Tempête au Palais grand-ducal Luxembourg Depuis plusieurs jours des rumeurs empoisonnent la vie de la cour grand-ducale La grande-duchesse Maria Teresa se rebelle

Tempête au Palais grand-ducal

Luxembourg

FRÉDÉRIC DELEPIERRE

La fête nationale luxembourgeoise de ce dimanche risque d'être mouvementée. Lundi 10 juin, la grande-duchesse Maria Teresa a convoqué une quinzaine de rédacteurs en chef luxembourgeois au Palais. Elle leur a dit qu'il va se passer quelque chose dans les prochains jours tout en leur demandant de garder le secret sur ce qu'elle avait à leur dire. Depuis lors, tous se taisent mais rongent leur frein. Deux d'entre eux ont accepté de témoigner anonymement au « Soir ».

Elle m'est apparue rongée de désespoir, dit l'un d'eux. Je n'ai jamais vécu une chose pareille, c'est surréaliste. Tandis que l'autre embraie : C'était archipénible. Elle a pleuré durant une heure et demie. Mais tous deux sont d'accord pour considérer que l'attitude de la souveraine et les propos qu'elle a tenus risquent d'avoir des conséquences sur l'institution.

Et les deux rédacteurs en chef d'étayer leurs propos. Devant eux, Maria Teresa a exposé tous les griefs qu'elle nourrit à l'encontre de sa belle-mère, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte, la soeur d'Albert II. Elle affirme que l'ancienne souveraine la déteste et veut briser son mariage avec le grand-duc Henri. Sa belle-mère lui prêterait aussi l'intention de quitter le pays pour rentrer à Cuba, son pays d'origine. Ce qui, dit-elle, est faux.

Au Grand-Duché, l'affaire fait du bruit. Elle a même été évoquée par le Premier ministre à l'issue d'un conseil des ministres. Au Palais, on s'abstient de tout commentaire et on prépare la fête.·

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Luxembourg Depuis plusieurs jours des rumeurs empoisonnent la vie de la cour grand-ducale

La grande-duchesse Maria Teresa se rebelle

Maria Teresa se dit harcelée par sa belle-mère, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte. Elle accuse notamment cette dernière d'avoir répandu des bruits sur l'infidélité du grand-duc Henri et de faire accroire le désir de sa bru de rentrer à Cuba.

FRÉDÉRIC DELEPIERRE

La veille de la fête nationale, la population luxembourgeoise s'interroge sur les motivations qui ont poussé Maria Teresa à sortir de sa réserve. Lundi 10 juin, la grande-duchesse de 46 ans avait convié les rédacteurs en chef des 15 principaux médias du pays à une conférence de presse, au Palais. Une séance d'information un peu particulière, puisqu'il est demandé aux journalistes de ne rien dévoiler de la discussion. Certains le journal satirique le « Feier Krop », notamment, dont le rédacteur en chef n'était pas de la réunion n'ont cependant pu résister. D'autres médias ont ensuite embrayé discrètement. Depuis, les langues se délient.

Au début de la rencontre avec Maria Teresa, témoigne un rédacteur en chef présent ce lundi-là, le grand-duc Henri a brièvement pris la parole avant de s'éclipser. Il tenait à signaler qu'il avait toute confiance en son épouse. Et pourtant, ce que la grande-duchesse luxembourgeoise avait à exprimer n'était pas tendre pour la famille du chef de l'Etat. C'était archipénible, ajoute le journaliste. D'ailleurs, elle a pleuré durant une heure et demie.

Faisant référence à des rumeurs incessantes, Maria Teresa a expliqué que s'adresser à la presse contribuerait à remettre de l'ordre dans son existence. La grande-duchesse a affirmé que sa belle-mère, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte (soeur du roi Albert II), montait une intrigue contre elle et qu'elle cherchait à lui nuire.

