Un vendeur devenu maraîcher bio

Après la maladie d’un de ses enfants, il a décidé d’adopter un autre mode de vie. Reportage

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Pour vous accueillir à toute heure, des frimousses souriantes dessinées sur des seaux noirs et jaunes. Ce sont les mesurettes que remplissent grands et petits au gré de leur balade entre les lignes de plants. Les jardins d’OO*, à Fernelmont (Province de Namur), ce sont 30 ares où Xavier Anciaux fait croître en bio quelque 40 variétés de légumes. Les clients, souvent des voisins, y cueillent eux-mêmes les végétaux de leur choix et déposent le montant total dans la tirelire scellée à l’entrée du champ.

Aucun contrôle, tout est basé sur la confiance. «   Les clients viennent quand ils veulent et prennent la quantité qu’ils souhaitent. Il n’y a pas de contrat. Je sais estimer ce que je devrais avoir dans la caisse, et à chaque fois le montant est correct, explique le maraîcher. C’est de l’organisation organique, c’est-à-dire un modèle naturel basé sur la coopération et non sur la compétition. »

Et cette réflexion vient de loin. Xavier Anciaux n’est maraîcher bio que depuis deux ans. Au préalable, il fut vendeur de machines industrielles pendant plus de dix ans. Mais un jour, la maladie a frappé un de ses enfants. Sa vie a alors basculé. « Mon fils autiste a subi une chimiothérapie. Il en est sorti vivant. Mais j’ai vu tant d’enfants souffrir et certains partir à jamais sous un drap blanc. Après cette épreuve, je ne pouvais plus continuer à passer mon temps à faire du chiffre d’affaires pour des investisseurs du monde entier. C’était trop futile. »

Après quelques lectures, il a créé son activité de maraîchage bio. « Mes premiers clients étaient des personnes âgées nostalgiques du potager, très enthousiastes. Désormais, j’ai une clientèle hétéroclite, certains viennent en décapotables et d’autres à vélo. Mais toujours des environs proches. » Son but ? Atteindre localement l’autonomie alimentaire. Si Xavier loue les vertus du circuit court, il n’en est pas moins terre à terre. Son âme de commercial ne l’a pas quitté : il multiplie les canaux de vente. Ses légumes, il les écoule aussi auprès des restaurants gastronomiques de la région. « En deux ans, j’ai développé une petite clientèle de cinq restaurants cotés au Michelin et au Gault et Millau. Je leur apporte du primeur. Par exemple, des haricots extrêmement fins que je collecte pour eux avant qu’ils soient mis à la cueillette pour les villageois, explique le maraîcher. Et puis les chefs adorent les mini-légumes. Dans une assiette de lunch à 22 euros, la part de légumes ne peut excéder 1 euro. Dès lors, quand je vends aux chefs des bottes de 10 mini-betteraves pour 3 euros 50, ils garniront leurs assiettes de deux de ces petits légumes super tendres et de top qualité. Et pendant ce temps-là, du côté du champ, j’ai éclairci mes lignes de betteraves. Donc, au lieu de jeter les plants excédentaires, je les ai valorisés. »

L’astuce est là : être créatif pour vendre sa production. Et même, parfois, parvenir à la vendre deux fois… « Après la première coupe des choux pointus, des petits choux ont repoussé sur le pied. Les chefs en sont friands. J’ai donc revalorisé le chou que j’avais déjà vendu. Ça me passionne, j’essaie de sortir de cette terre le maximum de choses positives. Livrer les restaurants et voir les chefs apprécier mes produits, c’est extrêmement valorisant. »

Et ça rapporte. Ce canal de distribution compte pour un tiers de son chiffre d’affaires. A titre de comparaison, 80 % de sa production légumière sont exploités par l’auto-cueillette de ses 250 clients, laquelle lui donne 1.500 euros par mois. Les légumes mâtures excédentaires sont écoulés dans un magasin bio non loin. « Produire des légumes en bio n’est pas un souci. Ce qu’il faut, c’est tout vendre. Il ne faut rien rater comme opportunité. Aussi, ouvrir sa créativité est primordial », insiste-t-il. Un lopin de 30 ares, rapporte-t-il suffisamment pour vivre ? « Pas totalement, ou alors il faudrait être tout le temps sur le champ. Pour moi, cela représente un gros mi-temps. Par contre, si vous donnez un hectare à un jeune maraîcher bio qui s’inscrirait dans le mode de fonctionnement des jardins d’OO, il gagnera bien sa vie. Et ce, sans aucun doute. » De quoi entrevoir des perspectives positives...

Traction chevaline : «Cela prend soin du sol»

Bili apporte une aide précieuse au champ. C’est un brabançon, un cheval de trait aux doux yeux marrons perchés à plus de 2 mètres. Âgé de 7 ans, le géant est « au meilleur de sa forme ». Sous les « hue » et les « ho », ponctués des indications vocales pour amorcer les tournants, le canasson massif tire successivement différentes herses. Un spectacle d’une autre époque qui, outre son côté esthétique, assure à la terre un labour léger. « Grâce à cette petite charrue, seuls les sept premiers centimètres de terre sont retournés. C’est-à-dire uniquement la partie aérobie du sol. Celle du dessous, anaérobie, est laissée en place. A titre de comparaison, les labours de l’agriculture intensive se font sur 25 centimètres de profondeur : en amenant en surface des micro-organismes fonctionnant sans oxygène, ils détruisent l’écosystème de la terre, explique le maraîcher Xavier Anciaux. De plus, avec le cheval de trait, les sols ne sont pas compactés comme avec les machines motorisées. Dès lors, la pluie est absorbée par la terre sans ruisseler. »

Voilà deux années que Xavier et Bili travaillent ensemble. Lorsqu’ils n’entretiennent pas la parcelle dédiée au maraîchage, les comparses débardent. «  On a ainsi arraché des bouleaux envahissants sur les prairies calcaires de la réserve naturelle de Sclaigneaux. Actuellement, je développe une solution douce et mécanique pour arracher des ronces dans les réserves naturelles gérées par la DNF (Département de la nature et des forêts de la Wallonie, NDLR) » Un mode de travail durable qui sauvegarde les sols de nos forêts.

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