Immigration: le silence est un poison

Une mer bleu azur, une plage, un enfant couché pour l’éternité, le nez dans l’eau et le sable, un policier impuissant qui prend le petit corps mort dans ses bras. Les images venues de Bodrum, en Turquie, ont bouleversé le monde ce mercredi. Ce n’est, malheureusement, qu’un drame de plus dans le dossier des migrants qui tourne à la tragédie depuis des semaines.

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Mais dans ce flot d’images, de reportages, de témoignages, de murs qui se dressent, de bateaux qui coulent, de files qui s’allongent, de familles qui marchent, en grappes, vers une Europe qui hésite entre l’accueil et le rejet, la photo de cet enfant sans vie nous est arrivée comme une gifle, comme un seau d’eau glacée, nous faisant oublier, d’un coup sec, la banalisation des malheurs et le côté désincarné d’une crise où l’on parle de chiffres, où l’on montre des cartes et où on finit par s’habituer à tous les drames.

Ce petit Syrien mort sur une plage turque est devenu, en un instant, un symbole. Celui d’un peuple abandonné à son triste sort. Celui d’une crise que plus personne ne semble maîtriser. Celui d’un effroi qui fait écho au silence coupable des politiques, sauf les populistes. Celui, espérons-le, du drame de trop, du drame qui réveille enfin les consciences.

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Ajoutons-le tout de suite : il n’y a jamais, sur aucun sujet et certainement pas sur la crise des migrants, de réponse facile à des problèmes complexes. Nous pensons même qu’il n’y a pas de solution à court terme à cette crise. Car il ne s’agit pas ici d’opposer la compassion naïve à un cynisme froid. Dans le débat que nous vivons, nous avons simplement quelques certitudes : aucun mur, aussi haut soit-il, n’arrêtera des peuples qui cherchent un avenir meilleur. Aucun pays, non plus, ne peut accueillir toute la misère du monde. Et aucun pays ne peut régler, seul, un dossier aussi large et complexe. Les questions et même les craintes des peuples européens face à ce phénomène de migration sont légitimes. Mais ce n’est pas en laissant le champ médiatique à quelques extrémistes pour ne pas froisser leur électorat que les mandataires publics résoudront quoi que ce soit.

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Nous attendons d’eux qu’ils prennent leurs responsabilités, qu’ils affrontent les difficultés, qu’ils nous rassurent, qu’ils montrent la voie à suivre, le cap, la direction. La politique, pour nous, c’est le courage, pas les slogans et encore moins le silence. Quel politique de premier plan, en Belgique, sort de ce silence assourdissant et coupable ? A part Bart De Wever et ses solutions simplistes, aucun. Nous l’avons déjà écrit, nous l’écrirons encore : chacun, face à cette crise majeure, doit prendre ses responsabilités.

Prendre les nôtres, c’est faire notre métier : informer, expliquer, décrypter, dénoncer. Et, ce matin, publier cette photo.