Automobile - Plusieurs filières permettent de se débarrasser d'un véhicule en bout de course Une épave et quelques sous

Automobile - Plusieurs filières permettent de se débarrasser d'un véhicule en bout de course

Une épave et quelques sous

* Dépolluer et traiter les carcasses de voitures est devenu une priorité. Le consommateur ne devrait pas mettre la main au portefeuille pour les recycler.

BENOÎT JULY

Il arrive encore aujourd'hui qu'au détour d'un chemin de campagne, on découvre un amoncellement de carcasses de voitures rouillées, posées là comme autant d'injures au paysage et à l'environnement. Une image condamnée à disparaître ? On peut l'espérer. Car, plutôt que de commettre une infraction en abandonnant son épave en pleine nature ou aux mains de démolisseurs non agréés, le particulier dispose aujourd'hui de plusieurs filières pour se débarrasser d'un véhicule parvenu en fin de carrière.

Le premier circuit, à vrai dire, ne fait que reporter le problème. Il s'agit en effet de s'adresser à un marchand pour tenter de retirer quelques centaines d'euros d'un véhicule en bout de course, âgé d'une dizaine d'années ou davantage. La destination est connue : les pays en voie de développement où ces véhicules reçoivent certes une seconde vie mais où, in fine, rien n'est réglé sur le plan de la protection de l'environnement.

Cette filière « exportation » reste cependant, à ce jour, de loin la plus importante. Sur les quelque 400.000 véhicules retirés de la circulation en Belgique chaque année, la toute grosse majorité (de l'ordre de 225.000) prend la direction de l'étranger.

Si le véhicule ne trouve plus preneur sur le marché de l'occasion, son propriétaire peut néanmoins le valoriser lors de l'achat d'un véhicule de remplacement, en particulier auprès d'un concessionnaire. La plupart des constructeurs offrent diverses primes de reprise dont les appellations diffèrent mais dont les montants sont comparables : entre 500 et 1.000 euros.

Le consommateur soucieux du respect de l'environnement peut avoir la certitude que ces véhicules seront intégrés dans une filière de recyclage agréée, commente Paul Vertbois, directeur des relations extérieures de Renault Belgique. Le concessionnaire ne peut en effet obtenir le remboursement de la prime versée au particulier qu'en nous présentant un certificat délivré par un centre de recyclage agréé.

Chez Renault, on estime à environ 9.000 le nombre de véhicules intégrés par ce biais dans une filière de recyclage, sur un total d'environ 60.000 ventes annuelles de voitures neuves frappées du losange - cette proportion relativement faible se justifiant par le fait que beaucoup de consommateurs remplacent leurs voitures après 4 ou 5 ans, soit bien avant qu'elles aient atteint le stade d'une épave.

A défaut d'acheter du neuf, le propriétaire peut décider de remplacer sa vieille voiture par un véhicule d'occasion. Ici encore, ce propriétaire a intérêt à bien négocier un prix de revente pour son épave, sachant qu'à l'heure actuelle, vu le prix de la ferraille, même une toute vieille guimbarde conserve une valeur. Quoi qu'il advienne, le vendeur professionnel est en principe tenu de reprendre l'ancien véhicule lors de la vente et de l'intégrer dans une filière de recyclage agréée, sauf si lui-même parvient à le revendre.

Il peut arriver, enfin, que le propriétaire ne souhaite pas remplacer sa vieille voiture par une autre (neuve ou d'occasion) et que, n'étant pas parvenu à la revendre, il souhaite tout simplement s'en débarrasser proprement. Dans ce cas, une solution s'offre encore à lui : il lui suffit de se rendre dans un centre de reprise agréé (il y en a une trentaine en Belgique) et d'y déposer son véhicule afin que celui-ci soit dépollué, démantelé et recyclé dans les règles. A partir du 1er janvier 2006, il pourra même pour ce faire passer par un vendeur de voitures, sans lui acheter quoi que ce soit, dans la mesure où ce dernier sera en principe tenu par une obligation de reprise.

Quoi qu'il advienne, personne ne peut se contenter aujourd'hui de conserver une épave chez lui, ni bien entendu envisager de l'abandonner au bord d'une route. Tout véhicule devenu véritablement « hors d'usage », par exemple un an après l'expiration de la date de validité du certificat de contrôle technique, doit en effet intégrer une filière de recyclage agréée.

Selon Febelauto, un organisme créé par douze fédérations professionnelles représentatives de la distribution automobile, des entreprises de démolition et de recyclage, entre autres, chargé de gérer en quelque sorte le circuit dans notre pays, quelque 70.000 véhicules ont été effectivement recyclés (à hauteur de 79 % de leur poids) en Belgique l'an dernier. Ce qui correspond à environ 40 % de l'objectif souhaité pour la mi-2006 : environ 175.000 véhicules devraient alors pouvoir faire l'objet d'un traitement approprié.

Que manque-t-il pour atteindre cet objectif ? Essentiellement que les régions qui sont compétentes en la matière renforcent leurs contrôles, voire leur législation, dans ce but. Selon Febelauto, il faudrait en effet parvenir à mettre en place un véritable système de traçabilité permettant d'assurer un suivi des véhicules, à partir de leur première immatriculation jusqu'à l'octroi de leur certificat de destruction ou leur éventuelle exportation. Car, en l'état, il suffit que le propriétaire d'un véhicule en transfère la propriété à autrui pour être débarrassé de toute obligation à son égard. Ce qui aboutit à des situations ingérables, des véhicules « s'égarant dans la nature » après que leur trace ait été perdue par les services de l'immatriculation...·

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