Comment l’idée de l’indépendance a gagné du terrain en Catalogne

Comment une bonne partie des Catalans veut maintenant accéder à l’indépendance ? Le rabotage du statut d’autonomie, en 2010, y a beaucoup contribué. Décodage.

Temps de lecture: 4 min

La campagne officielle des élections régionales catalanes se termine ce soir à minuit. Que les indépendantistes –favoris selon tous les sondages - s’imposent ou pas dans les urnes dimanche, qu’ils obtiennent la majorité absolue ou non au parlement catalan, les débats de ces dernières semaines ont mis en lumière ce que beaucoup de responsables politiques espagnols n’ont pas vu, ou n’ont pas voulu voir : la question de la place de la Catalogne dans l’Espagne actuelle. Le « problème catalan », diront certains.

Selon le dernier baromètre d’opinion politique publié en juillet dernier par l’Institut statistique de Catalogne (ISC), 39 % des sondés se considéraient partisans d’un État indépendant et près de 70 % considéraient mauvaise ou très mauvaise la relation entre Madrid et Barcelone. Il y a un peu moins de dix ans, en novembre 2006, 13,9 % des personnes interrogées souhaitaient que leur région se transforme en « État indépendant » et 1,7 % considéraient comme un problème les relations entre la Catalogne et l’Espagne.

« Colère et indignation »

Comment expliquer ce changement de perception ? Pour l’historien catalan Joan Maria Tomás, il y a un point de rupture évident, la sentence du Tribunal constitutionnel (TC) espagnol qui en juin 2010, invalide une partie du statut d’autonomie de la Catalogne. « Le texte avait fait l’objet de nombreux débats, la plupart des partis politiques s’était mis d’accord, les Catalans l’avaient adopté largement lors d’un référendum en 2006… et une décision judiciaire, quatre ans après, l’a rendu caduque », rappelle l’historien, qui parle de « colère et d’indignation » des Catalans à l’annonce de la sentence de la haute cour de justice, qui limite les compétences catalanes en matière linguistique, qui impose plus de solidarité fiscale, qui n’accorde « aucune valeur juridique » au concept de « Nation » contenu dans le texte.

Deux semaines après le rabotage du statut d’autonomie, des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues de Barcelone, derrière une banderole : « Nous sommes une Nation. Nous décidons ». Tous les partis politiques se rallient à la manifestation, sauf le Parti populaire (PP) du Premier ministre Mariano Rajoy, à l’origine du recours devant le TC, une décision que Xavier García Albiol, le candidat du PP lors de ces élections régionales, considère aujourd’hui comme « une erreur ».

La conversion d’Artur Mas

« L’incompréhension a été transversale, explique Joan Maria Tomas. Des partis traditionnellement autonomistes se sont alors ralliés aux thèses indépendantistes. » Vainqueur des élections en novembre 2010, le nationaliste conservateur Artur Mas est l’exemple le plus frappant de cette conversion. Sa formation Convergencia y Union, pourtant allié du PP au Congrès des députés de Madrid entre 2004 et 2008 et soutenue par les conservateurs de Rajoy en 2010 en Catalogne, épouse progressivement les velléités sécessionnistes de formations catalanes de gauche traditionnellement favorables à la séparation. Pour Joan Maria Tomas, « Artur Mas a cherché avant tout à capitaliser le mécontentement des Catalans et à faire oublier les coupes budgétaires qu’a dû faire son gouvernement pendant la crise économique ».

L’économie, dans une Espagne en crise, est un facteur clé de l’affrontement entre Barcelone et Madrid. Lors de l’été 2012, Artur Mas demande à Mariano Rajoy un nouvel accord fiscal « qui rééquilibre la balance entre la région et l’État central ». Le chef du gouvernement lui transmet une fin de non-recevoir – « ce qui était couru d’avance car, à ce moment-là, l’Espagne est sous la pression des marchés et Rajoy ne peut pas se permettre d’ouvrir ce débat », souligne Joan Maria Tomas. Pour l’exécutif catalan, en grande difficulté financière lui-aussi, la rupture est consommée. Artur Mas convoque des élections anticipées à la fin de l’année 2012, qu’il remporte avec la promesse d’organiser un référendum sur l’indépendance. Le vote aura bien lieu, en novembre de l’année dernière, mais la consultation est jugée illégale par le Tribunal constitutionnel.

Un plébiscite dimanche ?

La bataille n’est pas pour autant terminée. Artur Mas anticipe à nouveau le scrutin régional, initialement prévu fin 2016 et le programme pour le 27 septembre, ce qui lui permet de lancer officiellement la campagne électorale le 11 septembre, jour de la Diada, la fête nationale catalane, transformée depuis plusieurs années en journée de revendication nationaliste : en 2012, sur le thème « Catalogne, une nouvelle Nation en Europe », en 2013, avec une chaîne humaine de 400 kilomètres de long qui traverse la région, en 2014, avec un immense « V » formé dans le centre de Barcelone pour réclamer le droit de voter sur le futur de la Catalogne lors d’un référendum. Le prochain épisode aura donc lieu ce dimanche, avec des élections que les indépendantistes veulent « plébiscitaires ». En cas de victoire, ils promettent de déclarer l’indépendance en 18 mois.

 

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