Le nouveau centre de nuit à Bruxelles n’a accueilli que 14 demandeurs d’asile

Il n’y aura pas eu de bousculade aux portes du bâtiment WTC III mis à la disposition des demandeurs d’asile. Le bâtiment, dépendant du fédéral, mais géré par la Croix-Rouge, a ouvert ses portes lundi à 18 heures pour accueillir 500 demandeurs d’asile enregistrés à l’Office des étrangers et disposant d’un rendez-vous dans les prochains jours. Seule une dizaine de personnes ont passé la nuit dans l’immeuble. Toutes sont en Belgique depuis deux jours et n’ont quasiment pas de contacts à Bruxelles ou dans le reste du pays.

Le bâtiment est aménagé pour abriter 500 personnes. Le centre dispose d’une infirmerie ouverte jusqu’à 23 heures, de chambres réservées aux familles et de toilettes, mais pas de douches ni de cuisine. Le bâtiment est en fait un « centre de nuit » qui ouvre ses portes tous les jours de 18 à 21 heures. Les occupants sont invités à quitter le centre à 8 heures du matin et de ne pas y laisser leurs affaires.

Des réticences

Mais le centre tant attendu n’a pas séduit. Nombre de réfugiés en ignoraient tout simplement l’existence. Des bulletins d’information en français et en arabe avaient pourtant été distribués aux personnes présentes au camp, se défend la Croix-Rouge, et ce, depuis plusieurs jours, tenant ainsi compte de la mobilité des occupants du camp et du constant renouvellement de sa population. Aussi, beaucoup de personnes présentes au parc ont fait part de certaines réticences, notamment au sujet des heures d’accès au bâtiment – les portes sont closes au-delà de 21 heures et le départ est obligatoire avant 8 heures.

Et toute sortie entre 18 et 21 heures requiert l’apposition d’un cachet sur leur papier. Des restrictions jugées contraignantes pour des jeunes qui apprécient la convivialité du camp aux allures de petit village. En effet, différents services y sont proposés et des repas chauds distribués. Des activités sportives et des animations y sont régulièrement tenues. De toutes les personnes interrogées, seule une d’entre elles nous a fait part de son intention de rejoindre le centre après le souper, pour des raisons de fatigue et de maladie.

D’autres motifs se cachent-ils derrière la « déclinaison » de l’offre des pouvoirs publics ? Il semble. Les bénévoles, dont de nombreux réfugiés, pointent du doigt la réaction « beaucoup trop tardive et timide » du fédéral qui aurait « abandonné à leur sort les réfugiés et délégué ses responsabilités aux citoyens ».

« Rester avec ceux

qui les ont aidés »

Au sein du camp, du côté des bénévoles comme des réfugiés, la colère monte. Pour beaucoup, le « flop » de l’initiative du gouvernement n’est que le reflet de son refus d’assumer ses responsabilités. « Les migrants ne sont pas dupes. Ils ont compris. Ils ont choisi de rester auprès de ceux qui les ont aidés », nous déclare une militante des droits des réfugiés. La tension est palpable. Pour un bénévole, les réfugiés ont compris ce qu’il appelle une « manœuvre » du gouvernement. « Les conditions d’accueil ne sont pas bonnes. Nous n’avons de cesse appelé à un traitement digne des réfugiés. Un ‘’dortoir’’ n’en est un pas un ! Le gouvernement espérait la ruée vers le centre pour faire croire qu’il vient à la rescousse des réfugiés tout en sachant qu’ils n’allaient pas apprécier les conditions d’accueil. De cette façon, on les fera passer pour des profiteurs ingrats et aux revendications illégitimes. »

S’il a montré des capacités d’organisation considérables, le mouvement citoyen autour de la question des migrants est-il en train de devenir un groupe de pression politique ? Elodie, porte-parole de la plateforme citoyenne, refuse d’entrer dans une telle considération. « La mobilisation citoyenne est sans précédent. Il faut rester solidaires. Quant au politique, nous l’avons appelé et réitérons notre appel pour qu’il prenne en charge le dossier des migrants mais dans sa globalité. Le déplacement de population est une réalité à laquelle il va falloir s’y faire. Stopper la migration est impossible. Il va falloir revoir toute la politique migratoire pour s’adapter à cette réalité. »