avait plus connu depuis 2007. Leur nombre était en hausse de 17 % au second trimestre. Un chiffre exceptionnel qu’il faut malgré tout relativiser. Il est en partie faussé par une double comptabilité de certaines annonces intérim du côté flamand et les jobs d’étudiant. Le taux de chômage reste, lui, stable à 8,6 %. « Une bonne partie du chômage est structurelle, explique Ivan Van de Cloot, économiste au think tank Itinera. Si on regarde d’un peu plus près, on constate que le taux de chômage des jeunes, qui est plus cyclique, baisse ».

L’amélioration de la situation sur le marché de l’emploi a immédiatement un effet retour sur la consommation. Les gens qui décrochent un emploi sont rassurés et dépensent plus. Ces derniers mois, c’est d’ailleurs la consommation privée qui a dopé la croissance. Elle a augmenté de 1,9 % au premier trimestre en base annuelle. Les perspectives d’emploi ne sont pas les seules à rassurer le consommateur. La baisse du prix du pétrole lui permet de gagner du pouvoir d’achat. Idem pour les taux d’intérêt très bas qui ont permis à beaucoup de Belges de refinancer leur prêt hypothécaire et diminuer leurs mensualités. Et dans un contexte d’inflation très faible, le saut d’index décidé par le gouvernement n’a guère d’impact sur le pouvoir d’achat.

« Jusqu’ici, on avait l’impression que la croissance belge était fort dépendante des exportations, explique Peter Vanden Houte. Aujourd’hui, on voit que la demande domestique et les investissements prennent le relais. La croissance est plus équilibrée et par là plus durable. Le fait que les indicateurs de confiance restent bien orientés en Europe ces derniers mois malgré la crise grecque et les problèmes dans les pays émergents me font penser que la croissance est plus résistante qu’avant ».

L’avenir dira si la Belgique est capable de créer le cercle vertueux : confiance, emploi, consommation, investissement.

Des « vents favorables »… et quelques nuages à l’horizon

Petite économie ouverte, la Belgique évolue, dans une large mesure, au rythme donné par ses principaux clients. Lesquels sont majoritairement européens. L’Union absorbe près de 71 % des exportations belges – et la zone euro, 56 %. Mais notre commerce extérieur est encore plus concentré que ces chiffres le suggèrent puisque 44 % de nos exportations partent chez nos trois voisins : Allemagne (17 %), France (16 %) et Pays-Bas (12 %).

Autrement dit : le dynamisme économique de la zone euro constitue le facteur numéro un qui influence la conjoncture belge. La plupart des prévisionnistes s’attendent à une accélération de la reprise, modeste cette année (une croissance attendue du PIB en volume de 1,5 %) et plus vive la prochaine (1,9 %).

C’est que les vents sont favorables. L’économie européenne est poussée par la forte baisse des cours du pétrole et par la dépréciation de l’euro face au dollar.

Un prix du baril en chute libre qui, même s’il est en partie compensé par la baisse de la monnaie unique face au billet vert, redonne du pouvoir d’achat aux ménages et, réduisant les coûts de production, gonfle les marges bénéficiaires des entreprises. Un euro plus faible favorise les exportations en dehors de la zone euro.

Ajoutez une politique budgétaire « plus neutre » (autrement dit : moins d’austérité) dans la majorité des pays de la zone monétaire. Et vous obtenez ce que les économistes appellent un « choc positif de demande. » Ce sont ces facteurs qui soutiennent la reprise économique.

Mais un moteur important de croissance tarde toujours à se rallumer : l’investissement. Malgré des taux d’intérêt très bas et des marges bénéficiaires confortables (au moins dans le nord de la zone euro), les entreprises hésitent encore, restent attentistes. Or, sans cet effet d’accélération, la zone euro ne peut espérer renouer avec une croissance auto-entretenue.

Le ralentissement chinois constitue un deuxième sujet d’inquiétude. A Pékin, où les autorités ont décidé de laisser glisser le yuan face au dollar pour relancer les exportations. Mais aussi en Europe. La détérioration économique et financière des derniers mois en Chine et dans d’autres pays émergents n’a « pas semblé avoir de conséquences notables sur l’activité en zone euro », précisait jeudi la Banque centrale européenne. N’empêche : si Pékin éternue, l’économie mondiale pourrait s’enrhumer.

La Belgique, dont les principaux clients sont européens, n’est-elle pas à l’abri ? La réalité est moins simple : nous fournissons largement l’industrie allemande, elle-même très présente sur le marché chinois. En 2011 et 2012 : l’économie belge, arrimée à son voisin d’outre-Rhin, avait tiré son épingle du jeu, alors que la zone euro retombait en récession. A rebours, un ralentissement abrupt de l’économie chinoise ne serait pas une bonne nouvelle aujourd’hui pour nos entreprises.

D’autres nuages pourraient obscurcir l’horizon. L’épargnant se plaint du bas niveau des taux d’intérêt. Mais, pour l’économie de la zone euro, une remontée brutale serait malvenue. Déjà, les taux à long terme, extrêmement bas au début du printemps, ont repris un peu de hauteur. La poursuite du mouvement n’est pas totalement exclue. Le risque d’un Grexit – et de tensions sur les marchés obligataires – s’est éloigné. Mais le resserrement attendu cet automne de la politique monétaire américaine et le relèvement des taux d’intérêt outre-Atlantique pourrait entraîner les taux européens à la hausse.

Enfin, si la plupart des experts s’attendent à une relative stabilité des prix pétroliers sur un horizon d’un à deux ans, nul ne peut exclure une recrudescence des tensions géopolitiques, à l’est de l’Ukraine ou au Moyen-Orient, ni jurer que cela n’aurait aucun effet sur le marché de l’or noir. On le voit : la reprise reste fragile…