Aux frontières de notre Belgitude

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Journaliste de la cellule wallonne Temps de lecture: 3 min

Si elle ne réussit pas à surmonter ces haines provinciales, elle finira dans des réserves qu’on viendra visiter comme celle des Indiens. Les touristes iront visiter des Flamands et des Wallons qui continuent à se disputer. Mais à la différence des merveilleux Indiens, ce sera de leur faute. »

Folon hante, depuis dix ans et pour toujours, la frontière de la Belgique. Dans sa Fondation à La Hulpe, on peut actuellement redécouvrir cette « campagne de dérision » qu’il avait lancée avec ses amis Pol Bury et Pierre Alechinsky (1) à l’occasion du 150e anniversaire de notre pays, sous l’égide du « Daily Bul ». Les trois « Belges de Paris » revendiquaient ainsi leur droit de vote que leur interdisait alors le statut de Belges résidant à l’étranger.

Cette Belgitude, les trois artistes vont l’exprimer à leur manière. Retravaillée en biographies insolentes par Pol Bury. Ce dernier, que l’on découvre via ses sculptures et ses fontaines qui font basculer le temps dans leurs mouvements aléatoires, se disait lui-même membre des « Joyeux Boute-en-Train, d’où il sera exclu pour déviationnisme ». Pierre Alechinsky se montre ici notamment avec son travail sur les gilles, loin de cette « vaste peinture à l’huile et au vinaigre à la gloire du Chicon cuit au four avec du jambon et gratiné 20 minutes ». Quand à Jean-Michel Folon, l’œuvre que l’on redécouvre est loin de refléter « le besoin de frites qu’éprouve au soir le travailleur après une journée de travail bien remplie ».

Folon, Bury, Alechinsky, les « FAB Three » comme on aurait pu les appeler, voilà qui sonne en tout cas juste pour les dix ans d’une Fondation. Paola Folon, la veuve, n’en revient toujours pas d’être installée dans « un des endroits les plus beaux du monde. Le jour du vernissage, Folon se demandait si quelqu’un allait venir ici. Et grâce au pouvoir de la presse, il y avait eu du monde. C’était presque miraculeux... »

Presque 600.000 visiteurs

En dix ans, ce sont « presque 600.00 visiteurs » qui sont entrés dans son grand livre, entretenu par une fondation privée, qui emploie neuf personnes : « Rien que pour l’entretien et le nettoyage, c’est 40.000 euros par an… » Alors, pour faire vivre l’édifice « auquel on ne va pas toucher puisque c’est Folon lui-même qui l’a scénarisé et qui l’a modifié deux ans après son ouverture, notamment pour créer cette image de l’infini avec ses affiches », viennent d’être créés les « Amis de la Fondation Folon » pour trouver les fonds nécessaires : « La Région nous aide pour des événements, mais nous devons trouver des sponsors pour le reste. »

Et Folon de surprendre encore avec cette Campagne de dérision : « On découvre chaque jour des choses nouvelles, nous vivons une époque dangereuse, imprévisible, exaltante. Et l’on ne parle que de volontés politiques de reconnaissances régionales, qui mènent à toutes les violences. Pour moi, ces querelles de langues mènent la Belgique vers un avenir fermé. » Pierre Alechinsky se voyait alors « ministre du calembour », Pol Bury, « ministre des organes culturels » et Jean-Michel Folon, « ministre des utopies définitives ». Et si on les avait laissés gouverner ?

(1) Jusqu’au 31 octobre, tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 18 h, 6A, drève de la Ramée. Paf : 5 euros (10 euros avec le musée). Tél : 02-653 34 56.

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