Anton Corbijn: «Mon film explore la relation entre un photographe et son sujet»

Le photographe et cinéaste Anton Corbijn signe avec « Life », son quatrième long métrage. Le réalisateur néerlandais explore la relation entre le photographe Dennis Stock et James Dean avant la sortie de « À l’est d’Eden » .

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 7 min

On peut presque parler de retour aux sources en ce qui concerne le nouveau film de celui qui a photographié tous les musiciens et chanteurs de la planète. Proche de U2 et aussi fidèle collaborateur de Depeche Mode, Anton Corbijn avait fait des débuts tonitruants dans le monde du 7e art avec Control (2007), formidable portrait en noir et blanc autour de Ian Curtis et Joy Division qui évoquait autant l’icône post-punk que le désarroi et la solitude propres à l’adolescence dans la grisaille de Manchester. Life permet à Anton Corbijn d’aborder brillamment l’amitié entre un photographe – qui allait exploser grâce au cliché de James Dean à Times Square (New York) en 1955 à la une du magazine qui donne son titre au film – et le comédien américain tragiquement disparu à 24 ans.

Quels parallèles dresseriez-vous entre Dennis Stock et vous-même ?

C’est sûr que mon attirance pour le projet vient de cette histoire. Je n’ai quasi photographié que des musiciens ces quarante dernières années. Et avec certains, une relation qui dépasse le cadre professionnel, s’est créée. Et si j’ai accepté de réaliser ce film, c’est parce qu’il explore justement cette relation entre un photographe et un quelqu’un qui est encore totalement inconnu. Il se fait que cette personne s’appelle James Dean et c’est intéressant via ce prisme-là mais ce n’est en aucun cas une biographie filmée de James Dean. Ça ne m’intéressait pas, de toute façon. Par contre, c’est intéressant de voir comment ces deux personnes vont devenir amies et les conséquences dans leur vie respective.

Le choix de Robert Pattinson est intéressant. Il se retrouve derrière l’appareil photo alors que lors de la sortie de « Twilight », il a souffert de cela et qu’il en souffre sans doute encore aujourd’hui…

J’avoue que c’est un plaisir un peu pervers de réalisateur que de le mettre avec un appareil photo en main. J’y vois aussi un parallèle avec Robert, où il en est aujourd’hui en tant que comédien. Avec Twilight, sa vie a basculé et on ne l’a pas toujours spécialement pris au sérieux alors qu’il souhaite vraiment être reconnu comme comédien. Il n’a jamais recherché la gloire à tout prix. Son personnage dans le film, c’est un peu pareil. Il n’aspire qu’à être reconnu comme photographe. C’est parce que ce parallèle est intéressant que c’est assez fantastique d’avoir Robert dans Life. Le choix d’un comédien peut aussi avoir un impact sur le budget du film mais comme celui-ci n’est pas énorme, j’ai eu pas mal de liberté. C’est sûr qu’avoir Ben Kingsley a été incontestablement un plus pour la distribution. Idem pour Alessandra Mastronradi. En ce qui concerne Dane DeHaan, ce sont des raisons différentes. Il a un physique intéressant même si ce n’est pas un clone de James Dean, ce qui ne m’intéressait nullement. Il est différent des autres comédiens. C’est toujours difficile de choisir un comédien pour incarner un acteur iconique alors, vous imaginez bien que pour James Dean, c’était encore plus compliqué. Il doit évidemment être crédible et garder en tête que son travail de comédien consiste à être vraiment cette personne.

Avez-vous rencontré des protagonistes encore vivants de cette histoire ?

Luke Davies, le scénariste, a rencontré un cousin de James Dean. J’ai parlé avec le fils de Dennis Stock mais comme vous pouvez l’imaginer après avoir vu le film, il n’a pas vraiment connu son père. J’ai également parlé avec la veuve de Dennis et avec son ex-femme.

Comment avez-vous construit la reconstitution de cette scène clé de la fameuse photo de James Dean qui s’est retrouvé à la Une du magazine « Life » ?

