Aiseau: la science pour résoudre une énigme historique

Avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin, la société archéologique de Namur lance un projet scientifique inédit. Objectif : lever un coin du voile sur le mystère du trésor d’Oignies et un acteur majeur de l’histoire du XIIIe siècle.

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Dans le chœur de l’église Sainte-Marie d’Oignies à Aiseau, l’anthropologue Caroline Polet de l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique détaille le contenu du reliquaire à mesure qu’elle en extrait des éléments : « Un crâne en relativement bon état, un tibia gauche, deux péronés dont un fracturé, des ossements de main et de pied… Ces restes pourraient être ceux d’un seul individu », commente la chercheuse à l’attention des quarante spectateurs présents dans l’église. L’émotion est à son comble, les flashes des appareils photo crépitent tandis que sous l’œil d’un notaire, il est procédé à l’inventaire du coffret descellé.

Transférées au laboratoire de biologie moléculaire de l’Université de Namur, les reliques subiront une série d’analyses dans le cadre du projet scientifique Cromioss porté par la société archéologique de Namur (SAN). Objet : les dater au carbone 14, puis les compléter par des tests ADN et enfin croiser ces résultats avec ceux d’études spectroscopiques et macroscopiques des mitres ayant appartenu à l’évêque Jacques de Vitry, mort à Rome en 1240 et inhumé au prieuré d’Oignies l’année suivante. Comme le résume Cédric Visart de Bocarmé, qui préside la SAN, il s’agit de résoudre avec l’aide de la science une véritable énigme historique.

La fondation Roi Baudouin a décidé de soutenir cette recherche qui associe différents partenaires scientifiques (ULg, UNamur, Irpa, KUL, SPW, Cearcheo, MoMu). Son ambition est d’approfondir les connaissances sur Jacques de Vitry et le trésor d’Oignies. « Déterminer si les ossements conservés à Aiseau peuvent être ceux de l’ancien évêque de Saint-Jean d’Acre, capitale antique du Royaume chrétien de Jérusalem lors de son occupation par les Ottomans. En apprendre davantage sur la vie et la personnalité de cette figure notoire de l’histoire du XIIIe siècle », explique le directeur de la Fondation Roi Baudouin Dominique Allard.

Les mitres passées au crible

En Hainaut, l’ouverture de sépultures religieuses anciennes n’est pas courante. L’évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, se souvient d’avoir assisté à celle du reliquaire de sainte Waudru à Mons, en 1998. Plus près d’Aiseau, à Gerpinnes, il y a aussi eu celle de la châsse de sainte Rolende. Pour procéder aux premières analyses, les scientifiques de l’UNamur mettront au point leur protocole de prélèvement sur d’autres ossements du XIIIe siècle mis à disposition par la direction archéologie du SPW. Dans un second temps, les mitres du Trésor d’Oignies seront passées au crible selon plusieurs méthodes : spectre de masse, spectroscopie micro Raman, examen macroscopique des fils d’or et d’argent. Les données permettront de recontextualiser les mitres dans le trésor d’Oignies, et livrer des clés sur leur provenance et leur mode de fabrication. Innovation scientifique en région namuroise, Cromioss fait appel aux ressources de différentes disciplines (archéologie, anthropologie, biologie mais aussi physique nucléaire) pour éclairer l’histoire.

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