Pour qui roule Michel Onfray?

Le philosophe français a pris le mot d’ordre de Nietzsche au sérieux, en philosophant à coups de marteau et en déboulonnant les idoles. Comme nombre de celles-ci sont de gauche, certains en ont fait un suppôt de Marine Le Pen…

Chef du service Forum Temps de lecture: 4 min

En quelques mois, Michel Onfray a réussi à se colleter médiatiquement avec Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Joffrin et Yann Moix. Soit, dans l’ordre, la gauche de pouvoir, la gauche d’opposition, la gauche médiatique et la gauche de salon (littéraire). Point focal de ses détracteurs : en critiquant cette gauche « qui s’est convertie au libéralisme en 1983 » et qui, depuis, n’a eu de cesse de « rejouer la carte mitterrandienne du danger fasciste », Onfray ferait le jeu de la droite. Voire de Marine Le Pen.

Michel Onfray, l’idiot utile du Front National ? Son athéisme avéré, son opposition à la peine de mort, sa défense de l’avortement et du mariage homosexuel, son combat pour l’euthanasie et le clonage thérapeutique, sa défense d’un socialisme libertaire… et son dédain général pour la classe politique en feraient un singulier compagnon de route.

Pourtant, le philosophe s’enfonce en s’interrogeant publiquement sur le traitement médiatique de l’actuelle crise des migrants, comme il l’avait fait après l’attentat à Charlie Hebdo en début d’année – « Le règne du pathos est l’ami du journalisme quand il faudrait encore et toujours de la raison », nous glissait-il en mars. Et puis, il a cette agaçante marotte de convoquer « le peuple », concept rance qui sonne comme une insulte populiste aux oreilles progressistes. Pourtant, pour lui, c’est précisément « cette fausse gauche-là » et « les journalistes qui vendent la soupe » qui sont les véritables alliés du FN !

D’où parle Onfray ?

Philosophiquement, Michel Onfray professe un socialisme libertaire qui récuse à la fois le capitalisme consumériste et le socialisme autoritaire : deux impasses qui, à ses yeux, constituent un même totalitarisme auquel il faut tourner le dos. « Nous n’avons jamais essayé dans l’histoire les propositions du socialisme libertaire : non-violence, pacifisme, persuader plutôt que contraindre, enseigner plus que formater, organiser de façon horizontale plutôt qu’imposer de façon verticale, l’autogestion et non la bureaucratie du parti », nous glissa-t-il un jour.

Pratiquement, il a rejoint le camp des abstentionnistes. La cassure a sans doute eu lieu en 2007. Lors de la campagne présidentielle, il tint un blog hébergé sur le site du Nouvel Obs. La droite railla ses prises de position libertaires et anticapitalistes, les socialistes lui reprochèrent d’affaiblir la candidature de Ségolène Royal en soutenant Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire), tandis que l’extrême gauche ne tarda pas à l’attaquer pour avoir rompu le « cordon sanitaire » autour de Nicolas Sarkozy, en acceptant de débattre avec lui dans Philosophie Magazine. C’est peu dire qu’il en sortit meurtri.

« Je ne me soucie plus des jeux de partis, nous expliquait-il y a quelques mois. Je ne suis pas libéral, donc l’UMP et le PS ne m’intéressent pas. Je suis antilibéral, mais le robespierrisme de Mélenchon me répugne tout autant que les cristallisations idéologiques autour de la restauration de la peine de mort chez Marine Le Pen. Le bateau coule, aucune rustine libérale ou antilibérale ne parviendra à colmater la brèche. Je suis désormais spectateur du naufrage. »

Reste cette tendance à attirer les orages autant qu’à les provoquer. L’homme n’est jamais aussi « bon » que dans la controverse – Yann Moix en a encore fait les frais l’autre soir sur le plateau de Ruquier. Suggérer qu’il en a besoin pour exister, c’est toutefois s’exposer à un coup de griffe.

« Les journalistes ne m’appellent ou ne parlent de mes livres que quand ils peuvent entretenir la polémique, glissait-il lors de la sortie de son dernier ouvrage, Cosmos. Je fais un livre sur Don Quichotte, Le réel n’a pas eu lieu, personne ne m’invite, il est pourtant l’occasion de penser le rapport de notre époque à la réalité. Je fais un livre contre Sade, La passion de la méchanceté, il est aussi l’occasion de penser le rapport que nos intellectuels entretiennent avec la réalité, mais tout le monde m’invite, parce qu’on peut me faire dire du mal des philosophes dont j’examine le propos en faveur de Sade. Je fais un éloge de Camus dans L’ordre libertaire, quand on m’invite c’est uniquement pour me faire parler contre Sartre. J’ai publié un recueil de haïkus, Avant le silence, personne n’en a parlé, personne ne m’a invité. Je fais un livre sur Cosmos, vous me posez trois questions à son propos et douze qui relèvent de la polémique… »

Salutaire rappel à l’ordre. Michel Onfray est avant tout un philosophe et un essayiste prolixe – et accessible – qu’il convient de lire avant d’écouter et de méditer avant de commenter.

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