C'est ce que rapporte aussi un ex-journaliste du « Lëtzebuerger Land », un sérieux hebdomadaire grand-ducal, alors que le Palais s'est refusé à tout commentaire. Lors de son point presse, Maria Teresa a affirmé que sa belle-mère avait répandu la rumeur selon laquelle le grand-duc Henri a une liaison avec l'actuelle ministre des Affaires étrangères et ancienne bourgmestre de Luxembourg-ville, déclare cet ancien journaliste aujourd'hui collaborateur d'un parti politique. La grande-duchesse a aussi attribué à sa belle-mère l'origine des propos selon lesquels elle désirait rentrer à Cuba, son pays d'origine. Elle a ajouté que sa belle-mère prétendait que les services de sécurité grand-ducaux seraient venus la rechercher plusieurs fois à l'aéroport.

Elle s'est bien rendue une fois à Cuba, poursuit cependant le rédacteur en chef, mais c'était pour soutenir un proche gravement malade. Et le journaliste d'ajouter que cette visite rendue par la grande-duchesse Maria Teresa était un voyage officiel qui a d'ailleurs fait l'objet de reportages dans les médias. Pour le reste, elle s'est rendue une fois à Miami dans sa famille...

Il semble ainsi que les relations soient tendues au sein de la famille grand-ducale. Mais selon le rédacteur en chef, tout ceci ne serait que malentendu et maladresse. Maria Teresa n'est pas entourée des meilleurs conseillers en communication de la place luxembourgeoise. Si elle a agi de la sorte, ce serait uniquement par crainte de voir ses problèmes relayés dans la presse étrangère...

Au Luxembourg, on se demande en effet pourquoi Maria Teresa a agi de la sorte, constate l'ancien journaliste devenu conseiller politique. Tout cela ressemble à un petit dérapage qui n'aurait pas dû dépasser le stade du conflit familial. Mais que l'on ne s'y trompe pas, il n'entre pas dans les intentions de la grande-duchesse de jouer les Lady Di.

Cependant, pour le rédacteur en chef présent le 10 juin, les problèmes entre les deux premières dames du pays ne dateraient pas d'hier : Joséphine-Charlotte n'a tout simplement jamais accepté cette bru qui n'a pas de sang bleu dans les veines. Maria Teresa prétend d'ailleurs que Joséphine-Charlotte la surnomme « la petite Cubaine ». De son côté, Maria Teresa surnomme sa belle-mère « la fille du Roi ».

La présence du grand-duc Henri au début de la conférence de presse n'étonne pas outre mesure les observateurs luxembourgeois. Le grand-duc n'a jamais eu de contacts très intenses avec ses parents. Il n'est donc pas surprenant qu'il prenne la défense de son épouse. Et un second rédacteur en chef présent à la conférence de presse d'argumenter : Lundi, Maria Teresa a affirmé que tous ses ennuis ont commencé en 1988 dans un château en Belgique. C'était, a-t-elle dit, la première fois qu'elle fois qu'elle voyait son mari pleurer suite aux propos tenus à son égard par sa propre mère.

Dernièrement encore, ajoute ce rédacteur en chef, le journaliste français Stéphane Bern a réalisé un portrait télévisé de Maria Teresa et de Henri. Joséphine-Charlotte lui aurait dit que son fils et sa bru étaient « bêtes » et n'avaient rien à dire. Maria Teresa a rétorqué lundi : « Ils ont cru que je serais sage mais j'ai ma tête ! »

Les observateurs redoutent que la situation ne dégénère en crise institutionnelle. L'affaire préoccupe en tout cas le Premier ministre luxembourgeois qui s'est exprimé à ce propos lors du conseil des ministres. De leur côté, certains hommes politiques s'interrogent sur l'attitude à adopter face à la situation.

Selon un des rédacteurs en chef qui se sont entretenus avec Maria Teresa, la tension actuelle serait née de l'attitude spontanée du couple grand-ducal face à celle plus réservée de ses prédécesseurs. Cette spontanéité plaît incontestablement à la population mais le monde politique semble plus réticent. Il est vrai que Maria Teresa n'a aucune existence légale dans la constitution. Or, elle souhaite s'impliquer davantage dans la vie du pays. Elle a d'ailleurs déjà pris certaines initiatives. Ce fut d'ailleurs le cas lors de l'ouverture de la session parlementaire où elle a accompagné son époux. Ce qui ne s'était jamais fait auparavant. D'aucuns pensent que Maria Teresa pourrait être victime de la jalousie de sa belle-mère qui aurait pris ombrage de la popularité acquise par sa bru depuis son intronisation.·