Aubechies - Léonce Demarez a inauguré la reconstitution d'une villa gallo-romaine L'archéosite a recréé le « clé sur porte » de l'Antiquité Des colloques à la santé d'Apicius

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Aubechies - Léonce Demarez a inauguré la reconstitution d'une villa gallo-romaine

L'archéosite a recréé le « clé sur porte » de l'Antiquité

ALEXANDRE VALÉE

La barbe toujours fleurie, l'oeil vif et la mémoire infaillible, Léonce Demarez dissimule ses septante printemps sous un masque spontané et rieur. C'est que le créateur de l'archéosite d'Aubechies (Beloeil) est versé dans l'art de jongler avec les années, les siècles même. Samedi, il inaugurait avec bonheur et soulagement un maillon supplémentaire du parcours historique de l'archéosite. Et quel maillon ! Fruit de près de sept années de labeur, la villa gallo-romaine érigée à Aubechies fait figure d'exemple, à tous points de vue. Un miracle de persévérance, d'abord. Nous l'avions imaginée en 1996, alors que nous venions d'ouvrir le fanum (NDLR : temple gallo-romain du Ier siècle de notre ère), explique Léonce Demarez. Mais nous n'avions pas les moyens de reproduire les villæ comme celles mises au jour dans la région, dont la largeur dépasse parfois cent mètres. Le budget limité de l'archéosite a poussé la recherche jusqu'à Mayen, non loin de Cologne. C'est là que l'archéosite a déniché les plans d'une villa gallo-romaine de 28 mètres sur 17, datant probablement du IIe ou IIIe siècle après Jésus-Christ. Il s'agissait sans doute d'une de ces fermes léguées par l'Empire à un colonel ou à un général romain en retraite.

L'habitat de la gaule septentrionale était plus rural, agraire.

Chantier exemplaire d'archéologie expérimentale, ensuite, la villa est faite de toutes les techniques d'époque : parement en moellons de grès landénien (grès de Grandglise) retrouvés sur des chantiers de fouille, mortier de chaux romain, couverture en tuiles (« tegulae »), sol en mortier poli et décoré de mosaïques, fresques murales dessinées à l'aide de pigments minéraux...

Hormis l'éclairage électrique (en appoint des lampes à huile), peu de concessions ont été faites à la modernité. Le chauffage des lieux est bien entendu assuré par le célèbre hypocauste - chauffage par le sol qui revient à la mode dans les constructions contemporaines, sourit Léonce - et les thermes tièdes (« tepidarium »), fonctionnelles, affichent après quelques heures une température confortable de 28 degrés !

Réalisée à plus de 80 % sur fonds propres, la villa gallo-romaine a une valeur estimée à près de 500.000 euros. Pour rentabiliser l'investissement, l'ASBL la proposera aux sociétés désireuses d'organiser banquets (lire ci-dessous), colloques ou conférences. Un cadre exceptionnel qui fait déjà l'admiration d'archéologues italiens. Des amis romains m'ont confié que cela n'existait pas chez eux, et que celui qui y penserait ferait fortune ! Ce n'est assurément pas le but de Léonce Demarez, qui remettra encore l'ouvrage sur le métier d'ici quelques jours : une galerie bordée de colonnades devrait prochainement compléter le temple. Et la collection du musée de Blicquy devrait être étoffée et remise en valeur dès cet hiver.·

Les 18 et 19 octobre de 14 à 18 h, ouverture au public de la nouvelle reconstitution. Infos : 069/67.11.16.

Des colloques à la santé d'Apicius

Unique, l'archéosite d'Aubechies l'est incontestablement. Les conférences qui seront organisées dans la villa le seront aussi. Dans le respect de l'authenticité voulue par le maître des lieux, l'on pourra y agrémenter les événements de mets typiques de l'époque romaine. C'est sur base de quelque 600 recettes du cuisinier de l'empereur Tibère (25 avant J-C), Marcus Gavius Apicius, que les repas seront concoctés. Il en a créé plus de 2.000, certaines sont parvenues jusqu'à nous, explique Léonce Demarez, qui avoue avoir pioché dans l'ouvrage que l'archéologue Nicole Blanc a dédié aux inventions culinaires d'Apicius. Les ingrédients rappellent tous l'origine méditerranéenne de la cuisine romaine antique : viandes fumées, figues fraîches, rougets, patina de poires, le tout arrosé d'un vin de l'époque, le « Turricula ». Un ami a reconstitué un vignoble à Beaucaire. Il y produit ce vin blanc à l'eau de mer, ainsi que le « Mulsum », un rouge miellé et résiné. Outre ces nectars, les épices et plantes aromatiques remises au goût du jour dans les jardins rappelleront aux convives qu'il convient d'adapter son palais aux saveurs d'antan.

Pour la petite histoire, Marcus Gavius Apicius, ruiné par ses somptueux banquets, s'est suicidé en s'empoisonnant ! Immortalisé dans le long métrage de Roland Joffé, François Vatel, intendant du prince de Condé, avait beaucoup inventé dans la gastronomie française du XVIIe siècle... mais rien dans la manière de quitter la table !·

A.V.

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