André Marchandise

André Marchandise: «RFC Liège

est né. Mais il ne vivra qu'européen!»

André Marchandise avait la tête un peu lourde, hier matin, en dépouillant le courrier de l'entreprise familiale. En bon président, il n'avait pu résister à la tentation de communier jusqu'aux petites heures de la nuit aux réjouissances qui ont marqué la victoire du F.C. Liégeois sur le Standard. Pardon, du RFC Liège. Car depuis le milieu de cette semaine, le club de Rocourt a été rebaptisé, avec la bénédiction d'un cercle de sympathisants de plus en plus étoffé, comme on a pu s'en rendre compte mercredi soir, tout au long d'un derby dont on évoquera longtemps encore les péripéties dans les chaumières principautaires.

Au lendemain de cette rencontre qui confirme la passation de pouvoir entre des Sang et marine en pleine ascension et des Rouches toujours en quête de leur glorieux passé, le patron liégeois nous a livré quelques réflexions appelées à éclairer d'un jour nouveau l'avenir d'un matricule 4 qui fêtera son centenaire en 1992. 1992, l'année au cours de laquelle, précisément, s'ouvrira le grand marché européen...

- Ce succès sur le Standard, c'est la sortie du tunnel pour votre équipe?

- Il s'agit là d'une victoire capitale pour Liège, dans la course à la Coupe de l'UEFA. Mais je n'ai jamais douté de notre qualification. Un championnat se joue en 34 journées et il en fallait plus des quelques points perdus ces dernières semaines pour m'inquiéter. Il n'y avait aucune raison de céder au découragement après notre défaite au F.C. Malinois. A Waregem, où nous avons partagé l'enjeu, nous avons raté une kyrielle d'occasions. Le seul couac, en fait, nous l'avons connu face à l'Antwerp. Là, nous avons manqué d'énergie et d'enthousiasme. Dans le chef de quelques joueurs. Qui se font tirer l'oreille à l'heure où l'on discute renouvellement de contrat. Je crois que certains d'entre eux se font des illusions. C'est leur problème. Mais il ne peuvent pénaliser le club qui honore loyalement ses engagements vis-à-vis de chacun d'entre eux. C'est le sens du message que nous leur avons transmis avant le derby. Un message qui a été reçu 5 sur 5...

- Déjà vainqueur à Sclessin, Liège n'a fait que confirmer sa supériorité sur le Standard?

- Ce derby sonnait pour les deux formations l'heure de vérité. L'une était, disait-on, en légère perte de vitesse. Et l'autre était présentée par les médias comme l'équipe du second tour. Mais le Standard n'avait rencontré depuis la trêve que des adversaires de seconde zone. A chaque fois qu'il s'était imposé, c'était d'extrême justesse, dans des conditions souvent discutables. Il suffit de s'en référer à son «goal average» pour être fixé sur ses réelles possibilités. Liège, lui, aligne la deuxième meilleure défense du pays derrière celle du FC Malinois. Et a tout juste marqué cinq buts de moins que l'ogre anversois. Il mérite bien sa troisième place!

- De toutes manières, Liège n'avait pas le choix. La Coupe d'Europe est devenue indispensable à sa survie!

- C'est indiscutable. Sans elle, nous avions clôturé l'exercice précédent, au terme d'un championnat de moyenne facture, avec un trou de 15.000.000 de francs. Cette saison, nous serons en boni, grâce aux recettes réalisées lors des confrontations avec Benfica et la Juventus.

- Il n'empêche: le public revient de plus en plus nombreux à Rocourt!

