Braine-l'Alleud Les trésors de la Communauté française transférés à Grand-Hornu? Fin de calvaire pour 3.000 oeuvres Grand-Hornu, un site idéal? RÉTROACTES

Braine-l'Alleud Les trésors de la Communauté française transférés à Grand-Hornu? Fin de calvaire pour 3.000 oeuvres

Trois mille oeuvres d'art appartenant à la Communauté française croupissent dans un bunker de Braine-l'Alleud. Elles vont être restaurées puis transférées dans un lieu mieux adapté.

JOËL MATRICHE

L' aspergillus glaucus enfin vaincue? Au lendemain d'une rencontre entre les ministres Richard Miller et Rudy Demotte, respectivement en charge des Arts et des Lettres et des infrastructures culturelles, tout porte à croire que les trois mille oeuvres d'art entreposées par la Communauté française dans un abri atomique de Braine-l'Alleud (province du Brabant wallon), et dont on sait qu'elles résistent de plus en plus difficilement aux assauts de ce champignon microscopique, connaîtront bientôt une amélioration de leur sort.

C'est que la situation est critique: un rapport présenté l'an passé au gouvernement de la Communauté française faisait état d'un tel bric-à-brac dans le bunker que l'accès aux salles où sont entreposées les oeuvres n'était plus possible. Pire, des champignons et moisissures couvraient, à des degrés divers, la plupart des oeuvres entreposées. Outre le risque de prolifération en d'autres milieux, on ne peut exclure un risque pour les personnes , lisait-on encore dans ce document. Et de fait, chaque visite du bunker procède désormais du rituel: port d'un masque et de gants de protection...

Le ministre Richard Miller, s'il tient à exonérer de toute responsabilité des fonctionnaires qui, pour un grand nombre, n'ont fait qu'hériter de ce dossier, confesse que la situation est navrante .

Cet abri n'aurait jamais dû être qu'une solution provisoire, regrette-t-il. Les conditions de conservation sont loin d'être optimales, l'endroit est éloigné de tout et il semble qu'on ne dispose même pas d'un inventaire complet de ce qui se trouve dans cette réserve.

Chaque visite du bunker procède désormais du rituel: port d'un masque et de gants de protection

La solution? Avant toute chose, il faut décontaminer ce patrimoine: des locaux ont été aménagés à cette fin au centre de Bruxelles. S'ensuivra un long et patient travail de restauration (deux années au moins) puis le déménagement de ces oeuvres vers un endroit approprié. Si l'Athénée d'Angleur avait été évoqué en son temps par le ministre - liégeois - Pierre Hazette, le Montois Richard Miller préférerait, lui, investir le Musée des arts contemporains (Mac's) de Grand-Hornu. Avec Rudy Demotte, nous envisageons d'utiliser les caves du musée et celles d'un bâtiment voisin. Un Centre de restauration et de conservation d'oeuvres d'art, le premier du genre en Wallonie, pourrait également être aménagé à proximité du musée. Sans que l'on sache encore par qui et de quelle manière il serait financé. L'important, poursuit en substance le ministre, est de pouvoir montrer ces oeuvres au public. Il y a, en Communauté française, une création contemporaine fort intéressante.

Grand-Hornu, un site idéal?

Conservatrice, avec M. Patriche Dartevelle, des collections de la Communauté française, Ariane Fradcourt est la première à se désoler de l'état de délabrement dans lequel se trouve le bunker de Braine-l'Alleud, la plus importante des réserves d'oeuvres d'art de la Communauté française. L'année dernière, nous avons entrepris un travail de restauration mais faute de moyens et de locaux, nous avons dû abandonner. Toutefois, nous avons trouvé, à Bruxelles, une salle susceptible d'accueillir ces oeuvres le temps de leur décontamination. Elle est maintenant opérationnelle.

C'est dire qu'elle attend avec impatience l'entrée en fonction d'une restauratrice et peut-être, espère-t-elle, d'un historien de l'art.

Pour la suite, elle convient qu'il faut, dans les meilleurs délais, déménager ces oeuvres vers un lieu plus digne. Mais pas n'importe lequel: A Grand-Hornu, c'est encore d'une cave dont il est question. Après ce qui s'est passé à Braine-l'Alleud, on peut s'interroger: est-ce l'endroit idéal?

Rappelant que le Service général du patrimoine culturel et des arts plastiques prête, pour renforcer des manifestations diverses, de deux à trois cents oeuvres par an, elle aurait préféré, pour cette nouvelle réserve, un emplacement plus stratégique: Il est important, que ce soit pour les préparer en vue d'une exposition ou simplement pour les surveiller, que nous puissions avoir un accès rapide aux oeuvres. Les trois autres réserves de la Communauté française sont à Bruxelles, pourquoi ne pas regrouper ces collections plutôt que les disperser?

Enfin, elle n'est pas persuadée que cet apport de toiles et de gravures enrichira vraiment les collections du Grand-Hornu: Le Mac's s'attache à l'art contemporain le plus récent alors que les réserves de la Communauté française rassemblent des oeuvres dont certaines remontent à la fin du XIXe siècle.

RÉTROACTES

Années 50. En pleine guerre froide, construction d'un abri antiatomique à Braine-l'Alleud.

1958. Au lendemain de l'Exposition universelle, le ministère de la Culture dépose les premières oeuvres d'art dans le bunker. Rapidement, tout l'abri est réquisitionné.

1995. La Communauté française devient propriétaire du bâtiment, lequel conserve sa fonction d'entrepôt d'oeuvres d'art.

Décembre 1999. Premier constat des dégâts. C'est probablement une défaillance du système d'air conditionné qui est à l'origine de la prolifération de deux champignons, l' Aspergillus glaucus et l' Aspergillus restrictus. Un premier inventaire fait état de deux cents oeuvres endommagées sur les trois mille qui sont entreposées à Braine. On procède à quelques mesures d'urgence: déblayage des salles, réparation du compresseur...

2000. Faute de moyens et de locaux appropriés, le travail de restauration est arrêté.

5 avril 2000. Rencontre entre les ministres Richard Miller et Rudy Demotte. Ils conviennent de trouver une solution aussi vite que possible: engagement d'une restauratrice, inventaire et restauration des oeuvres, transfert de ce patrimoine vers un lieu plus adapté. Probablement le musée des Arts contemporains (Mac's) de Grand-Hornu.