Peter Maes: «Je veux qu’on respecte le club que j’entraîne»

Limbourgeois, il a été choisi pour relancer un Genk qu’il a lui-même diagnostiqué en crise identitaire à son arrivée au printemps dernier. Il s’est donné 3 ans pour le ramener au sommet.

Journaliste au service Sports Temps de lecture: 8 min

Peter Maes le dit lui-même : il travaille toujours sur le long terme. Du reste, sa main à Lokeren, son club précédent, ne s’est pas vue tout de suite. Pour autant, il ne reste pas les bras croisés ni les yeux fermés. Il a déjà rendu envie et collectif à sa nouvelle équipe et le mercato, avec Neeskens Kebano, fort probablement titulaire ce dimanche, et Alejandro « Pozzo » Pozuelo, lui a amené la qualité qu’il revendiquait pour sa formation. Malgré ce 10 sur 18 initial, il sait qu’il reste encore du boulot pour améliorer le jeu du Racing. Ça tombe bien : Peter Maes adore travailler. « Parce que les miracles en football, ça n’existe pas. »

Et rien ne le fait dévier de sa route, même pas un déplacement à Anderlecht pour lequel il n’a prévu aucune mise au vert. « A quoi bon ?, dédramatise-t-il. Je vois que cette rencontre suscite l’attention des médias, mais pour nous, seule notre propre progression compte. »

Peter Maes, à quelques heures d’aller vous mesurer à Anderlecht, où en est « votre » Genk ?

Comme je l’avais déjà évoqué au soir de notre dernier match avant la trêve internationale (NDLR : victoire 2-0 contre Charleroi à la Cristal Arena), avec 10 points sur 18, on survit. Mais jusqu’ici, notre niveau n’a pas été assez bon. On a manqué de qualité dans ces 6 premiers matchs. De force de pénétration aussi. On est trop statiques. Contre le Sporting, le but d’ouverture de Gorius nous a débloqués. Mais on n’aura pas toujours cette chance. Non, notre destin, c’est nous qui devons le forcer. Et je le répète jusqu’ici, on s’est arrangé, mais on a manqué de qualités. On sent évidemment que le total qu’on a accumulé en ce début de saison a galvanisé le groupe. En même temps, 10 points, ça reste fragile et on n’est pas encore rendus à notre objectif : on veut être meilleurs pour pouvoir rivaliser avec Bruges, Anderlecht et le Standard. Depuis huit semaines que nous travaillons ensemble, je sens néanmoins qu’on a effectué un énorme pas en avant. Jusqu’ici, on peut affirmer qu’on a bien fait nos devoirs. Or, la compétitivité d’une sélection, quelle qu’elle soit, s’aiguise avec la qualité des individualités et leur envie d’être au meilleur de leur condition. Quand chacun se bat pour sa place.

Justement, ce déplacement au parc Astrid, ce dimanche, ne tombe-t-il pas trop tôt pour votre équipe ?

Non. Simplement parce que je me focalise pas sur nos adversaires. Chaque chose en son temps. Là, on essaie de se construire une identité susceptible, à chaque fois de faire ressortir les défauts de l’adversaire. Mais là, je ne m’occupe pas des autres, de nous comparer à eux. Je ne veux pas me laisser distraire de ma priorité : construire une équipe compétitive. C’est juste un match de plus dans notre développement pour lequel il est indispensable que nous enchaînions les résultats positifs. Maintenant, le club d’Anderlecht a réagi vivement à l’échec de la saison précédente. Je les ai vus très bien à Westerlo. Mais rien de surprenant : avec la qualité de son noyau, Anderlecht peut à tout moment sortir un grand match et monter d’un niveau. En outre, fort de sa richesse, on ne sait jamais quel onze Hasi va aligner… On devra surtout faire attention dans les transitions entre les phases offensives et défensives.

Un 4e déplacement cette saison, où vous n’avez pris qu’un seul point. Une explication de ce décalage avec votre bilan à domicile ?

Une question de mental, ni plus ni moins. Ça fait partie des progrès, entre autres, qu’on doit accomplir. Mais on n’ira jamais chercher des points en fermant le jeu à double tour pour la cause.

Cette fragilité loin de la Cristal Arena a-t-elle un rapport, proche ou lointain, avec les deux championnats ratés que Genk a subis ? Dans quel état psychologique avez-vous trouvé les joueurs, le club, à votre prise en mains ?

Je ne connaissais pas la situation dans les détails avant mon arrivée. Mais, même de l’extérieur, on sentait que Genk piquait du nez. Qu’il traversait une crise identitaire. Alors, en accord avec Patrick Janssens (le directeur général) et Dimitri de Condé (le directeur technique), notre premier souci a été d’arrêter cette courbe négative. On a taillé soigneusement dans le groupe et nous l’avons remodelé pour installer un vestiaire sain et y amener de la fraîcheur de sorte que chacun puisse s’épanouir au Racing. Les joueurs, mais aussi tout qui fait le club. Maintenant, la période n’était pas évidente avec un mercato en cours et ses inévitables va-et-vient. Le processus de reconstruction est évidemment toujours en chantier. Dans ce contexte, les 10 points que nous avons conquis sont importants pour le futur. En revanche, sur la manière, il y a redire, je suis le premier à en convenir.

