Pierre, éleveur de chèvres et fromager en micro-ferme: « Pas d'emprunt, vente directe et rester petit »

Le tintement des clochettes rappelle les alpages. Et pourtant, nous sommes à quelques kilomètres de Tournai. Dans l'une des prairies louées au domaine de Graux, neuf paires de cornes noires s'élèvent au-dessus de grands yeux curieux. A leurs sabots gambade une vingtaine de chevrettes de l'année. Les chèvres poitevines que Pierre Van de Wiele élève en bio ont indéniablement des atouts pour faire tourner les têtes. « C'est une race menacée. Il n'y en a plus que 3000 de par le monde. Friandes de pâturages, ces chèvres sont naturellement plus résistantes aux maladies. Et puis, ce sont de bonnes fromagères », s'enthousiasme-t-il.

A 30 ans, ce titulaire d'un graduat en construction s'est lancé comme éleveur de chèvres et fromager. « J'avais envie de faire quelque chose de mes mains, qui ait plus de sens pour moi ». La prise de risque est majeure. Mais qu'importe, si c'est « pour faire ce qu'on aime vraiment. »

Avec les 10 litres de lait quotidiens qu'il trait à la main, il s'attelle chaque jour à confectionner cinquante fromages frais de 100 grammes et du yaourt. Leur commercialisation a débuté en juin. Pierre a une exigence : vendre directement à ses clients. L'entièreté de sa production, il l'écoule exclusivement sur le marché de Tournai, le mercredi matin. En stars, les demoiselles caprines à l'élégante robe noire et brune ont leur photo sur l'étal. Les discussions s'installent avec les chalands et qui veut peut venir visiter la ferme. Cette proximité et le lien humain qui se crée, c'est la récompense à ses efforts.

Et ils sont légion. Pour se donner une chance de réussir dans un monde agricole qui périclite, Pierre a refusé tout emprunt. « Pour se créer une porte de sortie, il ne faut pas d'emprunt. Si un jour ça ne va plus, je dois pouvoir tout revendre : les chèvres comme le matériel. Le projet est donc financé avec nos économies. On a beaucoup travaillé au préalable pour le concrétiser. Quant au crowdfunding (plus de 6.000 € obtenus sur les 5.500 € espérés), il a permis de financer la construction du quai de traite et d'une partie de la fromagerie ». Avant d'ajouter, « pour limiter les coûts et avoir la plus grande marge bénéficiaire possible, je fais tout moi-même : de la traite au façonnage des fromages, en passant par les constructions, l'entretien des étables et la vente directe (donc sans aucun intermédiaire, NDLR). Et pour nourrir les chèvres sainement et à moindres frais, on tire un maximum profit des prairies. »

De la sorte, il parvient à valoriser chaque litre de lait caprin bio à 4 €. Voilà un an que les chèvres, accompagnées de leur bouc, sont installées au domaine d'Elisabeth Simon. « Avec les naissances de cette année, et donc la vingtaine de chevrettes à nourrir, je suis encore en perte, précise Pierre. Mais, l'an prochain, j'aurai trente chèvres donnant du lait, je rentrerai alors en positif. Et dans deux ans, elles seront à leur maximum de production. De quoi dégager un temps plein. » Et envisager un cheptel plus important ? Certainement pas. « Pour être rentable, il faut rester petit ». Actuellement, après la traite de 5 heures, Pierre saute dans le train direction Bruxelles. Et ce de deux à trois jours par semaine. Un rythme éreintant, surtout avec deux enfants en bas âge. Fonctionnaire fédéral nommé, ce gestionnaire de projet est passé à mi-temps au mois de mars. D'ici fin d'année, il souhaite se consacrer entièrement à ses chèvres. Une pause carrière comme tremplin vers une nouvelle vie.

Sur le même sujet
Économie et finances