Futurs F-16: Saab reste dans la course

Pour les Suédois, la Belgique aurait tort de privilégier la capacité de transport d’une charge nucléaire.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Dans la course au remplacement des chasseurs F-16 belges, le Gripen E, l’appareil du constructeur suédois Saab, n’est jamais considéré comme un premier choix. L’une des raisons est que cet avion a été peu vendu dans d’autres pays, singulièrement dans les pays Otan d’Europe occidentale : hors la Suède, le Gripen a été acheté par l’Afrique du Sud, la Hongrie et la République Tchèque, le Thaïlande et dernièrement le Brésil. Seule la Grande-Bretagne a acheté en leasing un unique appareil test pour son école de pilote. La Suisse a choisi cet appareil, avant de décider par référendum de ne pas renouveler ses chasseurs.

L’autre raison de ce désamour se conjugue au conditionnel : si la Belgique stipule, dans son cahier des charges, que le nouveau chasseur devra avoir la capacité de transporter une charge atomique (américaine) comme c’est le cas du F-16 actuel, il semble acquis que la Suède se cabrera et fera capoter le marché.

Ce lundi pourtant, devant la presse belge, Andrew Walton, le vice-président Strategy & Business Development « Air » de la firme Saab, s’est voulu confiant, énumérant une série d’atouts du Gripen. Tout d’abord, son prix, non seulement à l’achat, mais aussi – et surtout – sur l’ensemble du cycle de vie. En période de crise, l’argument porte : s’appuyant sur les chiffres mis en avant par la publication spécialisée Jane’s, Saab estime le coût d’une heure de vol du Gripen à 4.700 US$, contre 7.700 pour le F-16 actuel, 16.500 pour le Rafale, 18.000 pour l’Eurofighter et 31.000 US$ (!?) pour le F-35. Lorsqu’on sait à quel point la Belgique engage effectivement ses chasseurs en opération, l’argument des coûts liés au cycle de vie n’en est que plus pertinent.

Emploi

Par ailleurs, et quel que soit le fabricant sélectionné, l’industrie belge est sensible au possible retour industriel, direct ou indirect, que ce contrat devrait permettre en Belgique. « Faisons tourner l’argent européen en Europe ! », scande Andrew Walton. Saab affirme avoir eu jusqu’ici « plus de cent rencontres avec divers éléments de l’industrie belge de l’espace et de la défense (…) Nous voulions savoir quel type d’expertise existait en Belgique et ce que nous pourrions utiliser dans le cadre (de la construction) d’un Gripen belge. Tant que nous n’avons pas connaissance des exigences formelles de la Belgique, nous ne pourrons pas affirmer que nous allons travailler avec tel ou tel. Et nous ne sommes pas un organisme de charité, l’industrie belge sera en compétition avec d’autres industries. Mais nous sommes impressionnés par ce que nous avons vu en Belgique. » Andrew Walton n’en dira guère davantage, si ce n’est que les partenariats industriels de Saab ne sont pas « verrouillés » (sauf pour les radars et la motorisation) et que Stockholm est ouvert à une forte coopération avec la Belgique.

Reste à savoir ce que sera demain la stratégie de défense de la Belgique (toujours dans les cartons) et, par ricochet, si le gouvernement Michel formulait une quelconque exigence liée à la capacité de transport de l’arme atomique. Stockholm serait alors probablement disqualifié. En Belgique, la question est brûlante, alors que circule une nouvelle pétition signée par une large palette de mandataires socialistes et Ecolo – des deux rôles linguistiques – qui demandent que la Belgique dise « trois fois non »  : « Non à la modernisation des armes nucléaires Otan, non à la présence d’armes nucléaires sur le sol belge, non à l’achat forcé d’avions américains F-35 chargés de les larguer. »

Dans ce contexte, la réflexion de Saab est habile : « La Belgique accorde une grande importance à la sécurité collective et ne changera pas de stratégie, reconnaît Andrew Walton. Il y a un fort désir de ce gouvernement et sans doute du gouvernement suivant de conserver une capacité aérienne de participer aux opérations Otan. Mais la question est de savoir quel rôle la Belgique doit jouer. Je ne vois nulle part dans la politique belge la volonté d’avoir une capacité d’attaque de premier rang, comme le font régulièrement les Etats-Unis avec les Britanniques et quelques autres. Je pense que le rôle de la Belgique est davantage dans le soutien à l’opération Otan. (Par ailleurs,) on voit une méfiance croissante quant à l’arme tactique nucléaire transportée par air à cause de sa vulnérabilité : vulnérabilité lorsqu’elle est stockée au sol, vulnérabilité lorsqu’elle est transportée dans les airs. Donc, si vous investissez dans un avion très onéreux parce qu’il transporte l’arme atomique tactique, et qu’un jour cette arme atomique est retirée des arsenaux, que vous reste-t-il en main ?»

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