Crise des migrants: ces images pourront-elles éveiller les consciences?

Cette photo d’un enfant syrien mort, retrouvé face contre terre sur une plage de Bodrum (Turquie) mercredi, a été abondamment diffusée sur les réseaux sociaux en Grande-Bretagne. Peter Bouckaert, le directeur des situations d’urgences de l’ONG Human Rights Watch a été l’un des premiers à la diffuser sur Twitter : « s’arrêter un moment et s’imaginer qu’il s’agit de votre enfant, noyé alors qu’il fuyait la Syrie pour trouver la sécurité en Europe », a-t-il écrit.

La présentatrice de la BBC Sylvie Doucet l’a également diffusée : « le monde doit mettre fin à tant de souffrances nées de la guerre en Syrie ». Le journal The Independent l’a également publiée, espérant qu’elle créerait en Grande-Bretagne un vaste mouvement de solidarité. La mère de l’enfant a été sauvée du bateau gonflable où avaient pris place seize réfugiés qui tentaient de rallier l’île de Kos et l’espace européen. Les sauveteurs turcs ont pu sauver 9 des réfugiés, retirant 7 cadavres de flots.

Il s’appelait Aylan Al-Kurdi… et il est mort. Comme son grand frère, Ghalib. Comme des centaines, des milliers d’autres enfants.

Ils ne sont pas des statistiques

Les morts de la Méditerranée ne sont pas que des statistiques. Pas plus que les enfants s’arrachant en pleurs des barrages policiers ou des barbelés dressés en Hongrie. Ou les réfugiés syriens campant dans le dénuement le plus total dans les parcs bruxellois. La mort et la souffrance de ceux tombés ici en fuyant une mort certaine là-bas doit-elle être montrée pour que le drame humanitaire des réfugiés soit prouvé ? The Independent le croit. Le Soir aussi. Les réseaux sociaux ont diffusé ces derniers jours d’autres images d’enfants saisis par la mort en mer, suscitant la compassion ou la répulsion des internautes. Elles ne laissent pas indifférent.

Ces images disent, sans verser dans un sensationnalisme voyeur, la réalité de ces voyages de tous les risques pour se sortir des griffes des islamistes, des bombes de Bachar El-Assad ou de la cupidité des trafiquants. Dans les années 70, la lutte contre la famine au Biafra avait été portée par les images d’enfants faméliques. Celle de la « petite fille au vautour » de Kevin Carter avait révélé les affres de la famine au Soudan. Une petite fille nue, brûlée par le napalm et saisie par l’objectif de Nick Ut, fit plus en 1972 pour la fin de la guerre au Vietnam que tous les discours pacifistes. L’horreur nazie des camps d’extermination est devenue réalité, dès juillet 1944, lorsque les premières images des rescapés et des monceaux de cadavres ont été montrées dans les salles de cinéma.

Alors, oui, si cette image d’un enfant mort peut ouvrir les yeux sur des solidarités politiques qui tardent à se concrétiser, publions-la.