ALKEN-MAES: SECONDE JEUNESSE DE LA BRASSERIE DE JUMET

La capacité de production est sur le point de doubler

Une seconde jeunesse pour la brasserie de Jumet

Alken-Maes croit - et croît - au pays de Charleroi: notre numéro deux brassicole y renforce sa présence. Objectif: l'Europe. Une deuxième jeunesse pour Jumet.

A l'heure où le monde brassicole ne parle que de «restructuration», dans la perspective du grand marché européen, le groupe Alken-Maes, dauphin du géant lovano-liégeois Interbrew, avec 24 pour cent des parts du marché national, surprend agréablement les Wallons, et les Hennuyers en particulier, en annonçant sa volonté de renforcer sa brasserie de Jumet.

Le «patron» Théo Maes est venu, lui-même, annoncer la bonne nouvelle, mercredi. Certes, si le brasseur de Waarloos a décidé d'investir encore 70 millions dans les tous prochains mois, s'ajoutant aux 200 qu'il a déjà injectés sur place, depuis son arrivée il y a douze ans, ce n'est ni par conviction belgicaine ni par amour immodéré pour Van Cau et les Carolorégiens; c'est avant tout un mise de fonds nécessaire pour pouvoir mieux répondre à la demande, toujours plus forte, de bières à haute fermentation. Et, très particulièrement, de la Grimbergen, cette bière d'abbaye qui ne craint ni les trappistes ni sa soeur ennemie de Leffe, elle aussi en plein boum. Bien implantée en Belgique, son avenir s'annonce encore plus brillant en France et dans les pays du Sud européen.

C'est, en tout cas, une belle revanche pour l'ex-brasserie de l'Union à Jumet que l'on a pu croire un moment condamnée, comme tant d'autres petites entreprises emportées par les redéploiements en tous genres en vue de conquérir les gosiers européens...

Un peu d'histoire: les racines de la brasserie, mieux connue par les Hennuyers comme celle «de l'Union», remontent à la grande époque de la révolution industrielle et des... brasseries. Ces dernières n'étaient pas moins de trois mille, aux alentours de 1864 lorsque les sieurs Biernaux et de Posson décidèrent de se lancer, eux aussi, dans l'aventure du houblon. Un quart de siècle plus tard, après le décès de Posson, la raison sociale «de l'Union» devint «de Jumet».

Très rapidement, comme la plupart de ses consoeurs, la brasserie s'était spécialisée dans la haute fermentation, la production de bières «spéciales», mais elle allait faire oeuvre révolutionnaire en se lançant dans la basse fermentation en 1891. En fait, une «première» pour le bassin de Charleroi qui allait faire de la brasserie jumétoise le numéro un de la région. A l'époque, rien ne pouvait arrêter la famille Biernaux qui, en passant, put acquérir la clientèle de la brasserie Lamot-Launoy, de Marcinelle.

Ayant le nez fin, M. Biernaux transforma l'entreprise familiale en société anonyme sous la dénomination «Brasseries et malteries l'Union» avec un capital de deux millions et demi de francs.

Une structure nouvelle pour un nouvel essor auquel ne devait pas être étranger un jeune et dynamique ingénieur brasseur appelé Remi Duquesnoy. Un Gantois, en fait, organisateur de qualité et maître ès brassins qui décida d'ajouter un nouveau produit à la gamme, la Cuvée de l'Ermitage. Une fameuse cuvée, sans jeu de mots, dont le succès, très rapide, contribua à faire tripler la production de Jumet!

Entre 1935 et 1955, la brasserie jumétoise se livra au jeu des fusions et des prises de participation, question de se renforcer. Ce qu'elle fit en acquérant en tout ou en partie les Grandes brasseries de Blaugies, Villers-Monopole et la brasserie Dussart. Une nécessité, en réalité, pour sortir du marasme de l'après-guerre et pour combattre les conséquences du faible pouvoir d'achat des consommateurs.

Après cette relance, la famille Duquesnoy concrétisa encore bien d'autres projets comme la mise sur le marché d'une Münchner Burg et l'installation d'un nouveau matériel de brassage. Des horizons nouveaux se présentaient favorablement au successeur désigné. Hélas! un accident de la route emporta le fils Duquesnoy et son père se résigna à cesser ses activités à 72 ans et à vendre son entreprise.

Fort heureusement, elle tomba dans de bonnes mains, chez Maes. Cette dernière brasserie, même avant de conclure la coentreprise que l'on sait avec Cristal Alken et BSN, son «parrain» français, à la fin de l'été 1988, eut la bonne idée de ne pas brader le patrimoine et, au contraire même, d'y développer ses bières «spéciales». Si les «anglaises» ont dû damer le pion devant des concurrents plus puissants et si la Judas a bien de la peine à faire des résultats diaboliques - la Duvel reste toute-puissante chez les blondes hautement fermentées -, les Grimbergen - dans l'Hexagone, on dit les «Grimmes»... - se sont développées de façon exponentielle et y ont même supplanté la Cuvée qui garde, toutefois, bon nombre de ses adeptes en terre carolorégienne. C'est surtout cette expansion qui a incité Alken-Maes à investir et à doubler, d'ici peu, sa capacité de production à 350.000 hectos à Jumet.

On pourrait évidemment rétorquer qu'en ressources humaines l'ex-brasserie de l'Union ne «pèse» que 40 emplois et que ce nombre ne croîtra forcément pas pour cause d'informatisation poussée; il n'en reste pas moins que Jumet a encore de belles années devant elle.

Car, pour Théo Maes, il n'est pas question de mener une politique «à la Interbrew» qui a mis le paquet pour désinvestir ensuite: dans sa stratégie, les «spéciales» resteront en Wallonie quoi qu'il en soit.

En dépit de la distance entre le faubourg de Charleroi et le centre de conditionnement de Waarloos, cela coûterait plus cher de changer son fusil d'épaule...

Les amoureux wallons de la bière trinqueront, à coup sûr, à sa santé, dussent-ils dire «gezondheid»!

CHRISTIAN LAPORTE