BALADE A DEUX TEMPS DANS LIEGE LE FILM DE 1956:UN PANORAMIQUE INTIMISTE AU PROGRAMME:DES IMAGES ET DES MOTS

Balade à deux temps dans Liège

Cinquante ans après le tournage des « Rues de Liège», Georges Yu donne une suite au film. Pour confronter le présent de la cité à son passé.

Liège 1956-1996. La balade à deux temps risque d'être instructive. A 40 ans d'intervalle, le réalisateur Georges Yu a promené sa caméra 16 mm dans sa ville. Le constat est fait d'étonnements, écrit-il, de tendresse, d'inquiétudes, de paradoxes et d'ironie.

Tourné en septembre, le second volet du reportage est en cours de montage. La première diffusion est annoncée pour le 13 décembre. D'ici là, une série de rendez-vous sont programmés. Le comité «Rues de Liège» a en effet eu la bonne idée d'enrichir le projet cinématographique d'une série d'expositions de photos (plus de 200 clichés proposés par les membres du cercle Priorité à l'Ouverture) et de la publication d'un journal (tiré à 20.000 exemplaires).

Dans un cas comme dans l'autre, le concept de base est identique : une vision subjective, impressionniste mais citoyenne de la ville, de ses habitants.

«IL ALLAIT FAIRE JOUR»

Réédité sous forme de vidéocassette en 1993, le film de 1956 a immédiatement connu le succès : 2.500 exemplaires écoulés en quelques mois. D'où le projet de tourner une suite, 40 ans après. Le plus dur a été de convaincre Georges Yu, commente son fils, Jean-Christophe. C'est en fin de compte le succès de la réédition et la réaction de beaucoup de Liégeois qui étaient heureux de retrouver enfin un point de vue émotionnel et affectif sur leur ville, qui ont fini par le convaincre de reprendre la caméra.

Quarante ans après les premières prises de vue, le parti pris «idéologique» n'a guère changé : Yu pose le regard d'un promeneur sur sa ville. Mais le constat n'est plus le même. En 1956, rappelle le réalisateur, le citoyen descendait sur la ville pour y travailler. Il agissait, était participant en tant que producteur de biens. C'était à l'aube des golden sixties, on était moins pressé «d'arriver quelque part», fût-ce en rue ou sur le plan social, car au bout du tunnel, «il allait faire jour ».

En 1996, conclut Georges Yu, le citoyen s'est replié sur lui-même. Il arpente les rues tel un consommateur anonyme, désemparé. Le rêve a fait place à l'immédiat.

Fera-t-il encore jour demain ?

RICARDO GUTIÉRREZ

Le film de 1956 : un panoramique intimiste

Liège, 1956. Le paysage de la cité est hérissé de cheminées. Les terrils environnants et les tours à molettes du puits Sainte-Marguerite en attestent : la houille règne encore.

La journée commence à peine. Le peuple de Liège descend sur la ville. Les ouvriers s'engagent dans la cour de l'usine Englebert; les facteurs quittent la Grand'Poste. Même les ménagères contribuent à l'image laborieuse de la cité... Et on rivalise d'ardeur, commente Bob Claessens, et on se charge d'un peu plus de peine encore, survivant une servitude que l'on espérait périmée.

Dans les aubettes, la tombola extraordinaire met en jeu dix Renault Dauphine et dix Vespa. Sur les murs de Liège, les «réclames» vantent la loterie coloniale. Curieusement, des affiches diffusées par l'église catholique y répondent : L'Afrique serait menacée, lit-on, par un esprit de matérialisme athée !

LE BALLET DE SAINT-LAMBERT

Dix ans après la fin de la guerre, la ville conserve les stigmates des bombes volantes. La reconstruction est toujours en cours, dans certaines rues du centre; une victime des camps de torture allemands fait l'aumône; un éclopé traverse...

Place Saint-Lambert, le ballet des transports en commun est incessant. Les grands magasins se livrent à une guerre des slogans : tandis que le tram vicinal de Herstal invite la Liégeoise à faire ses achats «au Bon Marché Vaxelaire-Claes», le trolleybus de Fléron proclame «Une fois au Grand Bazar... Toujours au Grand Bazar».

Visiblement, l'attachement des Liégeois à la France ne date pas d'hier : une banderole annonce la nuit du 14 juillet à la roseraie de la Boverie. Participation aux frais : 10 F. Les rues ne désemplissent pas. L'attirail des gendarmes de l'époque fait sourire. Comme, d'ailleurs, ce prêtre en soutane. Mais au-delà des prises de vues anecdotiques, c'est un peuple que l'on sent vivre. Ce peuple qui, dans la nuit du 3 au 4 août 1312, poussa les nobles dans la basilique Saint-Martin avant d'y bouter le feu... Impitoyablement traités, rappelle Bob Claessens, les Liégeois furent impitoyables.

Mais déjà la journée s'achève. L'allumeur de réverbères entame sa tournée. Ceux qui ont travaillé regagnent les hauteurs. Le soir tombe sur les corons. Le dernier plan montre un mur sombre où on a badigeonné en lettres blanches «Dimin, i fêrê djou». Demain, il fera jour...

R. G.

Au programme : des images et des mots

Un film. La première du film « Les Rues de Liège : balade à deux temps (1956-1996)», de Georges Yu, est annoncée pour le vendredi 13 décembre, à 20 h 30, au cinéma Le Parc (rue Carpay, 4020-Liège). La production est également disponible en vidéo-cassette. Rens. : collectif «Les Rues de Liège», 102, rue Saint-Léonard, 4000-Liège, tél. 04-227.76.78.

Des photos. Quatre expositions présenteront le regard porté sur Liège par une vingtaine de photographes de l'ASBL Priorité à l'Ouverture, en plus de 200 clichés.

Les expos se tiendront au centre culturel des Chiroux (8, place des Carmes, 4000-Liège), du 20 novembre au 13 décembre; à la galerie Paul Renotte (104, rue Saint-Léonard, 4000-Liège), du 22 novembre au 14 décembre; à la Fnac (place Saint-Lambert, 4000-Liège), du 23 novembre au 21 décembre; et à la galerie du Parc (rue Carpay, 4020-Droixhe), du 1er décembre au 2 janvier. Rens. : Francis Cornerotte, tél. 04-226.18.70.

Un journal. Le journal «Les rues de Liège» est diffusé, gratuitement, dans les lieux de dépôt habituels. On y trouve des contributions du poète Jacques Izoard, de la présidente de SOS-Mémoire de Liège, Madeleine Mairlot, des historiens Jacques Stiennon et Marcel Deprez, du critique Patrick Leboutte...