Crise des migrants en Belgique: le vrai du faux

C’est peu dire que le sujet déchaîne les passions. Alors que les migrants affluent en Belgique, que les centres d’accueil sont pleins à craquer et que les CPAS wallons appellent le fédéral à l’aide, l’accueil des demandeurs d’asile est devenu le sujet politique de l’été.

L’occasion de passer au crible quelques-uns de vos commentaires postés sur notre site. Et d’essayer de distinguer le vrai du faux.

Voici trois commentaires d’internautes que nous avons tenté de « fact checker ».

1. Liliane Noyelle : « D’après le HCR (le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, NDLR) il y a 70 millions de réfugiés de guerre dans le monde à l’heure actuelle. Combien sommes-nous censés en recevoir ? Suffisamment pour nous mettre ici dans la situation qu’ils fuient là-bas ? »

► « 70 millions de réfugiés dans le monde »

Selon les derniers chiffres de le HCR, quelque 59,5 millions de personnes, et non 70 millions, ont été forcées de quitter leur maison en 2014. C’est toutefois un triste record depuis que ces statistiques existent. Et c’est assez logique, compte tenu de la triste actualité au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Afrique.

Infographies : Il n’y a jamais eu autant de réfugiés sur la planète

► « Combien sommes-nous censés recevoir de réfugiés ? »

C’est à la fois une question politique et une question statistique. Sur un plan purement statistique, toutes les réponses sont données par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA). Selon les derniers chiffres, le CGRA a auditionné 11.545 demandeurs d’asile en Belgique en 2015. La Belgique dispose d’une capacité d’accueil de 18.400 places, actuellement quasi toutes occupées. Le gouvernement prévoit la création de 2.500 places supplémentaires afin que des demandeurs d’asile ne se retrouvent pas dans le froid l’hiver prochain.

Ce qui change cette année, c’est le taux d’acceptation du statut de réfugié. De 22,4 % en 2012 il est passé à près de 60 % depuis le début de l’année. Cela est dû aux pays d’origine des migrants : on ne renvoie pas chez eux des familles qui viennent d’Irak, de Syrie ou d’Afghanistan, des pays en guerre.

Si on résume, depuis le début de l’année, près de 7.000 personnes ont obtenu le statut de réfugié ou de protection subsidiaire. Cela représente 0,06 % de la population belge. À plus large échelle, 625.000 demandeurs d’asile sont arrivés en 2014 en Europe, soit 0,1 % de la population de l’UE (507,5 millions).

2. Moses Fussganger : « Expliquez-moi pourquoi chaque ressortissant étranger qui débarque chez nous est pris en charge, d’une façon ou d’une autre, alors que les SDF, d’origine belge pour beaucoup, s’empilent littéralement aux abords des grandes gares bruxelloises et que de véritables villages se créent sous les ponts. »

► « Pourquoi chaque ressortissant étranger qui débarque chez nous est pris en charge »

La Belgique a signé la convention de Genève, qui définit le statut de réfugié. En conséquence, le royaume « s’est engagé à protéger les réfugiés se trouvant sur son territoire. Les demandeurs d’asile reconnus comme réfugiés reçoivent un permis de séjour de durée illimitée », souligne Fedasil. Qui est réfugié ? Toute personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».

Cependant, le demandeur d’asile ne reçoit pas d’aide financière, mais simplement l’accueil. D’où la polémique récente sur le manque de places en centres d’accueil, et l’ouverture de places en urgence.

À lire : Statut de réfugié en poche, le début d’un autre parcours du combattant

3. Nicole Marie Thonet : « Ils ne viennent que pour profiter des avantages ! Lamentable ! Qu’est ce que le gouvernement obtient en retour ? Là est la question ! »

► « Ils ne viennent que pour profiter des avantages »

Comme indiqué ci-dessus, le demandeur d’asile ne bénéficie pas d’une aide financière automatique. Il est en revanche évident qu’à côté de la misère ou la guerre, le simple fait de se voir accorder une place en centre d’accueil constitue un avantage. Enfin, si le demandeur d’asile obtient gain de cause – le statut de réfugié – le parcours du combattant n’est pas terminé : il a deux mois pour quitter le centre d’accueil collectif (ou le logement individuel) qu’il occupe temporairement. La recherche d’un logement constitue donc la priorité des priorités. D’autant plus que si, dès lors que son statut lui est accordé, il a droit au revenu d’intégration, il doit pour ce faire s’inscrire dans un CPAS… Et qu’il est plus judicieux d’émarger au CPAS de la commune dans laquelle on vit… Donc d’avoir déjà trouvé un logement. Le statut de réfugié ou la protection subsidiaire donne droit au revenu d’intégration sociale, soit à peu près 800 euros pour une personne isolée, 400 euros pour une personne cohabitante et un peu plus de 1.000 euros pour un/une chef de famille. Avancés par les CPAS, entièrement remboursés par le fédéral.

► « Qu’est ce que le gouvernement obtient en retour ? »

Le coût de l’accueil des migrants est connu : la dotation fédérale pour Fedasil en 2014 atteignait 303 millions d’euros, dont 56 millions de frais de personnel (qui sont donc, en quelque sorte, réinjectés dans l’économie). Pour se faire une idée, l’ensemble des dépenses de l’administration belge en 2014 se montait à 206 milliards d’euros en 2014 (hors charge d’intérêts). Le budget de Fedasil représente donc 0,15 % des dépenses du pays.

Mais l’interrogation de Nicole Marie Thonet est sans doute plus large et pose la question de l’intérêt pour le pays. Là, la réponse est beaucoup plus nuancée (et sujette à polémique). Selon un sondage réalisé par Ipsos, plus de 60 % des Belges pensent qu’il y a trop d’immigrés dans le pays. Qu’en pense Theo Francken ? « Que j’ai encore beaucoup de travail ! L’immigration est positive et elle doit être un atout. Nous sommes au centre de l’Union européenne et un pays sans immigration est désastreux ».

À condition de bien intégrer les étrangers. « Cet afflux de migrants doit aussi être vu pour l’opportunité qu’il représente, d’un apport de main-d’œuvre pour combler le vide laissé par les populations vieillissantes d’Europe, juge notre éditorialiste Béatrice Delvaux. Beaucoup en Allemagne en ont conscience, tandis qu’en Belgique aussi, la Flandre va cruellement manquer de main-d’œuvre sous peu. Une opération d’intégration efficace des nouveaux arrivants permettrait de voir l’arrivée de ces populations comme une solution, et non un problème. »