ANDRE VANDERNOOT EST MORT A 64 ANS IL RACONTAIT LA MUSIQUE AUX ENFANTS

André Vandernoot est mort à 64 ans

Il racontait la musique aux enfants

André Vandernoot est décédé, mercredi soir, à l'âge de soixante-quatre ans, des suites d'une hémorragie cérébrale qui l'avait frappé il y a une quinzaine de jours, alors qu'il allait terminer sa carrière de chef à l'Orchestre Symphonique de la RTBF qu'il dirigeait depuis 1987.

Quels souvenirs garderons-nous de Vandernoot, né à Bruxelles en 1927? L'image d'un homme, bon vivant certes, qui n'avait pas peur d'élever la voix pour se faire entendre. Un homme qui ne craignait pas d'asséner des (ses) vérités, au risque de se mettre à dos ceux qui pouvaient ou auraient pu servir sa carrière. En 1964 déjà, il dénonçait dans nos colonnes les vicissitudes de l'enseignement musical en Belgique, sans hésiter à tirer à boulets rouges sur les institutions... Et une telle attitude ne peut qu'engendrer des inimitiés dont André Vandernoot a dû triompher. Avec lui, la musique n'adoucissait pas toujours les moeurs...

S'il était l'homme des réquisitoires et des formules cinglantes - Il faut fermer les conservatoires!, L'Orchestre national de Belgique est un malade qui n'attend plus qu'un miracle!, ou encore Pour être bon en radio, il faut être excellent; pour être bon en télévision, il suffit d'être passable! -, il était aussi celui de la pédagogie: nombre de générations d'adhérents aux Jeunesses Musicales furent séduites par sa «Musique racontée aux enfants», cycle qu'il devait encore assurer dans les mois à venir. Et lorsqu'on l'entendait, le dimanche après midi, sur les antennes de la RTBF, il mettait les chefs-d'oeuvre de la musique à la portée de tous, avec ce bon sens, cette simplicité, et ce côté guoguenard qui le caractérisaient, émaillant son propos de calembours dont il avait le secret et d'anecdotes dont il se délectait.

Mais André Vandernoot, ce fut aussi le Théâtre Royal de la Monnaie et le Ballet du XXe siècle. En 1960, avec Maurice Huisman et Maurice Béjart, il fut l'un des artisans de la renommée nouvelle de l'Opéra national. Un souvenir entre mille: la «IXe Symphonie» de Béjart qu'il dirigea à Forest-National, et «Le Sacre du Printemps» avec le XXe Siècle en tournée.

Les symphonies de Beethoven du reste demeureront, tout au long de sa carrière, l'un de ses chevaux de bataille. Comme récemment encore, les «symphonies» et les «concertos» de Mozart.

C'est comme flûtiste à l'Harmonie Royale de Watermael-Boitsfort qu'il fit ses débuts de musicien, mais son intention réelle a toujours été de diriger. Non, il ne venait pas d'une famille de musiciens! Oui, il ne commença son apprentissage de chef d'orchestre qu'à l'âge de vingt-quatre ans, mais tout gosse il rêva de conduire un orchestre, comme un gamin rêve de devenir astronaute ou conducteur de tram. Ce sont ses propres mots.

Après des études à l'athénée d'Ixelles («latin-maths»), au Conservatoire Royal de Bruxelles et à Vienne où il travailla pendant deux ans avec Swarowsky, il occupa plusieurs postes importants et dirigea les grandes formations belges: l'Orchestre National de Belgique, l'Orchestre de l'Opéra Royal des Flandres, la Philharmonie d'Anvers. Et chez nos proches voisins, il fut nommé à la tête du «Noordhollands Philharmonisch Orkest».

En 1956, un confrère écrivait à son propos: Le vin du succès n'est pas monté à la tête de Vandernoot, grand garçon athlétique qui semble taillé pour brasser les masses orchestrales, et qui, à vingt-neuf ans, est déjà chef permanent de l'Orchestre de Chambre du Wiener Symphoniker... Cet orchestre fondé par Herbert von Karajan.

Et c'est vrai: son imposante silhouette était familière aux publics divers des concerts, mais aussi son sens inné de la communication, ce ton direct, ce contact immédiat et cette générosité qui saisissait la musique à bras le corps. Populaire, il l'était: ses envies didactiques le poussaient vers un public très large. Orpheline, «La Musique racontée aux enfants» l'est maintenant: aux enfants, dans la grande salle du Palais des Beaux-Arts, il aimait faire chanter «L'Hymne à la Joie». Incontestablement, ce sont dès aujourd'hui les étoiles qui en profiteront.

CHARLES PHILIPPON

Les funérailles auront lieu le mercredi 13 novembre à 15 h au crématorium d'Uccle.