L’édito: De Wever ne construit pas des solutions, il construit des murs

Des hommes et des femmes souffrent et quittent leur pays. Et pendant ce temps-là, que fait Bart De Wever, président du plus grand parti au pouvoir ? L’édito de Béatrice Delvaux.

Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Les médias sont pleins de déclarations d’hommes politiques, mais c’est l’histoire qui juge ceux qui ont utilisé l’instinct et les peurs des peuples pour servir leurs calculs électoraux et leurs appétits de pouvoir, en se moquant éperdument de nourrir, voire de provoquer les haines, et donc les conflits, et donc les plaies que porte notre humanité.

Des hommes et des femmes souffrent et quittent leur pays, d’autres, qui les voient arriver, se demandent comment et que faire, ne vivant pas bien cette « invasion » : que fait l’Europe, pourquoi n’a-t-on rien vu venir ni préparé ? Jusqu’où cela va-t-il aller ? Peurs inévitables et questionnements légitimes.

Et pendant ce temps-là, que fait Bart De Wever, bourgmestre, mais surtout président du plus grand parti, au pouvoir, et coresponsable à ce titre de la politique menée en Flandre et au niveau fédéral ? Il élabore des solutions concrètes ? Il apporte des réponses pratiques ? Il soutient et aide son secrétaire d’Etat en charge de l’Asile et de l’Accueil des migrants ? Il demande à ses experts des éléments pour gérer la complexité de l’instant et actionner l’effet de levier européen, en appui à son Premier ministre ?

Non. Bart De Wever construit des murs. Après celui dont il a entouré la Flandre, celui avec lequel il voulait isoler ses habitants des Berbères, voilà qu’il veut ériger celui qui sépare les « siens » des autres – qui ont pris cette fois le visage de réfugiés à statut spécial.

► A lire : De Wever veut un statut spécial pour les réfugiés

Et voilà sa bonne idée balancée un soir à 22h45 sur une chaîne de télévision, à la veille de la rentrée d’un gouvernement qui ne manquait déjà pas de sujets lourds. Mais une idée qui plaît aux gens, que demander de mieux ? Car, au fond, une fois qu’on admet la brutalité et le cynisme comme mode de fonctionnement, à quoi sert la politique, sinon à gagner des voix ? Les règles de droit, les conventions internationales, la vérité chiffrée ? Pourquoi s’embarrasser de ce fatras pour bobos politiquement corrects ? L’audimat politique du moment marche aux solutions expéditives et aux boucs émissaires ? Nourrissons-le !

Et puis quoi ? Quoi derrière et après le mur ? Quoi, une fois ces réfugiés dotés d’un statut spécial mais qui seront toujours là, sur notre territoire ? Que fait-on pour endiguer ce flot depuis son origine ? Comment va-t-on gérer et stopper les rejets et les détestations ainsi encouragés et légitimés à une heure de grande écoute ? Quel autre sous-statut, quel autre tri va-t-on imaginer ? Par religion - les chrétiens seulement -, comme suggéré déjà par d’autres ailleurs ? Les temps sont très dangereux, ils exigent des hommes politiques d’utiliser les mots et les réalités avec grande prudence et surtout avec le sens des responsabilités.

L’histoire retiendra déjà qu’alors qu’Angela Merkel, pour contrer les pulsions d’extrême droite à l’œuvre en Allemagne, visitait un centre d’accueil pour migrants, Bart De Wever, lui, les désignait à l’opinion publique, comme humains de seconde catégorie.

► A lire: Bart De Wever sur les réfugiés: très peu de vrai, énormément de faux (abonnés)

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une