Carl Devos: «De Wever a plus parlé de solutions internationales que nationales»

Qu’est-ce qui vous a marqué dans l’exposé de Bart De Wever ?

Je trouve qu’il est allé en profondeur. Dans ce genre de circonstance, le discours est souvent prudent et diplomatique. Ce ne fut pas le cas ici. On peut être d’accord ou pas avec ce que dit Bart De Wever, mais au moins, cela nourrit le débat. La position de centre-droit est ici très clairement exprimée, et on peut à présent se mettre au travail. Le débat peut commencer.

Il n’a pas mis la majorité fédérale sous pression ?

J’ai entendu beaucoup de choses dans son intervention. Les droits de l’homme face aux droits du citoyen, les droits sociaux qui ne sont plus acquis mais que l’on construit petit à petit, une remise en question des accords de Schengen, de la Convention de Genève, le fait que les migrants seraient politiques, de la fermeture des frontières, du « push back »… Ce n’est pas rien. Mais on voit que, face à ces enjeux, il a essentiellement parlé de solutions au niveau européen et international. Solutions au sujet desquelles il a dit son pessimisme.

Il a quand même parlé de la Sécurité sociale, jugée attractive pour les demandeurs d’asile.

Il a effectivement parlé de l’attractivité de la Sécurité sociale, mais il n’est pas venu avec des propositions concrètes à ce sujet. Le plus grand parti de Flandre et de Belgique ne vient donc pas avec des solutions au niveau national à ce sujet.

Le fait de parler de solutions internationales lui permet d’éviter de mettre le gouvernement fédéral en difficulté ?

Il y a plusieurs explications possibles. Il n’a peut-être pas de solutions à proposer au niveau proprement belge aux problèmes qu’il soulève. Mais il a sans doute aussi voulu épargner Geert Bourgeois à la Région flamande, mais également le gouvernement fédéral. Celui-ci est actuellement sous pression après les déclarations de ces derniers jours sur l’asile, le dossier communautaire de Linkebeek, et l’effort budgétaire qui s’annonce.

C’est vrai que Bart De Wever a changé le sujet de sa conférence pour parler de l’asile ?

Oui il m’en a informé hier. En juillet, quand je l’ai contacté, je lui avais demandé de parler de la « force du changement » dont la N-VA a fait son slogan. Bart De Wever a dit qu’il n’était pas seulement un nationaliste flamand, mais qu’il avait une idéologie beaucoup plus large. Je souhaitais avoir cette vision. Il a finalement changé de sujet, mais au final, je ne le regrette pas. Bart De Wever est quelqu’un de puissant, avec une grande influence politique. C’était important de lui donner l’occasion de détailler durant plus d’une heure sa vision dans ce dossier.