Une coopérative citoyenne veut révolutionner l'agriculture

Des rires d’enfants. C’est la première chose que l’on entend en pénétrant dans le domaine agro-écologique Ecotopia à Tilff, en province de Liège. Bottes aux pieds, les mouflets courent entre les lignes de légumes que leurs aînés sont occupés à récolter. Et ces adultes se prennent au jeu de l’auto-cueillette, arborant un sourire alors qu’ils plongent la main dans la terre. « C’est une belle activité avec les enfants, c’est éducatif. Et puis ainsi, on sait que l’on mange des légumes sains », expliquent des grands-parents, avant de passer à la pesée de leur moisson et de glisser pièces et billets dans la tirelire placée à l’entrée du champ.

Ici, sur un demi-hectare, la coopérative citoyenne « Les compagnons de la terre » (CDLT) cultive une trentaine de variétés de légumes tout en testant ses méthodes de production. C’est la première brique d’un projet alimentaire d’envergure qui va être créé en région liégeoise dans les prochains mois et années.

L’étape suivante ? La mise sur pied, au tout début 2016, de leur micro-ferme expérimentale au domaine des Cortils à Blégny. C’est là que ces citoyens visionnaires vont tester en grandeur nature leur modèle agro-écologique novateur basé sur la diversité des activités et le circuit court.

« Outre le maraîchage, la micro-ferme expérimentale comprendra du petit élevage, de l’arboriculture fruitière ainsi que des cultures de céréales. Pour gérer ce modèle agro-écologique, on est accompagné scientifiquement par la Wallonie ainsi que par des chercheurs de l’ULg et de l’UCL. Aussi, dès 2017, on y mettra en place des ateliers de transformation de lait en fromage, de fruits en confitures, de céréales en pain. La transformation des aliments apporte en effet la plus grande plus-value, explique Christian Jonet, cofondateur de la coopérative. On vise bien sûr la rentabilité financière du projet. Pour cela, on développe et teste à Tilff des méthodes agro-écologiques performantes. » Et d’ajouter que trois personnes seront engagées en 2016 et trois autres en 2017.

« A l’horizon 2020, la micro-ferme bio devrait produire une quantité de nourriture bio correspondant à 75 % de l’alimentation d’un millier de ménages et créer vingt emplois non délocalisables. »

Ces chiffres et projections sont issus d’un plan d’affaire rigoureux. La démarche est saluée à l’international. En effet, le modèle d’agriculture innovant promu par les compagnons de la terre sera mis en valeur à Paris lors de la grand-messe de la COP21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques) en décembre à Paris. Il a été sélectionné pour faire partie des 21 projets mondiaux inspirants pour une agriculture durable.

Mais pour que la micro-ferme expérimentale puisse voir le jour, la coopérative a besoin de capitaux. Il lui faut trouver de nouveaux coopérateurs et 40.000 euros d’ici la fin du mois d’octobre. « Actuellement, plus de cent personnes ont déjà acheté des parts (250 euros par unité) pour un montant total de 60.000 euros. D’ici peu, nous allons lancer un appel public à l’épargne réglementé par l’autorité de contrôle des marchés financiers, la FSMA, poursuit Christian Jonet. Ceux qui choisissent d’investir dans la coopérative au lieu de laisser dormir leur épargne à la banque, ce n’est pas pour devenir riche, mais pour soutenir une utopie. Même si, à terme, le plan d’affaire prévoit une rémunération de l’investissement à hauteur de 6 %. »

Actuellement, en cette première année d’expérimentation, tout le monde est bénévole. « On ne voulait pas entamer le capital pour payer des salaires. L’argent est uniquement utilisé pour acheter les outils et développer les méthodes de production », ajoute-il.

Avant de devenir le fer de lance d’un nouveau modèle agricole, Christian Jonet a travaillé durant huit ans comme cadre logistico-commercial dans une multinationale cotée en bourse. « J’ai souffert de voir les délocalisations et les pressions sur les sous-traitants locaux pour comprimer les coûts et augmenter les marges. A un moment, je n’en ai plus pu participer à une évolution du monde telle que celle-là. J’ai donné ma démission et j’ai recommencé à zéro. »

Et ce fut le début de son investissement dans l’associatif liégeois. Avec deux objectifs à atteindre : produire de la nourriture saine et recréer une dynamique agricole écologique et locale.