ANDREI SINIAVSKI EST MORT CE MARDI A PARIS DU GOULAG A L'EXIL :LE CHEMIN D'UN DISSIDENT

Andrei Siniavski est mort ce mardi à Paris

Du goulag à l'exil : le chemin d'un dissident

La disparition de la peur est le plus grand changement en Russie... C'était en 1989 et le constat venait d'un témoin et expert. Le romancier et critique littéraire Andrei Siniavski, prisonnier du goulag, acteur d'un moment crucial dans l'histoire du combat contre le communisme, exilé en France depuis 1973, était alors, pour la première fois, retourné dans son pays. Ce constat n'a cependant pas suffi : Siniavski est resté en France où il vient de mourir ce mardi à 71 ans.

Figure emblématique de la dissidence soviétique des années soixante, Siniavski, avait été, en février 1966, avec son ami l'écrivain Youli Daniel, le héros du premier grand procès politique de l'époque post-stalinienne. Arrêté en pleine rue à Moscou par le KGB, en septembre 1965, Siniavski est condamné à sept ans de camp à régime sévère pour avoir publié sous un pseudonyme des ouvrages à caractère anti-soviétique. Youli Daniel, condamné à cinq ans, avait choisi de rester en URSS où il est mort en décembre 1988.

Leur procès, officiellement «public», mais qui n'a pu être suivi par aucun correspondant étranger, fut particulièrement significatif et à plusieurs titres.

Il avait, d'une part, démontré les limites de l'«efficacité» du KGB. En effet, Siniavski avait écrit, sous le pseudonyme d'Abram Tertz (nom d'un brigand juif, héros d'une ballade ukrainienne), des ouvrages où, dans un style satirique, grotesque et fantastique, il critiquait le totalitarisme soviétique. Les faisant paraître, une première, en Occident.

Ainsi, la toute première version de son essai très corrosif «Qu'est-ce que le réalisme soviétique», est publié par « Kultura», la maison d'édition des émigrés démocratiques polonais à Paris. Or, le KGB aura cherché pendant cinq longues années qui se cachait derrière le nom de Tertz avant de pouvoir arrêter l'écrivain.

D'autre part, ce procès avait marqué la fin de la relative libéralisation du régime, accordée sous Nikita Khrouchtchev, après un quart de siècle de dictature de Staline. Mais le courage et la condamnation des deux écrivains devaient déclencher le premier mouvement de contestation ouvert, donner naissance à ce qu'on a appelé la dissidence et le «samizdadt», l'édition clandestine.

Enfin, le procès a suscité en Occident un mouvement de solidarité avec les réprimés en URSS. Et le réveil de lucidité sur la vraie nature du régime soviétique. Certes, il faudra encore des longues années avant que le système n'agonise, mais sans le courage des «Abram Tertz», son agonie aurait été beaucoup plus longue. Et plus coûteuse.

P. Ml