- Nous avons réalisé mercredi une recette supérieure à cinq millions. C'est le meilleur score jamais atteint en championnat depuis des années. Vingt-cinq mille spectateurs payants, c'est ce que nous avions à peu près attiré, aussi, voici deux ans, en demi-finale de la Coupe de Belgique, face à Anderlecht. Et, cette saison, lors de la venue de la Juve. La seule déception, nous l'avons enregistrée tout récemment lors de la visite d'Anderlecht. Le Sporting n'a pas amené un chat et, ce soir-là, nous avons fait moins bien que par le passé. Mais en moyenne, nous sommes en hausse constante. En 87-88, celle-ci était de 36 pour cent par rapport à l'exercice antérieur. Et cette année, nous progressons encore de dix pour cent! Lors des derbys de la dernière décennie, les supporters du Standard étaient majoritaires. Je crois objectivement que ce n'était plus le cas ce mercredi. Et ça, c'est une satisfaction énorme pour nous. A la réflexion, je me dis que le FC Liégeois émarge à l'inconscient collectif de la Cité ardente. En 1896, notre club a conquis son premier titre national, suivi de trois autres sacres au début de ce siècle. Chacun, dans notre principauté, doit avoir un arrière grand-père ou un grand-oncle qui a connu ces moments héroïques. Une autre génération a vécu les «golden fifties» de Rocourt. Notre réussite actuelle titille les vieilles fibres familiales. Si, durant quelques années encore, nous occupons le haut du pavé en assurant notre crédibilité sur le plan international, nous aurons définitivement gagné la partie.

- Plus question, dès lors, de fusion?

- Non. Depuis qu'une fée appelée Benfica-Juventus s'est penchée sur notre stade, je suis décidé à ne plus évoquer ce sujet. Nous allons aller de l'avant. Transformer notre stade. Et consolider l'effectif actuel.

- Sous le nouveau label RFC Liège...

- Je me suis aperçu, lors des premiers tours de tirages au sort effectués à Zurich ou à Genève, que la plus grande confusion régnait au moment où sortaient de l'urne les noms des 124 engagés. Certaines villes comme Prague, Salonique, Bucarest ou Sofia, pour ne citer que celles-là, sont parfois représentées par trois clubs. Les dénominations sont telles que beaucoup ne peuvent les identifier. J'ai été frappé, quand je me suis rendu à Benfica, de la difficulté rencontrée par nos amis portugais à prononcer le nom de notre club. Liège, en revanche, ça coule de source. C'est plus facile à mémoriser. C'est plus représentatif, aussi, d'une ville, d'une région, d'un pays. Nous avons ainsi procédé à un sondage auprès de nos supporters afin d'obtenir leur accord pour transformer le FC Liégeois en R.F.C. Liège. A 98 %, ceux-ci nous ont donné le feu vert. Le C.A. a officialisé ce choix et demandé sur-le-champ à l'URBSFA d'entériner ce changement.

- Il reste à préparer la saison prochaine...

- Notre volonté est de présenter au public, dès cet été, une équipe plus compétitive encore. L'entraîneur, Malbasa, Quain et Ernès ont resigné. Wegria, de Sart, Quaranta et Stojic se tâtent. Qu'ils sachent une chose: je ne céderai pas à la pression. J'entends qu'à Rocourt chacun soit sur un pied d'égalité. En accord avec Robert Waseige, nous avons établi des critères de référence. Un Boffin doit être traité de la même manière qu'un Houben. Autre exemple: nous offrons à Quaranta, qui n'a jamais été international mais qui, pendant dix ans, a rendu de grands services au club, les mêmes avantages que ceux accordés à Dany Veyt. Raphaël doit savoir qu'il ne placera pas la barre plus haut. Le cas de Stojic est quelque peu différent dans la mesure où le Yougoslave peut contractuellement partir pour une somme qui ne correspond pas à son talent. Nous sommes prêts à consentir un effort important en sa faveur mais il est tout à fait exclu qu'il touche chez nous un salaire à la française. S'il part, il sera remplacé par un gardien belge. Et un international étranger de tout gros calibre, joueur du champ, rejoindra alors nos rangs. Nous avons déjà son accord!

Propos recueillis par

JEAN-LOUIS DONNAY.