Du vin à 400 km du cercle polaire arctique?

Rares sont en effet les viticulteurs en Finlande, un pays où bière et vodka sont les boissons nationales : la première représente encore près de 50 % de tout l’alcool bu en Finlande, même si la part du vin a sensiblement augmenté au cours des deux dernières décennies, passant de 11 % en 1995 à 19 % en 2014.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la neige est là-bas une alliée précieuse. Grâce à ses propriétés isolantes, elle protège les sarments et les empêche de geler quand les températures descendent à -36 degrés en hiver. C’est donc plutôt le soleil qui l’inquiète. « Les vrais problèmes, ce sont les étés trop courts et les rayons de soleil trop puissants au printemps qui peuvent faire exploser les bourgeons, même quand le sol est encore gelé », explique cet ancien fonctionnaire municipal de 74 ans.

Les bonnes années, il peut produire jusqu’à 400 bouteilles dans les trois couleurs: blanc, rosé, rouge. C’est en assemblant les cépages Madeleine angevine, Gewurztraminer et Solaris qu’il a créé sa spécialité, le « Sundom White », un vin qu’il qualifie de « lumineux ».

Mais en dépit de tous ses efforts, le vin de Sundom ne peut aujourd’hui prétendre à cette appellation car la Finlande ne figure pas sur la liste des régions productrices de vin établie par l’Union européenne. Et pour couronner le tout, M. Nelimarkka ne peut pas vendre ses bouteilles, monopole public de vente oblige. Alors pour contourner cette interdiction et continuer à cultiver son hobby, le retraité organise des visites payantes de son vignoble pour les curieux qui se terminent par une dégustation de vin…

Des vignes taillées à moins de 30 cm

Tout a commencé au milieu des années 70. « En 1975, ma femme avait commandé aux Pays-Bas des bulbes de tulipes auprès d’une société qui faisait aussi la promotion de sarments. J’en ai commandé un et il s’est avéré qu’il s’agissait de pinot noir, l’une des variétés les plus difficiles à cultiver. J’ai donc dû apprendre », se rappelle-t-il.

« Les vingt premières années, j’ai lu tous les manuels, j’ai suivi les instructions à la lettre mais j’échouais à chaque fois ». À force de persévérance, après maints tâtonnements et de nombreux échecs, l’autodidacte a mis en place sa propre méthode pour protéger ses vignes du froid.

Par exemple, il a vite renoncé à cultiver des vignes à mi-hauteur et les taille à moins de 30 centimètres avant l’hiver. Il empile aussi des pierres qui conservent la chaleur aux pieds des vignes pour les protéger du froid et de l’humidité et les emballe partiellement dans une bâche en plastique pendant l’hiver.

Plus de lumière qu’en Sicile

Pendant l’été, le soleil de minuit vient à la rescousse, avec à la clé jusqu’à 20 heures de lumière par jour. Selon les calculs du viticulteur amateur, il y a en moyenne 30 jours de luminosité supplémentaires dans son vignoble que dans le sud de l’Italie.

Mais cet été, la nature lui a offert quelque chose dont il se serait bien passé : un excès de pluie. Alors que le sud de l’Europe a souffert de vagues de canicules, la Finlande a connu les mois de juin et de juillet les plus froids depuis 50 ans, avec des averses presque quotidiennes.

Il espère que le retour du soleil et de la chaleur à la fin de l’été pourra sauver sa récolte. Il commencerait alors les vendanges début octobre, un peu plus tard que d’habitude. Ensuite, le vin fermentera dans des touries et non en barrique, car M. Nelimarkka trouvait le processus trop difficile. Dans son pays, il fait figure d’original. Mais sans doute pas que dans son pays…