La majorité des gens pense que cette photo devenue célèbre a été réfléchie longuement par Dennis Stock mais c’est seulement en développant ses négatifs qu’il s’est rendu compte du potentiel et de la beauté de cette photographie. Et surtout de sa portée. Je voulais créer un environnement pour permettre au spectateur d’imaginer où la photo a été prise. Initialement, je pensais d’ailleurs réaliser le film en noir et blanc mais je trouvais que c’était un peu trop facile. Il me fallait créer quelque chose qui se rapproche du réel travail de Dennis Stock. Alors bien sûr, j’ai passé pas mal de temps avec Robert pour qu’il s’habitue à se mouvoir avec un appareil photo. C’est un langage corporel particulier.

Qu’attendez-vous de vos comédiens ?

De l’authenticité, je suppose. Et de l’émotion. Il faut absolument qu’ils soient réels. J’ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là. Travailler avec George Clooney, par exemple. Philippe Seymour Hoffman, bien sûr et Sam Riley. Réaliser, c’est un travail compliqué. Et un processus beaucoup plus long qu’une session photo pour la pochette de l’album d’un groupe.

Ian Curtis, comme James Dean, tous deux disparus très jeunes, sont deux figures marquantes à l’impact considérable. Comment les compareriez-vous ?

En termes d’héritage, c’est vrai que c’est assez similaire. Mais pas en termes d’état d’esprit, pas du tout. Le premier s’est suicidé et le second est mort dans un accident de voiture. Control était un film sur Ian Curtis. Comme je le disais plus tôt, Life n’est pas un film sur James Dean.

Quelle place occupe la photo aujourd’hui dans votre vie ?

J’en fais encore entre mes films. C’est important pour moi de retrouver ce côté solitaire et artisanal, ce qui n’est pas le cas de l’industrie du cinéma. Rien que l’aspect promotionnel qui accompagne la sortie d’un film prend beaucoup de temps. Je me console en me disant que j’ai de la chance d’avoir des amis musiciens formidables qui sont des piliers dans ma vie.

La question est prévisible : quel est l’impact de votre travail de photographe sur l’esthétique de vos films ?

À la fin des années 80, j’ai commencé à vraiment aborder mes vidéos comme de petits films. Par contre, Je ne suis pas encore sûr de savoir si mes films influencent ma photographie. C’est un procédé organique plus lent. Avec Life, c’est la première fois que je ne prends plus de photos sur le tournage alors que pour mes trois précédents, j’avais à chaque fois sorti un livre de photos. Je préfère désormais être à 100 % sur le film.

Dane DeHaan  : « J’admirais les films de James Dean »

J ames Dean est mon acteur préféré. Quand j’étais étudiant en art dramatique, on nous conseillait de regarder des films. Moi, je regardais les films de James Dean car il était le seul acteur à l’époque à avoir un jeu si naturaliste. » De passage au Festival de Deauville il y a quinze jours, Dane DeHaan racontait cette anecdote pour expliquer pourquoi, dans un premier temps, il avait refusé la proposition d’Anton Corbijn. Il précise : « Ce que j’aime le plus en James Dean constituait ma réticence à faire ce film jusqu’à ce que je me rende compte que c’était une grande opportunité pour moi, pour améliorer mon jeu. M’approprier ce personnage était en fait un extraordinaire défi et ne pas le faire était stupide. »

Pour être au plus près de la réalité, l’acteur très mince prend 11 kilos et se forge une silhouette plus trapue. Rappelons que James Dean a grandi dans l’Indiana parmi des fermiers. « Ce qu’on croit de James Dean est de l’ordre du mythe. Moi, j’ai surtout appris que je ne connaissais rien de lui. Je pensais qu’il avait été un brillant élève et que sa carrière avait commencé grâce à ça. En fait, pas du tout. Il a arrêté ses études car il en avait marre qu’on lui dise qu’il était mauvais. » Et d’ajouter : « Quand je disais que j’allais l’incarner, on me disait tellement de choses sur lui et le plus souvent fausses. En devenant une icône, tout le monde croit le connaître. J’ai beaucoup appris en le jouant. »

Après James Dean, Dane DeHaan, 29 ans avec un look d’ado sage, va être Valérian d’après la célèbre BD de science-fiction. Luc Besson l’a choisi comme acteur principal aux côtés de Cara Delevingne et Clive Owen pour sa superproduction à 170 millions d’euros, tournée en langue anglaise sur le sol français.

Dane DeHaan, retenez bien ce nom, car c’est l’acteur qui monte à Hollywood.

 

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