BRUXELLES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI (LXIV=64) PAS D'IN SITU GALERIE RAVENSTEIN POUR LE POLLEPEL

Bruxelles d'hier et d'aujourd'hui, ses monuments, ses sites, ses quartiers, ses habitants, ses coutumes, son folklore (LXIV)

Pas d'«in situ», galerie Ravenstein, pour le «Pollepel»

Faut-il rappeler que les premières démolitions en vue de la construction de la jonction Nord-Midi - qui ne fut finalement inaugurée qu'en 1952 - datent des premières années de ce siècle, de nombreux terrains vagues et immeubles à l'abandon ayant traversé les décennies (y compris les deux fois quatre années de guerre) dans l'attente d'une reconversion ou d'une rénovation. Certains d'entre eux, ainsi que nous en avons parlé tout récemment en page «Bruxelles» (boulevard de l'Empereur, côté place de la Justice, par exemple), sont d'ailleurs toujours à la disposition des promoteurs immobiliers, des architectes et des urbanistes...

La galerie Ravenstein, le chaînon manquant entre la gare Centrale et le haut de la ville, n'a été creusée qu'en 1955, entre le no 7 de la rue Cantersteen et le no 20 de la rue Ravenstein, pour être inaugurée le 15 février 1958. Jean d'Osta, dans son «Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles» (Legrain éditeur) nous précise que... pour combler la différence de niveau entre les deux artères, l'architecte Philippe Dumont a prévu un escalier à deux volées menant à une rotonde couronnée par une coupole translucide appuyée sur des trumeaux dorés. Au centre de la rotonde se dresse le groupe de «L'Enlèvement d'Europe», oeuvre originale du sculpteur Olivier Strebelle. De la rotonde, on descend la galerie proprement dite qui est chapeautée d'une voûte de verre et bordée de deux rangées de magasins de tous genres, dont des cafés, des «snacks» et des pâtisseries, où l'animation est très grande, surtout aux heures de pause et de sortie des magasins.

L'auteur, en nous renvoyant au volume qu'il consacre aux «Rues disparues» (Rossel édition), précise aussi que coïncidait «grosso modo» avec l'actuelle galerie Ravenstein, le tracé de la rue des Finances (anciennement «rue de la Cuiller à Pot» ou «Pollepel-straet», sacrifiée sur l'autel de la Jonction dès 1909-1911, seule la vieille école communale no 11, au coin de la rue des Douze-Apôtres restant en activité et étant épargnée de la démolition jusqu'en 1952.

Jean d'Osta, en évoquant l'ancien nom de la rue des Finances, nous rappelle enfin que le «Pollepel» était un grand réservoir d'eau potable, construit au XVe siècle, qui alimentait la Grand-Place et l'Hôtel de Ville. Cet ouvrage d'art construit en pierres blanches affectant la forme octogonale avec un dôme aux voûtes à nervures recouvertes d'ardoise ne trouva pas grâce auprès des concepteurs de la galerie Ravenstein alors même que l'on pensait pouvoir le maintenir in situ ou le reconstruire dans la rotonde. Dommage. Il fut finalement démonté et rebâti, en 1958, dans un coin du parc d'Egmont (en bordure de la rue du Grand Cerf et de la rue aux Laines).