Olivier Corten (ULB): «On intervient déjà militairement en Syrie depuis des années»

Interrogé par les internautes du Soir sur une éventuelle intervention militaire en Syrie, Olivier Corten, professeur de droit international à l’ULB, rappelle qu’elle ne pourrait être menée, sur le plan du droit international « que soit avec une autorisation du Conseil de sécurité, soit avec le consentement des autorités syriennes ».

Et d’ajouter : « Cela dit, on intervient déjà militairement en Syrie depuis des années, soit en aidant militairement les rebelles (c'est le cas de la France, du RU et de la France, et aussi de plusieurs pays arabes), soit en bombardant l'Etat islamique sur son territoire (les Etats-Unis et certains de leurs alliés depuis un an environ). »

La position de l’Europe est-elle cohérente  ?

« Il est difficile de percevoir une cohérence de sa position. D'un côté, on a la France, et dans une moindre mesure le RU, qui interviennent dans le conflit depuis des années. De l'autre, des Etats comme la Belgique ou l'Allemagne se montrent beaucoup plus prudents. Un autre problème de la position européenne est celui du double standard. Lorsque la Russie aide les rebelles ukrainiens, elle est dénoncée (à raison) comme un Etat qui viole le droit international. Mais, dans le cas de la Syrie, la France notamment estime que l'on peut aider militairement les rebelles… Il est très difficile de percevoir là une cohérence, en tout cas du point de vue du respect du droit international, pourtant proclamé comme une valeur fondamentale de l'Europe. »

Que permet d’ailleurs le droit international  ?

« Le droit international ne peut s'appuyer sur un gouvernement ou une police mondiale. Il s'agit plutôt d'un cadre de références qui est utilisé pour dénoncer certains actes, comme l'intervention militaire extérieure (et on l'a justement vu dans le cas de l'Irak ou de la Palestine), mais aussi les violations massives des droits humains (et sur ce plan c'est le régime syrien qui est régulièrement, et à juste titre, dénoncé). »

« Les dirigeants politiques n'aiment pas être accusés d'avoir violé le droit international. C'est pourquoi ils tentent toujours de se justifier en élaborant des arguments juridiques, même peu convaincants. C'est la preuve que le droit international a un certain rôle, certes plus symbolique et politique que le droit interne (dont l'application est en principe assurée par des autorités publiques).»

Participez au chat sur mobile et tablette