Train World, merveilleux voyage au pays de Schuiten

Comme beaucoup de véhicules de la SNCB, World Train arrive avec du retard. Le projet de musée du train était dans les cartons depuis près de 50 ans. Alors que tous les autres pays ont leur structure, la Belgique, qui a pourtant inauguré la première ligne de chemin de fer européenne, entre Malines et Bruxelles en 1835, n’avait jamais mis en valeur son patrimoine ferroviaire. L’erreur est aujourd’hui réparée et lorsqu’on découvre le travail entrepris par le dessinateur François Schuiten, on se dit que cela valait le coup d’attendre.

Le voyage débute à la gare de Schaerbeek. L’édifice construit en 1887 dans le style Renaissance flamande a été entièrement rénové pour l’occasion. Il abrite la billetterie, la zone de restauration et la salle des pas perdus dans laquelle pourront se tenir des événements promotionnels destinés à assurer une partie de la rentabilité financière du projet mené par la SNCB.

Si cet ensemble est déjà remarquable, la magie opère surtout dans le nouveau bâtiment de 8.000 m², construit quelques mètres plus loin pour abriter la collection de locomotives et les 1.250 objets de collection de la SNCB. Alors que d’extérieur, la construction ne paie pas de mine, à l’intérieur, c’est l’émerveillement. Le visiteur plonge littéralement dans un dessin de François Schuiten. Grâce à un jeu de lumière très travaillé qui met en avant les locomotives, l’artiste joue avec notre regard et le dirige vers un écran transparent sur lequel est projetée la carte de la Belgique avec l’évolution du chemin de fer au fil des décennies.

Le visiteur débute son voyage en 1835, découvre la plus vieille locomotive, la Pays de Waes (1844), brillant de mille feux, monte au poste de conduite d’une locomotive à vapeur. Au lieu d’avoir laissé les fenêtres ouvertes sur le reste du musée, François Schuiten y a placé des écrans diffusant des films en noir et blanc de paysages belges. « Notre pays s’est construit à travers le rail, explique Stéphane Disière, responsable du patrimoine historique de la SNCB. Nous avons vécu des moments clés et pendant des années, la Belgique fut à la pointe dans ce domaine. »

Muni de son audioguide de 90 minutes, le visiteur parcourt les différentes salles, replonge dans le temps en passant au milieu d’horloges de toutes les époques. Telle Alice suivant le lapin blanc, le public découvre les objets liés au train comme les pointeuses, les panneaux de signalisation ou encore les outils permettant de réparer une machinerie complexe.

Il entend aussi les sifflements de la vapeur émis par la Type 12, cette locomotive qui roula dès 1939. Avec son air futuriste et ses roues de 2 m 10, elle aurait pu être inventée par François Schuiten lui-même…

Les nostalgiques revivront leur enfance en montant à bord des wagons des années 1960. Pour rendre l’illusion réelle, François Schuiten a créé une scénographie composée d’objets du quotidien. Il ne manque que les odeurs et les vibrations.

Il a également exploité la maison du garde-barrière. Au lieu de la détruire, il l’a rénovée comme si nous étions dans les années 1960 : mobilier en formica et journaux d’époque déposés dessus. On s’attend à voir sortir le locataire de la cuisine, sifflet aux lèvres.

Ce projet n’aurait pas été complet si la SNCB avait refusé sa part d’ombre. Un peu à l’écart de l’agitation a été installé un wagon qui servit à la déportation des prisonniers juifs et tsiganes. C’est la seule pièce qui n’a pas été restaurée. Les frissons naissent lorsque le regard se pose sur une valise ouverte, abandonnée par ses propriétaires.

Mais heureusement, le train, c’est également l’avenir, le TGV, la grande vitesse. Les enfants pourront tester leur habileté à la conduite grâce à un simulateur. Le train part de la gare de Schaerbeek évidemment, mais nous amène sur un quai inattendu, sorti de l’imagination de Schuiten, de sa vision du monde en 2141. La magie du voyage opère.