«Je ne me suis pas sentie voyeuse»

Isabelle Monnin a imaginé une histoire à partir de photos d’inconnus achetées sur internet

Ex-journaliste au service Culture Temps de lecture: 3 min

Isabelle Monnin reçoit une enveloppe de 250 photos d’une famille des années 70. Intriguée, elle imagine l’histoire de la petite fille sur ces clichés et écrit une fiction. Abandonnée par sa mère, Laurence grandit avec son père dans une vieille maison de campagne et guette chaque jour près du téléphone des nouvelles de cette dernière. Dans la seconde partie du livre, l’auteur a enquêté sur les vraies « gens dans l’enveloppe » et les a retrouvés dans un village de Franche-Comté grâce… au clocher sur une des photos.

Qu’est-ce qui vous a touchée dans ces photos ?

Quand je les ai achetées en juin 2012, je n’avais pas l’idée d’écrire un livre. Je les trouvais fascinantes. C’était un petit trésor dans mon tiroir. Un jour, je me suis réveillée avec une idée très claire. Je voulais faire un roman, ces photos étaient là et m’étonnaient. Il y avait la dame aux lunettes noires, la dame qui court et remporte des trophées. J’ai écrit à partir des photos mais sans les regarder. Elles étaient tout le temps dans ma tête.

Vous ne vous êtes pas sentie voyeuse ?

On se sent le dépositaire de souvenirs qui ne sont pas les nôtres. Ce sont des photographies extrêmement banales qui n’ont pas d’intérêt photographique. C’est à la fois étrange et émouvant de se dire que j’ai chez moi les souvenirs d’une famille. Je ne me suis pas sentie voyeuse puisque, pour la première partie de mon travail, j’étais seule avec moi-même. Pour la deuxième partie, je me demandais comment ils allaient accepter le projet. Ce sont des gens très généreux. Je crois que j’ai réussi à ce que ce ne soit pas intrusif. Très vite c’est devenu une rencontre, un véritable échange.

Malgré tout, ces personnes préfèrent garder l’anonymat. Vous avez changé les prénoms.

Parce que ce ne sont pas des gens intéressés. Ils ne veulent pas qu’on les dérange. J’ai beaucoup de plaisir à leur parler et, depuis la sortie du roman, nous avons gardé contact.

On remarque des similitudes troublantes entre la fiction et la réalité. Par exemple, le prénom de la petite fille, Laurence.

Un prénom très donné et courant dans ce milieu social en France dans les années 70. J’étais très surprise quand j’ai su le véritable prénom de cette petite fille sur la photo. La coïncidence la plus stupéfiante : l’histoire de l’abandon. Dans la réalité, c’est ce qui s’est passé. Je me suis juste trompée de personne.

Le cliché a su capturer cette absence, c’est impressionnant.

C’est ce qui est bouleversant avec les photos. Elles racontent un moment et pas un autre. Je me suis demandé comment parler de la vie des gens, de ce qu’il en reste, etc. Finalement, je ne sais pas si la vérité est plus dans l’enquête, dans la fiction. Dans l’enquête, ils m’ont dit ce qu’ils avaient envie de dire, ce qu’ils savaient. La vérité est comme un puzzle de tous ces éléments.

Vous avez trouvé la bonne famille, celle avec un destin hors du commun.

Je crois que n’importe quelle famille a cette densité romanesque. Je suis sûre que si vous commencez à parler de votre famille, il lui est arrivé des trucs de dingue. Personne ne vit rien.

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