Ce qu’il faut savoir sur la triche de Volkswagen

Le constructeur automobile est au cœur d’un scandale mondial après la révélation d’une tricherie sur les normes de pollution de ses véhicules.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Accusé d’avoir triché sur les normes de pollution de ses véhicules et menacé d’une amende record de 18 milliards de dollars, le constructeur allemand a suspendu ses ventes de voitures diesel aux États-Unis. Ce mardi, la firme allemande a reconnu que 11 millions de ses véhicules dans le monde étaient équipés du logiciel de trucage aux tests antipollution découvert aux États-Unis.

Comprendre l’affaire en cinq points

1. Sur quoi porte la triche

Onze millions de véhicules – Volkswagen, mais aussi d’autres marques du groupe (Audi, Skoda, Seat ou encore Porsche) dont les modèles n’ont pas été révélés – ont été équipés d’un logiciel sophistiqué capable de détecter automatiquement à quel moment ils étaient soumis à un test de mesure antipollution. Ce petit logiciel espion enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants permettant au véhicule de passer le test sans encombre et de se voir décerner un certificat de bonne conduite écologique. Le reste du temps, la voiture contrevenait aux normes environnementales. C’est une fraude d’une ampleur inégalée.

2. Comment l’affaire a-t-elle été révélée

L’ONG International Council for Clean Transportation (ICCT) est à l’origine de ce scandale. En 2013, elle met les mains dans le cambouis, avec le renfort de chercheurs de l’université de Virginie-Occidentale. Objectif : tester les émissions des moteurs diesel. Ils découvrent alors le pot-aux-roses en vérifiant deux modèles VW. Le compteur d’émissions d’oxyde d’azote s’emballe. Il dépasse même ce qui est autorisé par la loi.

Mai 2014 : l’ICCT envoie un courrier à l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) et son homologue californien, le California Air Resources Board (Carb). Après quelques explications non satisfaisantes de la part de l’entreprise allemande, l’EPA et le Carb menacent de retirer leur certification aux modèles diesel 2016. C’est alors que VW craque.

3. Le discours de l’entreprise

Volkswagen a menti durant des années. C’est aujourd’hui un fait avéré. Lorsque l’EPA et le Carb interrogent la firme allemande après l’alerte de l’ICCT en mai 2014, celle-ci attribue les émissions excédentaires à « divers problèmes techniques » et à des conditions « inattendues » en situation réelle. C’est un peu court…

VW change son fusil d’épaule en ce mois de septembre 2015 et avoue la manipulation. Mais le ton change selon qui communique au sein de l’entreprise. Ainsi le communiqué officiel qui explique que 11 millions de véhicules sont concernés par la tricherie, dit que Volkswagen travaille «  avec acharnement à éliminer ces anomalies » au moyen de «  mesures techniques ».

Plus direct, le CEO de Volkswagen America, Michael Horn, a admis lundi que le géant allemand de l’automobile avait «  complètement merdé ». «  Notre entreprise a été malhonnête, avec l’EPA et avec le Carb, ainsi qu’avec vous tous, et avec mes mots en allemand on dirait qu’on a ‘totalement merdé’»

4. Ce que risque Volkswagen

… de perdre beaucoup d’argent. Notre journaliste Bernard Padoan faisait les comptes dans le 11h02  :

Le groupe VW pourrait perdre plus de 30 milliards ?

En effet, 18 milliards d’amende et une perte de 16 milliards en Bourse. Les actionnaires VW ont donc perdu un cinquième de leur capital.

VW est-il en danger ?

L’amende qui lui sera infligée est colossale, elle représente une fois et demi le bénéfice de VW en 2014. Il n’y aura cependant pas que l’amende, il va falloir rappeler les voitures pour des mises aux normes. Il pourra aussi y avoir des poursuites, des actions collectives engagées par des actionnaires mécontents qui pourraient aller devant la justice américaine.

Le constructeur va mettre de côté 6,5 milliards d’euros sous forme de provisions dans ses comptes du troisième trimestre (juillet-septembre). De quoi sérieusement amputer le bénéfice annuel du géant de l’automobile, aux 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2014) et 600.000 salariés dans le monde.

A lire : La tricherie de Volkswagen va lui coûter cher

Cet avertissement sur résultats a fait replonger l’action de plus de 20 % en Bourse à Francfort mardi, au lendemain d’une débâcle qui avait fait s’évaporer plus de 15 milliards d’euros de capitalisation boursière. A 10H32 GMT, le titre dégringolait de 19,33 % à 106,65 euros. A Francfort mais aussi à Paris, les autres valeurs automobiles dévissaient aussi, l’affaire jetant l’opprobre sur le secteur tout entier.

Une chose est certaine ce mardi, des têtes vont tomber chez Volkswagen…

5. D’autres constructeurs sont-ils concernés ?

Alors que le scandale Volkswagen s’étend, des constructeurs automobiles européens tentent d’éviter l’amalgame en se disant favorables à une enquête sur les contrôles antipollution au niveau européen.

Les procédures d’homologation des véhicules ne sont pas les mêmes en Europe et aux États-Unis, d’où l’affaire est partie, mais des fabricants d’automobiles ont aussi souhaité que le Vieux continent se dote le plus vite possible de cycles de tests modernisés.

Mardi matin, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a estimé qu’une enquête était nécessaire «  au niveau européen » après les révélations sur les contrôles antipollution volontairement falsifiés par Volkswagen.

Si la Commission européenne a jugé prématuré «  des mesures de surveillance immédiates spécifiques », les constructeurs français ont repris au vol le souhait du ministre.

En attendant les résultats des enquêtes déjà lancées aux États-Unis, en Allemagne, en Italie et en Corée du Sud, l’affaire Volkswagen qui concerne désormais 11 millions de véhicules constitue «  un véritable tremblement de terre » pour le secteur tout entier, juge Flavien Neuvy, directeur de l’observatoire Cetelem de l’automobile.

Ce scandale «  jette la suspicion sur l’ensemble des constructeurs (…) les enquêtes qui vont avoir lieu sont très importantes pour voir si c’est un phénomène qui ne concerne qu’un constructeur ou pas ».

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