Les Rencontres de Huy osent des petites histoires grrrochonnes

Le Théâtre des 4 Mains et le Zététique ne se voilent pas la face. Leurs « Histoires grrrochonnes » et « Vilains petits » détrônent nos angelots. Tant mieux ! Critique.

Temps de lecture: 3 min

L’exercice est paradoxal : jouer un spectacle pour des enfants, mais être choisi par des adultes. A Huy, les compagnies de théâtre jeune public font face tous les jours à ce dilemme schizophrénique. Pas facile de penser une pièce pour des petits dès 18 mois tout en sachant qu’il faudra avant tout séduire un public de programmateurs qui affiche plutôt 40 ans de moyenne. Des adultes qui, de surcroît, ont une vision fantasmée de l’enfance. C’est ainsi que l’édition précédente des Rencontres se gargarisait d’une certaine nostalgie dans ses thématiques, d’une tendresse douillette pour une vieillesse délicieusement désuète, oubliant que les enfants ne sont pas du tout dans ces préoccupations et ces sensibilités-là.

Gare à ne pas projeter nos chimères et soucis d’adultes sur des enfants champions pour vivre dans l’instant présent, avides surtout de goûter à la vie. Cet écueil, le Théâtre des 4 Mains l’évite avec brio dans Petites histoires grrrochonnes (dès 3 ans) et son univers joyeusement régressif. Alors que la tempête rugit dehors, tout le monde se glisse dans la petite maison de Claude et Maggie. Casé dans un coin de leur salon, on écoute les histoires polissonnes d’un couple de cochons qui adorent se faire peur. « On va bien se marrer, nom d’une crotte de nez », lancent-ils avant que les murs de la maison ne gigotent comme des pochettes-surprises.

Des rires à gorge déployée

A la manière d’un livre pop-up, la cabane s’agite pour faire avancer l’histoire : une souris surgit d’une armoire pour aller squatter les toilettes ; le fauteuil, très chatouilleux, vrombit d’éclats de rire chaque fois qu’on s’assied dessus ; un orchestre de cigales surgit sur le rebord de la fenêtre pour accompagner une petite saynète de l’autre côté de la vitre ; et un loup dégringole dans le conduit de la cheminée pour finalement rôtir d’une drôle de manière. Même le bac à linge sale cache bien son jeu. Mardi, les quelques enfants présents à la représentation étaient submergés d’excitation, riant à gorge déployée, avant de se cacher les yeux de frousse.

Ces Petites histoires grrrochonnes revisitent aussi bien l’histoire du grand méchant loup que les comptines de la Souris verte, tout en les assaisonnant d’inoffensives cochonneries. Normal, Maggie et Claude sont deux porcs, bien dodus par ailleurs. Logique qu’on finisse, chez eux, par manger des crottes de souris, qu’on suive le voyage, en théâtre d’ombres, d’une chandelle de morve, ou qu’une pause-pipi donne lieu à une partie de jambes géantes articulées en marionnettes. Avec ces ressorts impudiques, le spectacle aurait pu être d’une vulgarité sans nom mais il est servi avec une telle inventivité et une telle décontraction qu’il en devient férocement ludique. L’humour est du niveau de la maternelle, certes, mais tellement assumé, et rehaussé d’un jeu clownesque d’une pétante générosité, qu’on craque inévitablement. Et puis surtout, on y laisse les enfants être des enfants, sans les encombrer avec nos angoisses de grands.

En tournée à Ottignies, Fleurus, Bruxelles (Atelier 210), Rixensart, Beauvechain. www.theatre4mains.be.

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