Allemagne Le programme de la nouvelle coalition rouge-verte sous les feux de la critique Schröder II naît dans la déprime Les poids lourds du nouveau gouvernement Joschka Fischer Le « sauveur » aux Affaires étrangères Hans Eichel Garant de la rigueur aux Finances Wolfgang Clement Un super-ministre à l'Economie Manfred Stolpe Un alibi pour la reconstruction à l'Est Otto Schily Le « shérif rouge » à l'Intérieur

L'accord entre SPD et Verts est marqué par l'absence de réformes.

Pour réduire les déficits, le nouveau gouvernement prend des mesures impopulaires.

Allemagne

Le programme de la nouvelle coalition rouge-verte sous les feux de la critique

Schröder II naît dans la déprime

CHRISTOPHE BOURDOISEAU

BERLIN

Après quatre années marquées par les réformes, l'Allemagne va-t-elle replonger dans une période d'inertie ? Tous les observateurs se posaient la question mercredi lors de la brève présentation du « contrat de coalition » signé entre le parti social-démocrate (SPD) et les écologistes (Die Grünen). A peine sorti des cartons, le programme « Schröder II » de 88 pages faisait en effet l'objet de virulentes critiques dans la presse de gauche comme de droite. « Plus d'impôts, plus de charges, plus de dettes. On connaît la musique et elle est plutôt déprimante », écrit le « Süddeutsche Zeitung », quotidien munichois de gauche. « Le gouvernement se prononce contre les réformes (...) Il ne reste plus qu'à donner un conseil aux forces vives de la nation: partir à l'étranger à la première occasion », lance le quotidien économique « Handelsblatt ».

Tandis que les milieux économiques et l'opposition libérale dénonçaient un « programme de récession », les chrétiens-démocrates criaient au scandale. C'est la plus grande escroquerie électorale de l'histoire de la République fédérale, s'insurge Edmund Stoiber, le candidat malheureux de l'Union chrétienne (CDU-CSU) aux élections. Dans la population, un premier sondage révèle également le mécontentement. Selon l'institut Emid, deux tiers des Allemands ne sont pas satisfaits du programme rouge-vert.

Alors que le chancelier s'était prononcé contre toute augmentation d'impôts pendant la campagne électorale, il a clairement changé son fusil d'épaule. Intitulé « Renouveau - justice - durabilité », l'accord de coalition semble plutôt privilégier la pression fiscale aux réformes. Au chapitre de la famille, l'une des trois priorités avec la lutte contre le chômage et la « modernisation écologique », on trouve les seules mesures vraiment significatives. Le gouvernement débloquera 2,5 milliards d'euros pour créer 10.000 emplois temps-plein à l'école et pour augmenter les capacités dans les crèches. Objectif : permettre aux femmes allemandes de concilier travail et famille, ce qui reste très difficile actuellement.

Sur le front de l'emploi, tout avait déjà été dit avant les élections. Craignant de perdre son siège sur ce dossier sensible, Schröder avait annoncé en août une réforme en profondeur du marché du travail avec l'objectif de réduire de moitié le nombre des chômeurs dans les trois ans.

Mais avant d'appliquer son programme, Gerhard Schröder sera obligé de combler les trous dans les finances publiques, réduisant d'autant sa marge de manoeuvre. La crédibilité du gouvernement est déjà sérieusement remise en cause depuis l'annonce d'un déficit budgétaire de 14,2 milliards d'euros pour 2003. Tous les experts s'accordent à dire que les critères du Pacte de stabilité jadis imposés par les Allemands aux autres pays de l'Union ne seront pas tenus.

Quant à la nouvelle équipe, elle n'est pas marquée par un véritable « renouveau ». Les quatre nouveaux ministres (tous sociaux-démocrates) sont des personnalités connues de la scène politique. On trouve notamment Wolfgang Clement, le ministre-président de Rhénanie-du-Nord, qui sera en charge d'un super-ministère de l'Economie et du Travail. L'unique surprise est la nomination de Manfred Stolpe, l'ancien ministre-président du Brandebourg, aux infrastructures et à la reconstruction de l'ex-RDA.

Les écologistes, eux, ont préféré se concentrer sur leurs trois ministères (Affaires étrangères, environnement, agriculture) en réclamant des compétences supplémentaires. Fêtés comme les « sauveurs de Schröder », ils ont renoncé au quatrième portefeuille auquel ils auraient pu prétendre. Mais ils ont surtout dû avaler plusieurs couleuvres. La menace d'un soulèvement de la base risque donc d'envenimer à terme les relations entre les deux partenaires de la coalition.·

Joschka Fischer

Le « sauveur » aux Affaires étrangères

Les Verts lui doivent la victoire aux dernières élections (8,6%). Le ministre des Affaires étrangères est l'homme politique le plus populaire du pays. A 54 ans, il incarne le retour de l'Allemagne sur la scène diplomatique et dans les opérations militaires de maintien de la paix. Sa première mission sera de rétablir les relations germano-américaines, refroidies par le refus catégorique de Schröder de participer à une attaque contre l'Irak. (Ph.AP)

Hans Eichel

Garant de la rigueur aux Finances

A 60 ans, l'ancien ministre-président SPD de Hesse reprend le portefeuille des Finances. Il est l'artisan du plan de rigueur de 1999 et de la grande réforme fiscale de 2000. Avocat du pacte de stabilité européen, il a évité de justesse un rappel à l'ordre de Bruxelles. Il devra donc veiller à maîtriser les dépenses publiques alors que sa politique d'austérité budgétaire lui valent des critiques au sein du parti social-démocrate. (Ph. AP)

Wolfgang Clement Un super-ministre à l'Economie

A 62 ans, le « super-ministre » social-démocrate aura la charge du Travail et de l'Economie. Cet ancien journaliste dirigeait depuis 1998 la Rhénanie du Nord-Westphalie, la région la plus peuplée d'Allemagne. Juriste pragmatique, il est apprécié des milieux économiques. Il est chargé de la grande réforme du marché du travail qui prévoit de réduire de moitié le niveau du chômage dans les trois ans. (Ph.AP)

Manfred Stolpe

Un alibi pour la reconstruction à l'Est

Le ministre SPD des Transports, du Bâtiment et de la reconstruction de l'ex-RDA, a été ministre-président du Brandebourg pendant 12 ans. Juriste, l'ancien président du consistoire protestant en Allemagne de l'Est fut un leader de l'opposition au régime communiste. Il a pourtant été accusé d'avoir eu des liens avec la police secrète. Il sert d'alibi à Schröder qui devait nommer un ministre de l'Est dans son gouvernement. (Ph.EPA.)

Otto Schily

Le « shérif rouge » à l'Intérieur

Otto Schily, 70 ans, surnommé le « shérif rouge », reprend son poste à l'Intérieur. L'ancien avocat des terroristes de la Fraction Armée Rouge (RAF) est un ministre à poigne, respecté jusque dans les rangs de l'opposition. Ancien écologiste « réaliste » qui a rejoint en 1989 les sociaux-démocrates, il est notamment à l'origine d'une loi de contrôle de l'immigration adaptée aux besoins de l'économie allemande. (Ph.AP.)