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En Champagne, les cépages oubliés à l’honneur

Si trois cépages dominent largement le vignoble champenois, le pinot noir, le chardonnay et le pinot meunier, quatre autres variétés sont autorisées et choyées par certains producteurs.

Temps de lecture: 3 min

Face à la domination presque sans partage des vignes de pinots et de chardonnay en Champagne, quatre autres cépages aux noms sortis d’un grimoire moyenâgeux font de la résistance, notamment dans l’Aube, où ils bénéficient des effets du réchauffement climatique. Ils s’appellent Arbane, Petit Meslier, Fromenteau (ou Fromentot) et Pinot blanc vrai, quatre cépages ancestraux de raisins blancs autorisés par l’AOC Champagne mais relégués aux oubliettes de l’œnologie par les vignerons qui leur ont préféré les trois autres variétés plus constantes dans leurs qualités et rendements.

Après le phylloxera et la Grande Guerre qui décimèrent le vignoble de Champagne jusqu’alors riche de nombreux cépages, les espèces les plus adaptées se sont imposées. Des vignes historiques à la maturation tardive et aux rendements incertains, il ne reste que quelques parcelles, la plupart dans l’Aube qui n’occupent que 0,3 % des 34.000 hectares dont sont issus les raisins du vin des rois.

« Si ces cépages ont été oubliés, ce n’est pas pour rien. C’est vrai qu’ils sont fragiles et une année sur cinq ils sont verts mais c’est mon devoir d’entretenir ce patrimoine, de préserver la biodiversité et d’essayer de tirer le meilleur de ces raisins », affirme Michel Drappier, viticulteur à Urville (Aube), qui leur a réservé quelques ares en appellation bio dans ses meilleurs coteaux. Alors que la vendange 2015 s’avère exceptionnelle après un été caniculaire, ses 50 ares d’Arbane vont produire l’équivalent de 5.000 kilos à l’hectare, soit 3 fois moins que le rendement agronomique des Pinots noirs.

Grappes plus grosses, plus saines

« L’Arbane est né dans l’Aube probablement apporté par les Romains. Mais son origine reste un mystère, l’étude de son génome n’a pas pu révéler sa filiation », remarque le vigneron qui avoue un faible pour ce cépage. Chaque année, il assemble à parts égales ses meilleurs crus d’Arbane, de Petit Meslier, de Blanc vrai avec le classique Chardonnay pour produire environ 3.000 bouteilles de sa cuvée Quatuor (quatre en latin) dont les saveurs tendues et minérales évoquent les fleurs blanches et les agrumes.

Les maisons Moutard dans l’Aube ou encore Tarlant dans la Marne élaborent également des cuvées à base de ces cépages historiques. Un marché anecdotique pour ces vins aux accents d’antan, mais qui tend à se développer auprès des amateurs de produits « authentiques » à l’image de l’engouement pour les « légumes anciens », topinambours, panais et autres crosnes.

« La vigne est une plante méditerranéenne, elle a besoin de chaleur et l’augmentation des températures due au changement climatique améliore pour la Champagne la qualité de nos vins y compris ceux issus de nos vieux cépages capricieux qui ont peut-être de ce fait un bel avenir », remarque Michel Drappier. Selon lui, les étés particulièrement chauds et secs profitent à l’Arbane et au petit Meslier qui ont besoin d’un maximum de soleil pour concentrer leurs sucres.

Au Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), on surveille de très près les effets du réchauffement climatique sur le vignoble, avec un constat net : « Pour le moment c’est totalement bénéfique », constate Dominique Moncomble directeur technique du CIVC. « Depuis les années 90, on observe une précocité de la floraison et des vendanges d’environ deux semaines », souligne-t-il. Les grappes sont ainsi plus grosses, plus saines avec des taux d’alcool en progression de près d’un degré à la faveur d’une maturation décalée vers des journées estivales plus longues. Des teneurs en CO2 atmosphérique plus élevées améliorent aussi l’efficience de la photosynthèse.

« On élabore des scénarios pour l’avenir en tenant des évolutions possibles du climat, et dans ce contexte les cépages dits ‘oubliés’ au-delà de leur côté patrimonial méritent notre attention. Ils pourraient être intéressants pour la Champagne pas dans un futur proche », estime M. Moncomble.

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