AVEC LES VICTOIRES DE LA MUSIQUE, CABREL,SOUCHON ET GAINSBOURG IRONT AU PARADIS

Avec les Victoires de la musique, Cabrel,

Souchon et Gainsbourg iront au... Paradis

Même si ce palmarès, plus que tout autre, n'a guère de valeur, il nous faut rappeler à ceux qui aiment ça que Francis Cabrel avec trois Victoires, Alain Souchon avec deux et le couple Gainsbourg-Vanessa Paradis avec une présence remarquée sont les vainqueurs de cette cinquième édition de la fête annuelle de l'industrie française du disque. En attendant les Grammy Awards américains du 21 février...

La remise annuelle des Victoires de la musique française étant celle qui affiche toujours le plus grand absentéisme dans ses propres rangs, on peut se demander s'il ne vaudrait pas mieux considérer cette cérémonie comme une émission de variétés guère différente du menu habituel qui nous est infligé par les chaînes de télévision françaises tout au long de l'année.

La cérémonie n'oublie pas le jazz, la musique classique et contemporaine, l'humour et les musiques de film mais ces disciplines sont davantage là pour faire bien, telle une b.a. offerte au téléspectateur endormi qui n'en demande pas tant puisque dans sa grande majorité il n'aime pas ça et préfère voir Elsa ou Patrick Bruel chanter en play-back leur dernier 45-tours. Mais ça vous rallonge une cérémonie et lui donne une certaine classe, faute de crédibilité.

La salle du Zénith, le temple du rock par excellence, était sensée être symbolique mais le spectacle ne fut-il pas réduit à sa plus simple expression avec une mise en scène d'une sobriété qu'on jugerait de crise? Seuls Gainsbourg en smoking, Vanessa Paradis en Lolita à croquer et les Lang et Rocard de circonstance étaient en fête. Pour le reste: les strass, les paillettes et les robes de soirée à l'Adjani... vous repasserez. On n'est pas là pour s'amuser...

Raymond Devos avait bien fait de rester dans son lit pour présider cette soirée même si on ne fit que plus les frais d'un manque d'humour généralisé. On n'a guère ri ce soir. Et tout le monde de s'ennuyer en attendant le bon repas qui devait suivre. Même Gainsbourg n'a pas sorti de vannes, préférant savourer avec son petit sourire et un doigt d'émotion l'hommage rendu par la profession à sa carrière (trente ans et non cinquante comme annoncé par Sardou). La Javanaise est un discours suffisamment éloquent et parvient même à provoquer une première vague de larmes de la petite Vanessa Paradis tout en beauté (même que de mauvaises langues féminines l'accusent d'avoir glissé dans son généreux décolleté quelques pelures d'oignons).

De les voir pour la première fois côte à côte tous les deux, c'est à se demander comment il se fait que notre pervers pépère chéri et pygmalion de service n'ait pas encore écrit une sucette à l'anis pour l'enfant de porcelaine...

Après la Victoire de la révélation en 1988, c'est la Victoire de l'artiste féminine de l'année que reçut la Vanessa (pour un album paru en 1988, tout comme celui de ses compétitrices d'un jour Elsa et Patricia Kaas: il n'y eut donc aucun album potable d'une chanteuse française en 1989?).

Kaas pouvait de toute façon se consoler avec la Victoire de l'album qui s'est le mieux exporté. Dommage que mademoiselle chante sans écrire ses chansons, c'est Barbelivien qui touche les royalties. Par contre, ils furent neuf millions sept cent mille Français à être allé voir en 1989 le spectacle, à Paris et en province, de Michel Sardou mais que voulez-vous, faut pas leur en vouloir, c'est pas de leur faute s'ils sont français...

Y a-t-il un Belge

dans la salle?

Saviez-vous que Quand j'serai K.O. de l'adorable Souchon était la plus belle chanson de l'année écoulée? Vous ne vous en étiez pas rendu compte, non? Vous le faîtes exprès ou quoi? Et la plus belle chanson de la décennie? Devinez: sur deux cent cinquante retenues, Là-bas est arrivée dixième derrière Les Lacs du Conerama, Né quelque part, La boîte de jazz, Nougayork, L'aziza, La langue de chez nous, Evidemment et Marcia Baila qui se place deuxième. On applaudit Voulzy et Souchon pour Belle île en mer, vainqueur catégorie eigh-ties, et nos amitiés à Renaud oublié (qui avait, ceci dit en passant, préféré assister au concert de Daniel Lanois la veille à l'Ancienne Belgique et, comme on vous l'apprend ci-contre, il eut bien raison).

Mais c'est le style Cabrel qui fut le grand vainqueur de la soirée. Via son double (musical) québecois Roch Voisine (le beau gosse à Hélène étant le Communautaire francophone de l'année) et via Francis Cabrel himself qui fit bien de venir pour être sacré artiste de l'année ayant réalisé l'album de l'année et livré le spectacle de l'année. Sympa, il a chanté deux chansons. Vive la force tranquille de la chanson...

Y a-t-il un Belge dans la salle? s'est-on demandé à juste titre. Oui mais pas le bon: Philippe Lafontaine s'est fait remarquer par son absence mais aussi par une Victoire qui précède sa participation au concours Eurovision. Arrêtez, n'en jetez plus. Vous allez nous le foutre en l'air le coeur de loup.

Johnny Clegg, lui, a eu la gentillesse de venir faire la promotion de son nouvel album (qui en aura bien besoin) et de son combat contre l'apartheid que Rocard n'a pas manqué de venir soutenir. Et vive Mandela et vive Frederik de Klerk. Après l'Afrique du Sud, on eut droit à la Bulgarie (et au Mystère de leurs Voix incontournables ces temps-ci) et à l'Allemagne de l'Est (ach, lé temps dé Zerize, ach Pariz, on fa refenir) avec le poète Rolf Bierman.

Pour le reste, signalons à ceux que ça intéresse que les Gipsy Kings ont la Victoire du meilleur groupe, Michel Petrucciani est jazz, Anne Queffeleq est une soliste classique, Carmen par l'Orchestre National de France classique est bien enregistré, Corinne Hermès est la révélation la plus nulle de l'année, Casser la voix est un beau clip (qu'on n'a même pas passé) de Bruel (qui malheureusement a chanté), Gabriel Yared a composé la musique de Camille Claudel, les Inconnus sont les humoristes de l'année, La création du monde est le meilleur truc contemporain et la société X fabrique de jolis haut-bois. Merci pour eux...

T. C.