Anne Malherbe

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 4 min

Il était une fois une jeune fille belge de Namur, qui partit étudier l'éducation physique à Louvain-la-Neuve. Elle choisit de s'installer dans le kot « Carrefour » qui accueille aussi des étudiants étrangers. Elle y rencontra un beau brun au sourire ravageur et au charme exotique, venu d'Equateur. Deux ans après, ils se marièrent, s'installèrent en Equateur et eurent trois enfants. Les années passèrent et le beau jeune homme devint président de la République, et sa femme « primera dama » de ce beau pays.

Ce conte de fées, c'est, très schématiquement, l'histoire d'Anne Malherbe et de Rafael Correa, président d'Equateur depuis le 15 janvier. « Quand Rafael étudiait à Louvain-la-Neuve, il nous disait déjà qu'il voulait devenir président d'Equateur, qu'il y avait trop d'injustices là-bas. Anne était prévenue ! » raconte Isabelle, une de leurs amies belges.

Mais la vie du couple n'a rien eu d'un long fleuve tranquille. « Quand nous nous sommes installés à Quito, raconte Anne Malherbe, Rafael a travaillé comme chef financier du ministère de l'Education. Il est tombé sur plusieurs cas de corruption, qu'il a dénoncés. Il a été mis à la porte ! Il a ensuite trouvé un poste à l'Université San Francisco. Moi, je travaillais comme professeur d'éducation physique dans une école privée. Il a demandé et obtenu une bourse pour faire un doctorat aux Etats-Unis. Nous nous y sommes installés en 1997 pour quatre ans. Il est ensuite retourné à l'Université San Francisco à Quito, et moi j'ai été engagée comme institutrice à l'Ecole française. Il a commencé à se réunir avec un petit groupe d'amis pour discuter politique. Ils étaient très opposés au système. Un jour, le président lui a demandé de devenir ministre de l'Economie. Il n'est resté que trois mois: on n'aimait pas sa manière de voir les choses. »

Rafael Correa veut alors retourner à son Université : refus. Dans cette université de droite, ses idées de gauche font tache. « Il est rentré très déçu le soir à la maison. Et le lendemain matin, il décidait de poser sa candidature pour les présidentielles ! » sourit Anne Malherbe. La suite de l'histoire est plus connue : une campagne intense, un groupe d'amis et de supporters qui s'élargit de jour en jour, une cote de popularité qui ne cesse de grimper, et enfin, la victoire lors du deuxième tour, fin 2006. Et une vie de famille bouleversée. Gardes du corps jour et nuit, plus de sortie sans escorte. Anne décide d'arrêter de travailler en janvier. « Mon travail me manque, c'est dur d'être à la maison, surtout que, avec les mesures de sécurité, je dois demander la permission de sortir. J'ai l'impression d'avoir 5 ans ! Mais il fallait bien, notamment pour aider les enfants à s'adapter à tous ces changements. Les grandes (11 et 13 ans) comprennent ce qui se passe, mais pour le petit (4 ans), c'est vraiment très étrange. Je veux d'ailleurs recommencer à travailler en septembre. »

La douce Anne prend les choses avec philosophie, mais s'est montrée intraitable sur certains points : « Nous avons décidé de rester dans notre maison. Pas question d'aller s'installer à Carondelet, la résidence officielle. C'est impraticable avec des enfants, il y a des gardes devant chaque porte. Rafael a son bureau là-bas. Nous allons y déjeuner en famille plusieurs fois par semaine. Rafael travaille énormément, on ne le voit pas beaucoup, mais beaucoup plus que pendant la campagne. C'était très dur. Maintenant, ses dimanches sont réservés à sa famille, et il voit un peu les enfants le matin, peut parfois les conduire à l'école. »

Normalement, en Equateur, la femme du président joue un rôle important. Elle doit par exemple gérer l'INFA, un fonds de 90 millions de $ destiné à des oeuvres sociales. « Ce fonds a toujours été miné par la corruption. Je ne voulais pas rentrer là-dedans, ce n'est pas mon domaine. Rafael a donc modifié le système. J'assume mes fonctions de primera dama quand il le faut vraiment. Mais je n'aime pas laisser les enfants seuls. »

Anne a obtenu d'autres changements : par exemple, plus question de fermer les magasins pour elle seule quand elle fait ses achats ! « L'autre jour, j'ai pris mon tournevis et j'ai démonté tout le système d'alarme interne qu'on était venu nous installer. C'était invivable, et peut-être truffé de micros. C'était censé nous protéger contre une incursion des militaires. Mais ce sont eux qui gardent la maison ! S'ils veulent rentrer, ils rentreront. » On sent poindre l'inquiétude : « Je sais que Rafael est menacé : il dérange trop d'intérêts particuliers. Mais je ne pense pas qu'on oserait s'en prendre à sa famille. »

P.15 l'effet Correa

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