On imagine que les transferts de Neeskens Kebano et de l’Espagnol Alejandro Pozuelo répondent à cette nécessité d’amener de la fluidité et de la créativité au jeu limbourgeois.

Et je n’oublie pas notre jeune Jamaïquain, qui manque encore de planches, Leon Bailey, qui évolue dans le même registre. Mais attention, Kebano et Pozuelo ne sont pas comparables. L’Espagnol est un vrai meneur de jeu. Il sait garder un ballon et donner le bon tempo. Malgré ses 23 ans à peine, il affiche déjà la maturité d’un vétéran. Je l’ai repris dans les 19 pour dimanche. On voit qu’il en veut, on sent qu’il est proche d’une sélection, mais il a encore besoin d’un tout petit peu de temps et de retrouver le rythme de match. Neeskens Kebano, lui, il est déjà prêt à l’emploi. C’est l’homme qu’il nous fallait. Il connaît le championnat belge et a suivi une préparation complète. Il s’est d’ailleurs rapidement intégré au groupe. Il veut sans cesse se montrer aux entraînements. C’est normal pour ce genre de joueur. Là, il n’a repris la préparation avec nous que depuis trois jours et il a les jambes un peu lourdes. Mais c’est naturel après sa parenthèse internationale et les heures d’avion pour aller et venir du Congo. Kebano est prêt pour un nouveau challenge. Je serais franchement déçu s’il n’affichait pas les mêmes statitistiques avec nous que celles qu’il a enregistrées au Mambourg.Il va être important pour nous. On a vu à quel point il manque à Charleroi, même si l’absence de Tainmont noircit encore plus le tableau des Hennuyers.

Pour Neeskens Kebano, important, vous l’avez dit, vous êtes prêt à revoir votre système ?

Mais on n’en a pas besoin. On a construit le système pour mettre en valeur des joueurs rapides et techniques comme lui. Il y a juste qu’il ne nous a rejoints qu’en toute fin de mercato. Ce n’est vraiment pas évident d’attirer un joueur avec de telles qualités. Par corollaire, un entraîneur ne peut être que ravi quand sa direction lui adjoint un élément pareil. Mais le Congolais débarque dans un collectif déjà très bien en place. Simplement, je me répète, un joueur de la trempe de Kebano y faisait défaut.

Mais ne risque-t-il pas d’y avoir des difficultés à aligner simultanément Gorius et Kebano ?

Je ne raisonne pas comme ça. Mon seul souci, c’est de composer le meilleur onze possible. Ce qui compte, c’est le rendement. Et dans le résultat et dans la manière. Si j’ai signé à Genk, c’est bien pour lui amener des trophées. De toute façon, Julien Gorius et Neeskens Kebano peuvent a priori évoluer de concert. A eux de trouver le bon équilibre dans leur association.

Quand il a appris que vous aviez signé à Genk, Gorius, qui avait travaillé avec vous à Malines, a souligné votre capacité à pousser un joueur au-delà du seuil de ses propres limites. Avez-vous une approche un peu plus douce à la Cristal Arena, avec un groupe meurtri, on l’a dit, par deux années avares en résultats ?

Je mets tout œuvre pour que ma manière de coacher influence le plus et le mieux possible la prestation de l’équipe. L’individu est toujours meilleur au travers de l’équipe et pas l’inverse. C’est l’équipe qui peut aider l’individu et pas le contraire. Et ce n’est pas contradictoire du tout avec mon souhait d’enrôler un gars comme Kebano. Lui peut nous amener cette valeur ajoutée, mais il ne pourra s’exprimer qu’à son maximum si et seulement si le collectif tourne à plein régime. En somme, je veux être le meilleur possible et recevoir du respect en retour. Et j’ai la même préoccupation pour le club pour lequel je travaille.

Vous avez clairement fait comprendre que vous n’aviez pas envie d’être juste le finaliste malheureux, mais que vous vouliez lever des coupes. C’est déjà possible cette saison avec Genk ?

D’abord, le niveau de la D1 a augmenté : il y a au moins dix équipes cette saison qui prétendent aux Playoffs 1. Et Genk nourrit cette ambition-là. Après, dans ces playoffs, tout peut arriver. Et ce n’est pas plus mal que le championnat se soit réévalué : ça signifie que pendant les 8 mois qui précédent les playoffs, on a déjà des matchs compliqués. Une exigence qui permet à chacun d’arriver plus aguerri dans les playoffs. Avant, il fallait attendre les playoffs pour vraiment avoir à en découdre. Qui ne durent qu’un petit mois. Mais tout ça est encore loin : on veut avant tout réinstaller un climat propice à Genk et faire progresse l’équipe.

Un dernier mot sur Jelle Vossen : vous vous êtes senti trahi par sa signature à Bruges alors qu’il avait entamé la préparation avec vous avant de s’envoler à Burnley ?

Jelle ne voulait pas rester à Genk pour des événements bien antérieurs à ma venue. C’est le passé et je n’ai pas envie d’évoquer le passé. Genk, ce n’est pas Vossen. L’important, ce n’est pas un homme, mais le collectif.

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