Myriam Leroy, cette drôle de dame

La femme de la rentrée à la RTBF, c’est elle ! Portrait d’une irrésistible névrosée… qu’on croirait échappée d’un film de Woody Allen.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 5 min

À 33 ans, Myriam Leroy apparaît à l’aube de la nouvelle saison médiatique comme la femme de la rentrée. Celle de la RTBF, à laquelle elle n’appartient pas (elle est indépendante) mais où elle apparaîtra pourtant à travers quatre rendez-vous. Une consécration, pour cette jeune femme qui depuis une petite dizaine d’années a roulé sa bosse dans à peu près toutes les rédactions francophones belges, de Pure FM à Focus Vif.

La demoiselle n’a pas volé le magot. Une voix de radio, suave et claire, un physique de télé « pas dégueu » (aurait dit Gainsbarre), et surtout une plume, aiguisée, mordante. C’est aujourd’hui l’une de nos meilleures chroniqueuses, férue de culture et de dérision.

À force d’avoir tiré sur les bobos, notamment dans l’émission d’Olivier Monssens (On n’est pas rentré), elle en est paradoxalement – à son insu ?- devenue l’une des plus talentueuses ambassadrices. Paradoxalement, oui, car Myriam Leroy n’était pas vraiment destinée à faire carrière parmi les athlètes bourgeois-bohèmes de la haute culture. « J’ai grandi à Wavre, raconte-t-elle, avec un père cheminot et une mère au foyer. Et le Brabant wallon, en matière de culture, c’est d’une pauvreté proprement abyssale. »

Dès la petite enfance, Myriam s’invente sa propre culture. En s’enfermant dans la chambre des livres. « J’ai su lire à trois ans. Et j’ai donc lu, sans discontinuer, de trois ans à maintenant. » On ne passe pas impunément sa vie planquée derrière des bouquins. « Comme j’ai une personnalité un peu autistique, j’ai passé ma vie à lire aux récrés, en vacances, enfermée dans les livres. Quand mes amis organisaient mon anniversaire, je les laissais jouer tous seuls pour aller lire à l’étage. » Si à dix ans, elle lisait Agatha Christie, Martin Gray ou le Journal de Mickey, aujourd’hui c’est plutôt Christine Angot et les livres qu’elle aime quand ils dérangent.

Pleine de doutes

Drôle de dame. Émotive. Agoraphobe. Névrosée de charme. Hypocondriaque. Intelligente, sexy, drôle, ambitieuse, fragile… Le genre de femme qu’on a en fait l’impression d’avoir croisé… dans le cinéma de Woody Allen.

« Elle a une qualité immense, témoigne Pierre Kroll, qui avoue avoir dû sortir les violons afin de la faire venir sur l’émission radio « Un samedi d’enfer », c’est qu’elle doute énormément. »

Elle confirme : « Je ne suis que doutes ! Et je trouve en effet que c’est une qualité. Avec mon collègue Xavier Van Buggenhout (qui co-présente avec Jérôme Colin « Entrez sans frapper »), c’est un peu notre échelle pour juger si les gens sont dignes d’être fréquentés ou pas, le doute. Et tous les gens que j’aime, Xavier, Sébastien Ministru ou Pascal Claude, sont des gens qui doutent. »

Avec elle, le doute peut parfois voler haut. Et virer à l’atterrissage incontrôlé. « J’ai tendance à m’évanouir. Ça m’est arrivé souvent. Comme une fois, au volant, alors que je conduisais… » Elle ne conduit plus. Mais, dit-elle, « j’ai souvent peur de m’évanouir dans les conditions du direct. »

Lâchée dans l’arène

Le doute comme une Légion d’honneur ? « C’est surtout très pénible, quand même. » Surtout quand on est amené comme elle à se frotter au jugement de la critique. Ou d’internautes, c’est connu, pas toujours très aimables. C’est en rencontrant la polémique, et un « clash » du tonnerre de Dieu… donné qu’elle s’est ceci dit décidée un jour à mettre ses doutes de côté.

Le 29 novembre 2013, la nouvelle promue chroniqueuse de Canal + sur « La nouvelle édition » s’en prend au père de la quenelle. La blogosphère, toujours prompte à transformer les personnalités publiques en gladiateurs d’arène sanglante, s’agite aussitôt. L’important fan-club de Dieudonné agonit la jeune femme d’injures sexistes, toutes plus raffinées les unes que les autres (« salope », « pute », « sac à merde » et autres galanteries du genre). « Sur le moment, je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention. Je m’y attendais un peu. » Mais la féministe qui sommeille en elle finit par craquer, notamment « quand on m’a menacée, je cite, de venir me couper la chatte à la lame de rasoir et de l’arroser de sperme de rabbin, parce que je passais bien entendu pour sioniste. »

Au lendemain de la polémique, Myriam Leroy se verra affublée d’un garde du corps, à Canal +. Le plus éprouvant, pourtant, est ailleurs… « lorsque mes confrères se sont gargarisés dans les médias de cette affaire. Là, je me suis sentie salie, trahie. Je trouvais ça déloyal. J’ai remarqué suite à cette histoire l’absence totale de réflexion et de déontologie, dans la responsabilité des médias. »

À quelque chose, malheur est bon. Cette brève expérience dans le monde de la télévision française a en quelque sorte permis à Myriam Leroy d’accélérer son initiation médiatique. « Son passage sur Canal +, où elle apparaissait pomponnée, sur-maquillée, était sans doute un mauvais casting », analyse Kroll. D’autant que Myriam Leroy avançait à l’époque sur un terrain qu’elle sentait intimement miné : la télé de grand public. « J’étais stressée. En même temps, je me disais qu’il faut bien un jour sauter dans la piscine, sinon on ne sait pas si l’eau est chaude ou froide. »

La voilà aujourd’hui aguerrie. Avec au fond du crâne ce petit slogan loser du poète latin Catule, qui lui sert de bouclier : « encore un peu de patience, et le pire finira bien par arriver. » Des malentendus de sa jeune vie, Myriam Leroy semble avoir tiré matière à philosopher. « Vous voyez, François Perrin, dans La Chèvre ? Eh bien c’est moi. Quand il y a un caca de pigeon, c’est pour mes cheveux. Quand il y a un trou, je tombe dedans… Je suis distraite, maladroite, souvent à côté de la plaque. Ça m’a souvent joué de mauvais tours. Parce qu’on prenait ces traits de caractère pour une forme de dédain, ou de mépris vis-à-vis des autres. Que faire… »

Omniprésente en cette rentrée, Myriam Leroy pourrait cette année mettre tout le monde d’accord sur sa forêt de qualités… cachées juste derrière l’arbre du doute. L’avenir est à elle. Pourvu qu’elle ne s’évanouisse pas en vol.

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