Thalys: «Nos agents n’ont pas abandonné les passagers»

« A u lendemain de l’attaque, c’est un sentiment d’horreur qui domine. » Voici les premiers mots de la directrice générale de Thalys, Agnès Ogier. « On a vraiment évité la catastrophe grâce à des héros », poursuit-elle, reconnaissante. Mais la patronne de la compagnie ferroviaire se défend d’un abandon de poste de la part de ses agents, comme le soutient l’acteur Jean-Hugues Anglade. « Mais, attention, il ne s’agit pas d’entrer dans une polémique face au ressenti d’une personne qui a vécu une situation difficile », prévient-elle d’emblée. Entretien.

Que s’est-il vraiment passé à bord au moment de l’attaque ?

« Un de nos agents a senti une balle siffler. Il a directement pris cinq ou six clients pour se réfugier dans ce qu’on appelle le fourgon, un espace de travail fermé que nos agents peuvent ouvrir à l’aide d’une clé dans la rame de queue, à l’arrière du train. Ensuite, c’est la procédure d’urgence qui s’est enclenchée. »

Quelle est justement cette procédure lors d’une telle attaque ?

« Il y a deux priorités lors d’une telle attaque. Il s’agit d’abord de prévenir le conducteur d’un incident en arrêtant le train, ce que notre agent a fait en tirant la sonnette d’alarme. Il aurait aussi pu le faire par téléphone. Il est alors descendu du train immobilisé pour aller avertir le chauffeur. A ce moment, le conducteur a directement pris contact avec le dispatching où on lui a ordonné de prendre la direction de la gare d’Arras. La seconde priorité était alors de remettre l’individu, que l’on savait déjà neutralisé, aux autorités et de permettre aux secours de s’occuper le plus rapidement des blessés. »

Que s’est-il passé durant le trajet vers la gare d’Arras ?

« L’agent qui a donné l’alerte, et les clients descendus avec lui, ne sont pas remontés dans le train. Nous sommes allés les rechercher plus tard. Mais un autre agent est directement allé à la rencontre des blessés pour organiser au mieux l’intervention des secours dès l’arrivée en gare d’Arras. »

« Il faut rappeler que la fonction première d’un agent est de s’occuper des clients, mais il n’assure par une fonction de sécurité comme un policier ou un agent de sécurité peut le faire. On parle tout de même d’un attentat… Nos agents sont avant tout là pour s’occuper du bien-être des passagers, ce qu’ils ont fait. »

Et, à la gare d’Arras, comment se sont organisées les opérations ?

« Nos agents de la rame de queue ont été considérés comme des témoins et ont donc été entendus par les forces de l’ordre. Mais nos agents de la rame de tête ont pu apporter leur aide aux voyageurs. Ils ont par exemple servi d’interprètes entre les passagers néerlandophones et les forces de l’ordre françaises. Je tiens vraiment à souligner la mobilisation du personnel pour faire face à ce triste événement. Certains sont immédiatement revenus dans les gares, d’autres au centre opérationnel, etc. Il y a eu un vrai élan de solidarité. A trois heures du matin, nous avions encore 50 agents mobilisés à Paris pour accueillir les passagers du train. Nous ne les avons pas abandonnés. »

Suite à cette attaque, avez-vous pris des mesures de sécurité supplémentaires ?

« Un Thalys est un train comme un autre, et il revient aux autorités de déterminer la façon adéquate d’en assurer la sécurité. Des réunions, auxquelles nous sommes participons, sont en cours pour voir si de nouvelles mesures doivent être prises. Et si c’est le cas, la discrétion restera sans doute de mise. Mais nous faisons preuve d’une vigilance permanente. »